26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 09:23

 

lac et montagne

 

       

Trévoux le 18 mai 2013

 

 

    Nous passions la journée avec une amie proche, après avoir pris le déjeuner ensemble, nous proposâmes de visiter une abbaye voisine que nous ne connaissions pas. Notre amie, habitant dans la région, connaissait déjà ce lieu, mais elle accepta volontiers de nous servir de guide dans cette découverte.    

    Le temps était très couvert et le ciel gris sombre, le soleil était bien caché derrière cette masse de nuages compacte et obscure. Quelques heures auparavant il avait plu et toute la nature, les arbres, les buissons, les chemins et les routes étaient détrempés et luisaient dans la lumière ambiante. Après quelques kilomètres, nous traversâmes un village et dans cette atmosphère un peu lugubre due à la météo, nous arrivâmes sur le parking de cette abbaye. Le site comprenait une église où se déroulaient régulièrement des messes, juste à côté il y avait un cloître et d'autres bâtiments, dont un très imposant et très haut. On apprit qu'à part l'église, toutes les autres bâtisses étaient dédiées à des activités artistiques tournant autour de la musique. Chaque année il y avait un festival de musique classique, elle était alors mise à contribution et de nombreux concerts étaient donnés dans ses murs.

 

    Nous pénétrâmes dans l'édifice, nous constations que les murs étaient assez tristes, il n'y avait point ici la beauté que l'on trouve souvent dans les endroits "religieux". Le lieu était assez quelconque et même insipide, en fait c'était surprenant, car presque toujours les édifices forgés par la foi des hommes avaient une atmosphère particulière, faite de silence et d'un certain recueillement. Mais là, il n'y avait rien de tout cela, même l'architecture du lieu était très banale, si l'esprit avait été un jour dans ces lieux aujourd'hui il s'était enfui.    

    Nous sortions à présent et par un couloir extérieur, nous arrivions dans le cloître attenant, on voyait posé au sol contre les murs, du matériel de chantier de bâtiment. Notre cœur se serrait un peu, il y avait trop de présence d'activité humaine dans ces lieux, il était inconvenant et gênant, presque irrespectueux de laisser trainer par terre ce matériel. Le lieu était trop investi par les hommes et leurs occupations, sentir le sacré ici devenait presque impossible. On regardait les découpes des fenêtres en ogive, toujours très belles, celles-ci originales avaient plusieurs formes entremêlées en haut des structures. Au centre de ce cloître, il n'y avait pas de jardin, la nature avait rendu l'âme elle aussi. Nous visitions les différents endroits sans trop parler avec notre amie. On regardait surtout et on essayait de sentir les choses.

 

    Le ciel s'était un peu éclairci maintenant, et quelques faibles rayons de soleil réchauffaient doucement l'air ambiant. On vit un escalier qui permettait de monter d'un étage dans le cloître, toujours assez silencieux, nous montâmes alors tous les deux ces marches blanches un peu sales. En haut on arrivait à un déambulatoire qui reproduisait la configuration de la cour de cloître, avec toutefois des colonnes très simples. La lumière et la clarté était plus présentes, et là, soudainement le silence se présenta de manière tellement forte, tellement intense... A voix haute on se demandait pourquoi le silence était présent à certains endroits et pas à d'autres, mais les paroles s'arrêtèrent et moururent d'elles même, car il était devenu sacrilège de parler devant cette immensité. Notre amie ressentit vivement ce qui se passait, nous étions totalement transfigurés, nous ne pouvions plus sourire, ni rire, ni avoir aucune expression sur le visage. Ce sentiment d'être en présence d'un silence infini était indescriptible, on était le silence, et la terre entière avait cessé tous ses bruits, le monde entier était devenu entièrement silencieux, comme en attente de quelque chose. Comme si la vie même allait mettre au monde un jour nouveau et sacré, en fait si on était très attentif on sentait que le sacré était descendu sur la terre. On marchait totalement immobile intérieurement, sans pensées, sans aucun mot, on faisait lentement le tour de ces murs, de cette ouverture sur la lumière. Juste en face de nous un petit oiseau, un rouge queue, chanta sa joie à la vie. Son chant était si discret, de toutes petites vrilles sortaient de son corps, et pourtant en l'entendant on entendait le chant de la terre, l'appel de la vie et la voix de l'univers entier. Vous étiez cet oiseau, car vous n'existiez plus à présent. La pluie avait laissé des perles de lumière qui brillaient, elles étaient accrochées au bout des plantes grasses qui sortaient des tuiles du toit. Partout la beauté nous entourait, le monde était devenu totalement différent, l'esprit était présent.

