17 avril 2021 6 17 /04 /avril /2021 11:42

  



  Gérard Blitz (1912-1990), fondateur de Club Méditerranée a été très lié à Krishnamurti ; il a participé notamment à la création de la Fondation Krishnamurti de Londres.

 
  Voici son témoignage,  paru dans la revue Info Yoga N° 63 en été 2007.

  
    Gérard Blitz:   " La vie de Krishnamurti a connu deux  grands séismes, j'ai participé au second. Le premier séisme eut lieu en 1929, à Omen, lorsque Krishnamurti répudia la Société Théologique (voir Infos Yoga 37 et 38) dans un discours "La liberté est un pays sans che­min... " d'une rare clarté, où surgit déjà tout son enseigne­ment.    

    Le précepteur théosophique de Krishnamurti, le très paradoxal Charles Webster Leadbeater, avait été très influencé par le bouddhisme theravada, ce qui a sans doute mar­qué Krishnamurti et orienté son propre enseignement, même s'il s'en défendait. Krishnamurti n'a presque rien écrit, ses livres sont les transcriptions de ses conférences.

    En conférence, il arrivait les mains vides, sans la moindre préparation. Il s'asseyait et, à un moment donné, la machine se mettait en route, cela passait à travers lui, c'était extraor­dinaire, cela coulait. J'ai eu la chan­ce de passer beaucoup de temps avec lui, il enseignait à travers le quotidien. C'était un génie de l'usa­ge des mots, réussissant avec des mots simples à induire un niveau de conscience élevé. II n'abusait jamais du langage comme le font trop sou­vent les conférenciers. A la manière de Picasso qui a eu plusieurs périodes, rose, bleue... Il emballait toujours la même marchandise dans un papier différent.

     La transcription et particulièrement la traduction était difficile, Carlos Suarès et René Fouèré ont eu bien du mal à ne pas trahir cette simplicité des discours, cette source qui coulait. On ne trou­ve aucune malhonnêteté dans les discours de Krishnamurti, il ne suggé­rait jamais rien. Un aspect touchant de sa personnalité était son inno­cence. Je me souviens de l'avoir rac­compagné jusqu'au chalet où il rési­dait à Saanen. Au moment de le quitter il m'a dit " attendez ! ", il a couru jusqu'à sa chambre et il est ressorti en tenant à la main un énor­me champignon, il m'a dit "Regardez ce que j'ai trouvé ce matin", il voulait me faire partager sa joie, nous étions loin des érudits et des philosophes ! Alors, il s'est rendu compte de ce qu'il faisait, il a rougi, a tourné les talons et est parti en courant.

 

    Krishnamurti a toujours eu un entou­rage suspect, lorsqu'il a été recueilli à l'âge de onze ans pour devenir le messie de théosophes, il y avait d'autres enfants pressentis pour ce rôle. L'un d'eux s'appelait Rajagopal, il fut le camarade d'étu­de de Krishnamurti.

    Après la scission avec la Société Théosophique, Rajagopal a suivi Krishnamurti et est devenu son conseiller. II l'a aidé à constituer la première structure juri­dique qui touchait les droits d'au­teur. Rajagopal subvenait aux besoins de Krishnamurti, lui payait ses billets d'avions. Mais, dans les années soixante, Rajagopal a com­mencé à refuser, ou à mettre des conditions aux paiements des frais de Krishnamurti.

   C'est alors que Krihsnamurti m'a demandé de véri­fier l'état des structures financières le concernant, cela m'a pris deux ans, j'ai rencontré Rajagopal, j'ai vécu avec lui des scènes assez déli­rantes, il était tantôt suppliant, tan­tôt menaçant. J'ai été finalement obligé d'obtenir les éléments comp­tables à son insu. II avait fait signer à Krishnamurti qui ne se méfiait pas et ne lisait jamais les papiers qu'il signait, des procurations et des désistements.

    La société "Krishna­murti" était plus que prospère, ceux qui la dirigeaient étaient logés dans d'immenses villas californiennes alors que Krishnamurti n'avait plus aucun droit. Je lui ai rendu compte sans donner mon avis.

