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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 13:38

 

Ecole-de-Brockwood, le-Grove-et-les-environs. 

 

 Trévoux le 13 janvier 2015

   

 

    En ces temps qui sont, nous dit-on troublés, et où la liberté d'expression est menacée, il me semble important de favoriser plus que jamais les échanges, les réflexions et les contacts en dehors de tous fanatisme et dogmatisme d'où qu'ils viennent.

     Mais soyons bien conscient que ces temps qui sont les nôtres ne sont pas plus troublés que d'autres temps, c'est une hypersensibilisation de l'instant qui nous fait croire cela. Nous n'allons pas faire ici un inventaire de la souffrance humaine, mais la souffrance des hommes est aussi vieille que le monde. Ce qui n'est absolument pas une raison pour accepter sa laide existence.

   

     La violence nait de la séparation, du fractionnement de la société et des hommes. On considère les hommes justes sous une forme symbolique, religieuse, nationale, politique ou autre. Le symbole compte plus que l'être humain, car il est plus facile de contrôler, de dominer, et d'imposer un standard, que de cultiver la liberté et le sens critique.

    Le standard a un côté rassurant, il a des limites et des règles précises, il se situe toujours dans une certaine orthodoxie reconnue et acceptée par la société. Le modèle est toujours balisé, limité, en quelque sorte finit dans une fausse perfection. Car la perfection n'existe pas, seul existe le mouvement de la vie.

 

    Le sens critique n'est en aucun cas, juste une critique superficielle qui vise à démonter, à détruire ou à ridiculiser une thèse ou un point de vue. Le sens critique n'est pas la destruction, il est la recherche de la vérité ou de ce qui est juste. C'est mettre en doute ce que l'on nous dit, ne rien accepter sans l'avoir examiné par soi-même.

    Mais cela demande une grande honnêteté, il s'agit d'aller dans cette enquête sans avoir déjà une approche partisane. Si l'on veut juste défendre un point de vue, évidemment on n'aborde pas un être humain pour le comprendre, en fait on se fiche totalement de ce qu'il pense, dans les faits on veut uniquement lui prouver qu'il à tort et on veut le rallier, le convertir à notre cause. Cette attitude n'est pas du tout du sens critique, c'est une approche qui, sous l'apparence du questionnement, vise juste à endoctriner l'autre. Nos arguments sont issus d'une propagande et je suis un propagandiste obstiné.

    Donc le sens critique s'applique également à ce que je pense, peut-être faut-il même commencer par cela ? Mais en disant cela on ne peut pas dire au monde qui nous entoure : "Ne venez pas me voir, laissez-moi, je dois d'abord examiner mes propres idées et superstitions. J'aborderai les vôtres après, dans un second temps." Le monde vivant et changeant nous environne et nous influence ; pendant que j'examine mes vieilles croyances, il en vient sans cesse de nouvelles. On doit examiner ce qui est là devant nous, le fond des anciennes croyances et les contemporaines, le regard doit embraser tout d'une seule vision. Alors peut-être verra-t-on qu'elles ont toutes les mêmes racines, que les nouvelles ne sont que la suite des anciennes, les croyances prennent de nouvelles formes ou couleurs, mais le fond reste identique. Peur, ignorance, superstitions, sentiment de supériorité ou d'infériorité, appartenance à un groupe qui lutte contre tout ce qui lui est différent.

   

     J'ai ma croyance et vous avez la vôtre, nous pouvons vivre côte à côte, sans doute en paix, mais jamais nous ne nous rejoindrons. Jamais nous ne serons un, unis comme des frères d'une même famille. Si nous sommes raisonnables, cela se passera à peu près bien, mais dans le temps il y aura toujours des individus qui diront : " Oui les autres ont des croyances, des religions, elles sont certes respectables, mais notre religion à nous est vraiment supérieure. Elle est plus grande, plus vraie, elle englobe et surpasse toutes les autres."

 

    Les religions, les cultures sont évidemment les enfants de l'histoire et de la géographie, elles viennent du lointain passé de l'humanité. Mais aujourd'hui qu'allons nous faire, nous battre pour faire triompher un point de vue ? C'est effectivement ce qui se passe, non seulement actuellement mais également depuis que les hommes sont sur terre. Allons-nous continuer ainsi ? Nous disputer, nous entre-tuer pour des idées, pour des concepts et des symboles ? Nous nous tuons pour des mots !

 

    Ne peut-on regarder de quoi parle tous ces mots, tous ces penseurs, religieux ou pas, de quoi parlent-ils ? Ne peut-on pas regarder et voir alors par nous-mêmes ?