 

    Puis nous sortîmes et commençâmes à redescendre les escaliers, notre amie assez troublée s'assit un petit moment en bas. Nous ne parlâmes pas de ce qui venait de se passer, car cela aurait détruit le mystère de ce contact. Nous sortîmes à présent du bâtiment, et l'air frais de l'extérieur nous fit grand bien. Nous marchâmes tranquillement dehors, on se détendait en ramassant quelques fraises sauvages dans le parc.    

    C'était une journée magnifique, radieuse, avec un beau ciel gris, la pluie nous donne la vie et l'on méprise trop souvent les nuages obscurs qui nous la délivrent...

 

 

 

    Paul Pujol

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 13:59

 

 

 

  Qu'est-ce que le temps psychologique?

 

   Quelle est la différence avec le temps extérieur?

 

   L’esprit crée une dimension imaginaire dans laquelle l’homme va réaliser des ambitions d’ordre mental, devenir PDG d’une entreprise et devenir alors un être important et heureux… Mais si l’objectif n’est pas atteint on reste triste et découragé, on se sent dévalorisé ; et si l’objectif est atteint, on se rend compte que l’on peut perdre ce bel emploi, l'entreprise peut faite faillite, alors la peur entre en œuvre dans le cœur de l'homme…

 

   La réussite est la compagne de l’échec, ils se tiennent par la main tous les deux, l’un ne va pas sans l’autre. Le temps psychologique est-il un facteur de souffrance, de peine?

 

   Assurément, alors la question qui vient est celle-ci : L’esprit peut-il être libre de cette dimension psychologique, peut-il être libre du temps intérieur?

 

   Qu’est-ce qu’un esprit libre du temps, n’est-ce pas un esprit qui a fini la peur? Alors cet esprit va au-delà de la pensée, au-delà de la mémoire, il découvre ce qu’est véritablement la méditation. Méditation qui n’est absolument pas un exercice ou une technique apprise (choses purement mécaniques), mais méditation qui est un mouvement intemporel qui n’a ni commencement, ni fin.

 

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Paul Pujol - dans Vidéos
6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 09:34
 
 Voiçi deux nouveaux livres de J.Krishnamurti parues en octobre 2016, et en mai 2017.
 
   
   Publié en octobre 2016 aux Editions Shychronique :
  
   "Découvrir l'illimité."
 
 

   

    Présentation de l'éditeur:  

   

   Découvrir l´illimité propose une série de six entretiens, inédits en français, donnés par J. Krishnamurti en 1956.

   

    Ces entretiens sont basés, comme l´ensemble du travail du grand philosophe, sur le besoin d´un changement radical de perspective dans la compréhension de notre propre esprit. Ils s´ouvrent avec la question « Pouvons-nous, vous et moi découvrir quelque chose qui soit illimité ?»

   

    Avec le terme « illimité », Krishnamurti nous incite à explorer « ce qui est au-delà des croyances et des théories, au-delà des espérances sentimentales et des assertions  intellectuelles, simples projections de l´esprit », qui conditionnent nos existences. Au lieu d´être séduits par de telles illusions, ils nous convie avec ferveur à agir passionnément et à faire directement l´expérience de la vie.

   

    Les questions, les problématiques et les réponses abordées dans ces entretiens sont aussi pertinentes aujourd´hui qu´elles l´étaient il y a 60 ans.



Reliure : Broché
Pages : 120
Format : 20,5 x 14 cm
ISBN : 978-2-917738-30-6

Paru en octobre 2016

 

Voir le lien vers Synchroniques Editions.

 

 

 

   Voici un autre livre récemment publié, en mai 2017 aux Editions Les Presses du Châtelet:

 

 

  "La beauté de l'amour".

 

    Présentation de l'éditeur:

 

   Durant ces enseignements, donnés à Paris et à Saanen (Suisse) en 1967, Krishnamurti aborde la question de la communication. Il y a une façon d’écouter. De même qu’il y a une façon d’aimer.
 

    « Communiquer veut dire que non seulement les mots utilisés soient compris, mais aussi que l’orateur et l’auditeur soient capables de se rejoindre avec la même intensité, au même niveau et au même moment. Cela, c’est la communication, la communion. »


    Si l’auditeur pense à autre chose, s’il prépare la question à poser à son tour, s’il poursuit son propre entretien interne fait d’arrière-pensées, elles-mêmes fruit de son éducation, de ses conditionnements divers et variés, alors il y a peu de chances qu’une communication réelle puisse, selon Krishnamurti, s’établir.