 

    Krisnhamurti avait à l'époque 65 ans, il a décidé de repartir à zéro, sachant que les droits de toutes les publications de ses discours, dont quelques "best­sellers", continueraient à revenir à l'organisation dirigée par Rajagopal. Nous avons donc créé à Londres la Krisnamurti Foundation, j'en ai été, au début, le trésorier. La nouvelle fondation est vite devenue prospère. II y a peu, l'organisation de Rajagopal et Krisnamurti ont trouvé un accord. Krisnamurti a tra­versé cette épreuve sans jamais s'in­téresser à son propre intérêt, mais uniquement à son enseignement.

 

    J'ai beaucoup voyagé avec Krisnamurti, nous sommes souvent allés à Madras ensemble où mon ami Robert Linssen, très proche de Krisnamurti, m'a présenté Krisna­macharya qui a accepté de m'ensei­gner le yoga. Krisnamurti était très suspicieux par rapport au yoga. Un jour je me suis trouvé à Madras au Centre Krisnamurti avec un groupe de professeurs de l'Union Européenne de Yoga, nous étions assis et Krisnamurti, lui-même, nous servait le thé, un professeur a alors demandé si Krisnamurti avait des conseils à prodiguer à propos du yoga. II y a eu un long silence, Krisnamurti a regardé chacun et il a juste demandé si l'un d'entre nous pouvait lui indiquer ce qu'était le yoga. Nous sommes restés bouche bée... et nous avons parlé de toute autre chose.

 

    A cette époque, Krisnamurti a ren­contré par hasard Desikachar, l'un des fils de mon professeur. Desikachar était, à l'époque, ingé­nieur mais il rêvait déjà d'enseigner le yoga comme son père. Or ce der­nier ne tenait absolument pas à ce que son fils abandonne le métier d'ingénieur. Dans l'avion de retour Krisnamurti m'a demandé si la nou­velle fondation avait les moyens d'inviter, à Saanen, Desikachar que je ne connaissais alors pas. Nous avons invité Desikachar trois mois en Suisse, c'est ainsi que je l'ai ren­contré. L'invitation s'est répétée trois années de suite. J'ai pratiqué avec Desikachar et Krisnamurti aussi, surtout des exercices de pra­nayama qui, disait-il, lui faisaient beaucoup de bien.

 
    Quelques jours avant sa mort, Krisnamurti était encore à Madras. Sentant sa fin approcher, il venait d'interrompre son cycle de confé­rence et s'apprêtait à reprendre une dernière fois l'avion pour aller mou­rir en Californie, là où son frère était enterré. II a rencontré Desikachar. Celui-ci lui a dit : "J'aimerais vous inviter chez moi pour que vous ren­contriez mon père Krisnamatcharya. Mais Krisnamurti était trop fatigué pour se déplacer. Alors Desikachar lui a proposé de venir avec un petit groupe du Krisnamacharya Yoga Mandiram, son école de yoga, pour lui chanter des chants
védiques, ce qui est une des spécialités de l'éco­le.

   A l'étonnement de tous, Krisnamurti a alors accepté malgré son état d'épuisement. C'était vrai­ment surprenant car Krisnamurti se méfiait des traditions qu'il considé­rait comme un conditionnement. Bien que né Indien et Brahmane il était toujours resté à l'écart de l'hin­douisme. Ce fut une véritable fête, (la dernière pour Krisnamurti). Une célèbre danseuse de Bharatanatyam est venue danser pour lui et à la fin Desikachar a proposé à Krisnamurti de chanter le Véda, ce qu'il a fait. Ce fut un moment intense".

 

 

Référence : Infos Yoga 63, page 7 à 9 ; été 2007.

Deux autres numéros d’Info Yogas, N° 37 et 38 ont été consacrés à la vie de Krishnamurti.


  En lisant ce témoignage un ami a été très surpris concernant l'attitude de Krishnamurti par rapport aux chants sanskrits traditionnels; pour lui K. avait alors " retrouvé ses traditions ", c'était comme un retour aux sources et cela était en contradiction avec toutes ses déclarations et ses écrits.
  Il faut rappeler que Krishnamurti a toujours critiqué les traditions religieuses, qu'elles soient orientales ou occidentales; pour lui ce n'est qu'un fatras de croyances, d'idéologies inutiles et nuisibles.
  Alors pourquoi cette attitude face à des chants sacrés de l'Inde?


 
 
Je vous propose donc un autre témoignage à ce sujet.


 C'est un extrait du livre " Krishnamurti tel que je l'ai connu" de Susunaga Weeraperuma, paru aux éditions Buchet/Chastel en 1991.


  " Susunaga Weeraperuma. : Krishnaji, j'ai beaucoup apprécié le concert d'hier soir. Je suis venu en Inde pour écouter ce genre de musique mélodieuse. Ce fut un tel plaisir!

 

Krishnamurti: Oui, ce fut une séance merveilleuse.

S.W: Ce qui m'intrigue, c'est pourquoi vous avez pris part aux chants de Bhajans. Je vous ai observé très atten­tivement. Vous étiez au premier rang et vous chantiez les hymnes védiques! Je n'ai rien contre les hymnes védiques car je les aime beaucoup moi-même, mais puis-­je vous demander pourquoi vous avez souvent exprimé votre forte désapprobation contre toute forme de culte? Vous condamnez l'adoration, mais, hier, vous vous joigniez aux autres dans l'adoration!

K: On peut écouter un Bhajan enchanteur et cepen­dant ne pas être influencé par ses idées. Il est possible d'écouter un Sloka ou un Bhajan et d'ex­périmenter l'effet magique des sons sur l'esprit et d'ignorer totalement tous les mythes, les légendes, les croyances et autres concepts qui sont une si grande partie de la tradition indienne classique. Avez-vous essayé de prendre plaisir à écouter un Meera Bhajan sans croire en Krishna ni en aucune déité?

 

S. W.: je pense qu'un Bhajan devient plus significatif quand on a conscience qu'il s'adresse à une divinité parti­culière. Un Bhajan est un épanchement dévotionnel du cœur.

 

K: Oh, non! Je n'appellerais pas cela dévotion. La vraie dévotion est sans motif. C'est l'état dans lequel on ne demande rien. Mais quand vous vous tenez devant un autel et offrez une Puja et puis demandez des faveurs en retour, c'est de la cor­ruption psychologique, n'est-ce pas? Vous essayez de négocier avec le divin. Vous dites à la déité: « Je vous offre ceci et vous devez me procurer cela en retour. » Mais la vraie dévotion est un état dans lequel l'esprit n'est pas centré sur quelque objet particulier, quelque personne, déité, croyance ou idée.

 

S. W. : Voulez-vous dire qu'un vrai dévot a un état d'esprit sans objet?

 

K: Exactement. Comme je l'ai dit, la manière cor­recte d'écouter n'importe quel hymne ou chant religieux, c'est d'expérimenter seulement le son - ses accents de supplication mélancolique et d'extase joyeuse et simplement de rester là, en ne permettant pas à votre esprit de se laisser conditionner par des idées ou des croyances reli­gieuses particulières qui, presque toujours, vont de pair avec la musique. Alors, vous trouverez que tous les genres de musique religieuse sont fondamentalement les mêmes.

S.W: Organiserai-je pour vous un concert de musique occi­dentale classique?

 

K: Ne prenez pas cette peine. J'aurai beaucoup d'oc­casions, d'écouter de la musique classique occi­dentale quand j'irai en Europe.

 

S.W: J'aime beaucoup Bach, Beethoven et Haendel.

K: J'aime aussi ces compositeurs. Comprenez-vous bien ce que je dis? Si vous écoutez attentivement, vous découvrirez que chaque genre de musique dévotionnelle, quel que soit le pays d'où elle tire son origine, comporte certains éléments communs. Quels sont ces éléments? N'avez-vous jamais remarqué que toute musique religieuse est une sorte de demande, de lamentation, de sup­plication?