    Dans cette insistance à réveiller chez son auditeur l’écoute véritable, entière, intense, tout l’enseignement de Krishnamurti n’est-il pas contenu en germe ? Et quand il privilégie la communion, n’est-ce pas déjà d’amour dont il parle ?

 

258 Pages
ISBN: 9782845927100
Paru en mai 2017
 
 
 
 
 

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Paul Pujol - dans Articles J.Krishnamurti
11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 19:26

   

 

   Quel est le lien entre l’image et la recherche spirituelle ? Pourquoi de nombreuses religions étaient-elles au départ sans images ? Quelle est la raison de cette non utilisation des représentations (qui c’est par la suite malheureusement réduit à un strict interdit absurde, ce qui a entraîné tant des violences et des déviances)?
   De même que le mot n’est pas la chose nommée, de même l’image n’est pas la chose représentée. Cela est vrai pour toutes les choses et les êtres de notre monde, néanmoins nous pouvons sentir et percevoir notre environnement, et par la suite se remémorer notre expérience. Mais tout le monde fait bien la différence entre un sourire que quelqu’un nous adresse et la mémoire d’un sourire, l’un est vivant, l’autre est un souvenir. 
   Mais la recherche spirituelle tend à dépasser ce monde, et à essayer de découvrir s’il existe un au-delà du monde ! Un au-delà de monde des hommes et de la société. Une question qui se pose rapidement est celle de la création du monde, de l’univers. Y aurait-il la création et un principe créateur ?
   Si cela existe, s’il y a un principe créateur et une création, les deux plans ne sont pas au même niveau, ils sont différenciés. L’un n’est pas l’autre et inversement …
   Maintenant, voyons notre outil d’investigation principal qui est la pensée, la récognition. Comme nous l’avons vu plus haut, la pensée vient de l’expérience, la vie n’est qu’expériences. Nous vivons un événement, le mémorisons, puis la pensée utilise cette mémoire pour agir dans la vie. Donc la pensée est basée sur nos expériences de ce monde, elles parlent toujours de notre monde, elle ne peut pas faire autrement. 
   Nous découvrons alors que la pensée, la mémoire ne peuvent pas aborder l’au-delà du monde, car elles sont enfantées par le monde….

 

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Paul Pujol - dans Vidéos
22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 09:36
Promenade d'été.

                                                                                                                30 Août 1997

  

 

      Cétait il y a quelques années, nous faisions une promenade dans l’après-midi torride d’un été du sud. Le village et la campagne environnante semblaient assommés par la chaleur, en attente de la fraîcheur de fin de journée.

   Nous avions traversé quelques champs et un ou deux vergers, un chien nous accompagnait. Il courait, sautait partout, flairait toutes les pistes possibles, partait parfois au galop après un lapin distrait, ou essayait d’attraper un oiseau au sol. Malgré l’énergie qu’il mettait dans cette chasse, jamais il n’avait capturé quoi que ce soit. Et pourtant à chaque promenade le chien recommençait avec la même ardeur, avec un entrain et une joie totale. Sans aucun doute, tous ses "échecs" relatifs, ne s’étaient pas transformés en tristes souvenirs. Il ne savait pas s’apitoyer sur lui-même, car pour lui "hier" n’a aucune importance, en fait réellement le passé, "hier" n’existe pas. Seul compte la lumière du soleil, l’odeur de la terre, les talus et les fourrés remplis de caches et de terriers. Seul existe le présent, et dans ce réel, tout est inclus, l’oiseau, le lézard et le lapin gris, l’homme qui l’accompagne, les rangées d’arbres et les belles touffes d’herbes vertes. Et surtout, lui-même n’est pas séparé de cette immensité, de cette diversité qui engendre la beauté du monde.

  

    Après avoir longé un verger d’abricotiers, nous nous étions assis au bord d’un petit cours d’eau, celui-ci sillonnait de part en part, à travers le dédale des champs et parcelles qui s’étendaient à perte de vue. Le chien tout à son bonheur avait sauté dans l’eau, il pataugeait avec grand bruit et ignorait tout de la discrétion. Il avait sûrement flairé une nouvelle piste sur la berge voisine, et il fouillait avec obstination les roseaux et la maigre végétation présente. Il plongeait en créant des gerbes d’eau, ressortait en fonçant dans les feuillages, puis ressautait dans le cours d’eau. Tout ce remue-ménage fracassait le silence de l’après-midi, et toute la nature entendait le vacarme assourdissant. Le chien tout en continuant s’était à présent éloigné, nous étions calmes et très silencieux, sans pensées et immobile, assis sur les cailloux mis en place par la main de l’homme. Les yeux mi-clos, on appréciait pleinement cette lumière d’été, ou chaque chose resplendissait. La vision ne s’attardait sur aucune chose en particulier, quand un mouvement très lent se fit à notre gauche, juste à l’orée d’un bouquet de roseaux.  