 

S.W: Cette qualité rend cette musique très émouvante: Je comprends ce que vous voulez dire ".

 

 

Référence : Krishnamurti tel que je l’ai connu, pages 163 à 165.

Susunaga Weeraperuma, éditions Buchet/Chastel Paris 1991.



  Pour conclure chers amis, il est certain que l'on peut écouter "L'Ave Maria" de Schubert, ou les cœurs de " La passion selon Saint-Maythieu" de Jean-Sébastien Bach sans être croyant.
  On peut vraiment apprécier toute la grande beauté de ces chants, leurs profondeurs, leurs élans, et rester en dehors de toutes les croyances; être touché par cette beauté, mais rester au-delà de la religion des hommes.
   C'est écouter la musique pour elle-même, comme le vent dans les arbres, ou le chant des oiseaux. L'esprit n'écoute que dans le silence, et en cela ne peut exister aucune croyance, aucune idéologie, seul ce silence est. 

 

  Concernant le yoga, ne peut-on avoir la même attitude, et débarrasser cette pratique de toutes croyances? Ne peut-on faire du yoga, comme on écoute souffler le vent? C'est à dire dans le silence de l'esprit, ce qui rend évidemment très attentif au corps, cerveau compris... Tout cela est excellent pour avoir un organisme en bonne santé et avoir un esprit clair et sain.

   Mais dire "Grâce au yoga, aux  différentes asanas, vous atteindrez la réalité ultime, vous connaîtrez le très haut…. ", c'est évidemment une aberration et une erreur. La réalité ultime est synonyme de Liberté, est la Liberté dans son essence même est inconditionnée, elle n'est pas concernée par le cercle des causes et effets.

  La réalité ultime est bien trop complexe, trop riche pour être atteinte par quelque méthode ou technique. Elles peuvent être utiles certes, mais demeurent toujours insuffisantes et limitées, créant si elles seules existent des actes de plus en plus mécaniques.

 

  Pour résumer, les idéologies et les croyances, que ce soit pour l'écoute de la musique ou pour la pratique du yoga, sont comme des filtres qui vous empêchent de vraiment écouter et ressentir ce qui vous entoure et ce qui est en vous. Les croyances sont l'œuvre de la pensée, quand on s'adonne à elles, on voue un culte à la pensée, on vit dans le mental et on se coupe du réel.

  Pour découvrir "ce qui est", il faut avoir un esprit très sensible, intelligent et vif, non soumis au mouvement des pensées. Par delà ce mouvement qui est le mouvement de l'esprit conditionné, quand le cerveau devient immobile et totalement silencieux, il existe quelque chose d'entièrement différent du monde des hommes, alors peut-être, quelque chose d'eternel entre en existence.

 

 

  Concernant Krishnamurti et le yoga, vous pouvez aussi consulter cet artcicle :

       Commentaires à propos d'un livre sur J. Krishnamurti

 

 

  Vous pouvez aussi consulter :

     Tous nos articles sur J.Krishnamurti

     Textes de J.Krishnamurti.



  

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1 mars 2021 1 01 /03 /mars /2021 10:29

                                                                                                                                                                                                                    Texte écrit le 1 Janvier 2005
 

  

 

 

  Apprendre consiste d'abord à voir par soi-même ; à découvrir, à observer et à tester ce que l'on vous dit. Donc si ce postulat  veut s'appliquer, dans un premier temps on arrête d'affirmer, de nier ou de confirmer toutes les idées de ce monde.

  Aucune conception ou théorie n'est acceptée d'office sans avoir été jugée et soupesée par votre regard, mais au début vous ne pouvez pas être certain que votre regard soit libre de toute théorie. Vous devez observer également votre façon de penser et de jauger les événements, vous devez observer le mouvement de votre esprit et voir si lui-même, n'est pas déjà le fruit d'une conception établie .

  Car si tel est le cas, votre regard est faussé, il est orienté par cette « croyance » interne.

 

  Donc, il faut être conscient des conditionnements extérieurs, tels que la culture, la famille, la pression sociale ou la mode ; et voir également qu'il y a un mouvement identique dans l'esprit, la pensée « est » conditionnante,  elle se nourrit elle-même.

 

  En fait, il faut saisir simplement que l'acte d'apprendre touche l'ensemble de la vie. L'activité extérieure et l'activité intérieure ne sont pas séparées, elles se créent ensemble. Le monde est à l'image de l'homme, la violence de la société « est » la violence de l'homme. Et l'homme se laisse influencer par la société, il dénie ainsi sa responsabilité  et se lave les mains.

  Donc l'observation se met en place, mais est-ce vrai ? Ou bien est-ce une autre théorie, s'il vous plaît ? Cette action ne se met en place réellement, que si on a véritablement compris qu'il faut tout découvrir par soi-même, cela n'est pas de la philosophie.

 

  Examinons mieux le fait, « je dois tout voir par moi-même » ; je suis arrivé à cette conclusion, car j'ai vu que l'état déplorable de notre monde « est » le résultat des traditions, orientales ou occidentales, les traditions racontent toutes la même misère du monde et de l'homme. La violence de ce monde est un produit, est le fruit de ces systèmes millénaires. La responsabilité de l'histoire leur incombe, et nous voyons leurs castes et leurs religions organisées. Tous parlent de textes sacrés, de livres anciens, ou bien de personnes  extraordinaires, et ils répètent tout ce qui est écrit dans leurs textes ou ce que d'autres ont dit.

  Ils ne font que commenter, écrire sur les paroles d'un autre, puis ils commentent les commentaires, de manière obsessionnelle, comme une maladie qui les ronge ; ils ne s'en sortent pas, et ils plongent le monde dans l'abîme.

 

  Donc nous voyons que le monde des traditions, qu'elles soient  religieuses, philosophiques, politiques ou autres ne nous mènent nulle part, elles ont créé ce monde de souffrance. Donc je ne leur accorde aucun crédit, l'ensemble de ces systèmes « est » le moteur de ce monde de misère et de violence.

  Il y a aussi le monde contemporain, qui pour une grande partie s'est construit en réaction, par rejet des traditions religieuses et puritaines. Mais ce rejet  est le résultat de la pression imposée par l'autorité religieuse, c'est une réaction conditionnée par cette pression, donc cette action n'est pas libre. Elle est très superficielle, en surface, si on regarde on voit que les bases sont identiques aux traditions.

  Abus de pouvoir, accumulation de richesse, mensonges et violences ; propagandes politiques sur le même mode que les propagandes religieuses. L'habit a changé de couleur, mais celui qui le porte reste le même.

 

  Comme il n'y a pas eu d'approfondissement concernant les bases du conditionnement, on a simplement troqué l'habit du moine ou de l'évêque, pour celui du PDG ou de l'homme politique.

 

  Mais ne nous leurrons pas, les traditions sont responsables certes, mais le tout premier c'est l'homme lui-même, c'est l'esprit de l'homme qui engendre le monde.

  C'est l'esprit qui a construit ce monde avec ses religions, ses mouvements politiques, Staline, Hitler, toute cette folie qui gangrène  notre monde.

 

  Nous sommes responsables de « ce qui est ».

 

  Et donc, par cette perception qui se met en place, je comprends que «  je dois tout voir par moi-même ».

  Il s'agit de remettre en cause le monde des idées, des croyances humaines, pas le monde réel. La montagne qui vous entoure, la pluie ou la neige qui tombent sont une paix pour l'esprit, ancrez-vous dans ce réel. Voir consiste déjà à distinguer le Réel de l'imaginaire, on peut faire confiance bien plus à notre corps qu'à notre esprit.