    A un mètre à peine, un caneton venait de sortir du bosquet. Il posait une patte au sol, s’immobilisait, puis posait l’autre patte et s’immobilisait à nouveau. Il se déplaçait très prudemment, avec une lenteur surprenante. Toute son attention était portée sur l’homme assis, sur le danger potentiel qu’il représentait. Le caneton fuyait évidemment le chien, qui avec tout son bruit envoyait ses "proies" à l’opposées de son poste de chasse. L’oisillon avait dû traverser une bonne partie du bosquet, et il avait vu l’homme. Il avait observer un bon moment cet être immobile, danger ou pas danger ? Tous les hommes qu’il avait vu bougeaient tous, faisaient du bruit, et il le savait, étaient un danger mortel pour sa famille et lui. Puis celui-ci avait tranché, il n’y avait apparemment pas de danger, l’être semblait très calme, détendu, l’opposé d’un prédateur aux aguets. Cette tranquillité totale donna confiance au caneton, et chose contre nature, il se mit à découvert devant un homme, devant un de ces êtres qui depuis toujours chassent, tuent et mangent ceux de son espèce.

  

   Quand l’homme vit l’oisillon, aucun mouvement ne fut fait, si ce n’est les paupières qui se soulevèrent et les yeux qui suivirent le passage de l’animal. Cette beauté fragile, cette confiance et cette innocence offerte était une preuve que l’amour est perçu. Et que dans cette relation, dans cette unité, il ne peut y avoir de séparation, donc pas de prédation naturellement ; - pourquoi vouloir s’attraper et se détruire soi-même ? Dans cette relation, évidemment la peur et la crainte s’évanouissent, même si l’on reste prudent et attentif. D’ailleurs sans attention, on ne peut rien voir, rien comprendre, rien démonter, et quand l’esprit est rempli de mille illusions, comment pourrait-il s’ouvrir à la réalité ? L’oisillon disparut plus bas parmi les gros cailloux blancs et roux, le chien au loin continuait sa course folle. Nous nous levâmes doucement, c’était une journée magnifique, le ciel était d’un bleu les plus pur, il faisait chaud, et nous vîmes que nous étions véritablement en plein Eden. Nous commencions alors à marcher tranquillement, on imaginait que peut être le caneton nous regardait partir. Cette rencontre nous bouleversait, la vie est fragile et l’être humain est tellement brutal et violent. En s’offrant à notre vue, totalement démunit, sans aucune protection, l’oisillon avait dit "regarde comme je suis beau, mais aussi comme je suis fragile, tu peux me détruire, me réduire à néant. Pourtant je te fais confiance, je m’offre à toi sans armure, je n’ai aucune défense.  J’oublie toute la violence des tiens, je leur pardonne tout, " hier " n’existe pas. Je sais que maintenant il peut y avoir autre chose, quelque chose de rare, peut être pas unique, mais rare. J’ai vu qu’il y avait autre chose que la peur et la crainte, je sais que tu le vois aussi. Je t’ai donné cela, je l’ai découvert, jamais je ne l’oublierai et jamais je ne l’ai connu".

  

    Dans un autre temps, on aurait vénéré l’oiseau comme une divinité et on aurait réduit cette vérité en symboles creux. C’était il y a plus de dix ans, mais "cela", qui est au-delà de la peur et de la crainte, "cela" existe toujours. Cette qualité est indépendante du caneton, ou de tout autre être ou animal, simplement cela peut s’exprimer dans une relation au monde. Dans une relation au monde entier, pas à une partie congrue, réduite par la famille, la nation ou la religion. Mais par une relation entière, ou rien n’est retranché ou rejeté. C’est dans cette totalité, dans cette plénitude qu’alors peut s’exprimer l’amour. C’était il y a plus de dix ans, c’est maintenant, c’est intemporel et très sensible, avec de l’intelligence et de la beauté.

    Et parfois les yeux se brouillent, les larmes viennent, et l'extase s'empare de tout, de l'écrivain, des souvenirs, du monde entier.

  - La béatitude est là, et véritablement, sans aucun intellect, un autre monde s’offre alors.
 

 

    Paul Pujol," Senteur d'éternité  "

  Editions Relations et Connaissance de soi

  "Promenade d'été", pages 173 à 176.   

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