  Attention à ne pas faire de tout ceci une théorie savante et subtile ;  mais si cela se passe, quand cela à lieu, alors observez le directement, voyez  dans le vif  son apparition. Percevez comment se crée une pensée, mais sans en créer une autre par-dessus, un commentaire sur un commentaire. Voyez comme l'esprit humain agit toujours de manière identique, comme les traditionalistes, ne commentez pas votre commentaire. Cela peut devenir une habitude grisante, car vous cultivez ainsi une connaissance qui grandit dans le temps.

  Ce qui se nourrit du temps satisfait pleinement l'esprit et la pensée,  mais par cette action vous ne faites alors que prolonger le monde également, avec tout son cortège de malheurs.

  La connaissance et le temps sont l'œuvre de la pensée, ils nourrissent la seule théorie qui vaille pour l'esprit, voyez comme « la connaissance de soi » crée la croyance du moi, de l'entité séparée, de l'âme.

 

  Cela est le triomphe de l'esprit, de la pensée, mais voyez bien comme cette chimère ne résout absolument rien ; le monde se meurt toujours et vous êtes enfermé dans votre solitude totale.

 

  Nous voyons donc, la nécessité de voir par soi-même, et nous voyons également le danger de s'enfermer dans le piège subtil de la pensée. Pour avancer dans la vie de tous les jours, il n'y a aucunement besoin de faire un effort quelconque, il ne faut pas chercher à changer.

  Vouloir changer sans être libre, c'est juste modifier la prison, l'aménager différemment, et cette volonté de changement est créée par la prison ; pour l'instant le mouvement du mental « est » le mouvement de la prison. Il faut juste le regarder, l'observer, le disséquer, le comprendre chaque jour de manière plus sensible et plus vivante.

  Et le meilleur terrain pour cela, voyons évidemment que c'est le quotidien de la vie, car ce quotidien, ce n'est pas une chose de l'intellect, cela fait partie du réel.

 

  • - Distinguons bien le réel, avec sa richesse et son imprévu, et le mouvement du mental qui crée de la pensée. Notons bien, que la pensée mise à sa juste place fait partie intégrante de ce réel. C'est sa prépondérance qui pose problème, c'est le fait que l'esprit humain ne sait pas agir sans la pensée. Cette importance cruciale donnée à la pensée «est» la source de tous les maux de l'homme.

 

Donc, « je dois voir par moi-même », apprendre à bien distinguer « ce qui est » des créations purement mentales. Et le meilleur endroit et la meilleure action pour cela c'est la vie de tous les jours avec mes relations aux autres, c'est dans cette confrontation avec le réel que je peux voir ce qui est issu d'une théorie. Et voyez bien cette bénédiction véritable, plus vous comprenez le mécanisme des théories, plus vous vous en libérez, alors  cette liberté vous rend disponible pour le monde tel qu'il est.

  L'observation, l'attention sont les actions les plus importantes qui soient, plus vous apprenez à voir, plus vous êtes sensible ; et dans cette action regardez bien, vous « apprenez » sans cesse, vous découvrez sans arrêt.

 

  Par cette attention calme à « ce qui est », on découvre ce qu'est voir.

 

  - Ce mouvement alors ne peut avoir de fin, le savoir n'existe plus, de même que le temps;

  - Vous êtes hors de l'histoire, alors véritablement se crée un autre monde.

 

 

 
  Paul Pujol, "Correspondances".

  Editions Relations et Connaissance de soi.

  "Voir par soi-même", pages 24 à 28.  

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21 février 2021 7 21 /02 /février /2021 10:13
Avoir un parti pris.

 

  Avoir un parti pris, c’est choisir et défendre une position.

 

   A partir de ce moment, on veut juste convaincre, ou plutôt vaincre le point de vue de l’autre. En quelque sorte on veut « le convertir », « l’enrôler » dans notre camp. Son point de vue d’autrui ne compte pas, n’a pas de valeur, il  doit être combattu. On n’accepte pas un autre regard, l’autre est dans l’erreur.

 

   On choisit son camp, son champ d’action, et celui-ci est toujours limité, étroit, et avec ce choix, on regarde l’autre avec une certaine méfiance. Et plus on est sûr de son « bon choix », plus on a tendance à prendre l’autre pour un imbécile, on le méprise presque.

   On voit bien cela dans l’actualité sanitaire, il y a eu les pro-masques, et les anti-masques, maintenant il y a les pro-vaccins et les anti-vaccins. Chacun veut imposer à l’autre quelque chose, et les deux camps se regardent avec méfiance. Et rappelons-le, celui qui est sur de son choix, avec des appuis médical et moral, celui-là méprise vraiment ceux qui pensent différemment de lui.

   Quelle étrange tendance de vouloir imposer aux autres nos propres choix, quelle intolérance absurde.

 

   Je suis végétarien depuis plus de quarante ans, et jamais je n’ai dit à qui que ce soit, « il faut que tu sois végétarien ».

   Chaque personne est particulière, différente, ce qui est valable pour untel ne l’est pas forcément pour un autre. Et selon l’âge et la maladie, le corps change, et donc on s’adapte, il faut rester en mouvement.

 

   Quand on choisit un camp, une opinion, on se réduit à ce choix, à cette conclusion. On adhère à un parti pris, puis notre vie même devient ce réduit étroit et sombre. Comme on le dit « on prend parti », mais faisant cela on perd la vision du tout, on perd l’ensemble.

   Chaque partie n’existe que dans son rapport avec tous les autres éléments, isolée de l’ensemble, une partie devient incompréhensible, sotte et n’a plus de vrai sens. Alors cette partie congrue devenant irrationnelle, elle peut verser très facilement dans des aspects les plus fous et extrêmes.

 

   Je ne veux prendre aucun parti, ni ne défendre aucune cause, ni réduire la vie à aucun de ces nombreux aspects. Je choisis la richesse et la complexité de l’Univers, car aucun parti, aucun groupe, aucune religion ne peuvent embrasser l’immensité de ce qui est.

 

   Chers amis, restons libres et ayons une vie immense, sans fin…

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Paul Pujol - dans textes paul pujol Paul Pujol
3 février 2021 3 03 /02 /février /2021 12:13

 

 

Notre visioconférence d'octobre se tiendra le vendredi 15.

 

 

Avec pour thèmes : 

Le vide, l'espace et l'esprit.

 

 

Qu'est-ce que sont ces différents états de la réalité ?

 

Peut-on dire qu'ils "existent" au sens classique du therme ?

 

Quelles relations ont-ils entres eux?

 

 

Si vous voulez être des nôtres, pensez à bien vous inscrire...

15 octobre 2021: Visioconférence de Paul Pujol
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2 février 2021 2 02 /02 /février /2021 09:37

 

 

Voici la vidéo qui a servie de support pour la rencontre

du 21 février prochain à Trévoux.

 

Il s'agit ici d'un dialogue avec les élèves et le personnel

de l'école de Brockwood Park en Angleterre, enregistrement qui

a eu lieu en octobre1983.

 

 

Voici les thèmes abordés dans cette vidéo:

(présentation réalisé par les fondations Anglaise et Américaine)

 

L'intelligence suprême est absence d'illusion.

 

Q : Qu’est-ce que l’intelligence?

On porte en soi l’autorité de sa propre expérience, de ses convictions et de ses opinions. Cette autorité-là, l’acceptez-vous?

Comment regardez-vous les choses, s’il n’y a pas d’autorité?

Nous allons remettre en question, sans dire que c’est bien ou mal ; nous allons enquêter, nous allons douter.

En examinant soigneusement, pas à pas, vous allez

éveiller votre propre intelligence.

Quand admettez-vous l’autorité, et en quel cas l’ignorez-vous?

Qu’allez-vous faire quand l’État va vous envoyer à l’armée?

A-t-on le devoir de s’entretuer pour assurer la sécurité?

Les idées et les idéaux ne sont-ils pas des illusions?

En quoi recherchez vous la sécurité?

Apprenez l’art d’interroger et vous remettrez tout en question.

 

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