Nous avons accepté tant de choses, de grandes choses et de très laides, des idées subtiles et d'autre stupides.

    Nous avons la réelle capacité à comprendre par nous-mêmes la vie et toute sa complexité. Mais nous devons nous débarrasser de cette habitude absurde de nous appuyer sur des autorités. Nous ne pensons pas, nous répétons ce que d'autres ont dit. Que cela soit juste ou faux, ce n'est pas le problème, le problème c'est de répéter comme des perroquets les paroles d'un autre.

    Maintenant, dans le domaine qui nous préoccupe (comprendre la vie dans son ensemble, les relations humaines, la souffrance, la violence, le sens réel du religieux), il s'agit d'arrêter de penser mécaniquement comme un ordinateur, comme un automate. Avez-vous remarqué comme un mot ou une phrase nous font réagir immédiatement, sans même qu'on s'en rende compte, on a dit et déroulé tout un argumentaire...Les religions et les politiques sont très, très forts dans ce domaine.

 

    Donc nous devons réapprendre à penser consciemment, avec intelligence, avec subtilité. Penser étymologiquement veut dire "Peser les choses, les apprécier, les évaluer". Nous devons redécouvrir ce bonheur de saisir, de voir par nous-mêmes les choses de la vie, les complexes et les très simples.

    Voir toute l'ampleur du sacré de la vie, n'est pas séparé de l'acte de regarder une simple plante au bord d'un chemin. Cette petite herbe qui est là, dans la lumière du matin, si fragile, gracile, mais tellement belle. Elle aussi est vraiment sacrée. Ce sacré est dans la vie, il est la vie, et il ne réside dans aucun livre, aucun rituel ou dans aucun temple créé par la main de l'homme.

 

    Le sens critique nous fait donc penser par nous-mêmes, de manière consciente. Et si nous allons avec ardeur dans ce voyage, si nous sommes passionnés par la découverte, nous découvrirons qu'à un moment donné l'acte même de penser trouve ses limites. Cela n'enlève rien à la beauté de la pensée, à sa complexité, c'est vraiment un outil tout à fait extraordinaire, soyons très clairs sur ce point. La pensée qui siège dans le cerveau, est un processus biologique que nous pouvons vraiment admirer, il faut rendre hommage à cette création de la vie. La pensée, expression de la mémoire qui réside dans le cerveau est sans doute un des objets de l'univers le plus complexe qui soit.

    Voir toute la beauté de la pensée, c'est bien la comprendre et l'avoir en affection, par cela on perçoit bien ses limites et on peut alors essayer d'aller au-delà. On ne repousse pas la pensée en la condamnant, en la refusant, car elle fait partie intégrante du mouvement de la vie. C'est par la compréhension d'une limite que l'on peut aller au-delà, pas en fustigeant cette limite.

 

    Mais ce n'est pas parce qu'un objet est complexe qu'il n'a pas de limites, et la limite de la pensée c'est le passé, le temps. Elle est issue, bâtie sur les souvenirs, sur la mémoire, la pensée est l'expression de notre passé. Dans ce sens elle est bornée par le temps, elle ne peut engendrer le neuf, car toute son action, son mouvement se fait sur la mémoire. Donc la pensée c'est la continuité, le prolongement de notre histoire.

Maintenant, nous venons de dire quelque chose qui a au moins une conséquence certaine. Ne voyez-vous pas chers amis ? Si la pensée ne fait que prolonger l'histoire, le passé, elle continue l'état des choses en les modifiants, mais elle les continue...

La pensée en tant qu'outil d'investigation du réel, ne peut pas changer ce même réel ! Le mouvement de la pensée ne peut pas changer l'homme, et par conséquent elle ne peut absolument pas transformer la société.

    Chers amis, je vous prie de ne pas accepter cela, mais de voir par vous-mêmes si cela est vrai ou faux.

    La pensée ne change pas l'homme ? Ce qui est certain c'est que les hommes changent très peu, voire pas du tout, il suffit d'un événement pour faire resurgir des comportements violents et parfois barbares.

 

    La question qui vient alors est : "Existe-t-il un au-delà de la pensée, et l'homme peut-il rencontrer cela ?"

    N'y a t-il pas un lien avec le fait de voir par soi-même, directement sans l'intermédiaire d'un autre ? Si on regarde vraiment quelque chose, que cela soit un arbre ou bien une croyance, que se passe-t-il vraiment ? Peut-on aborder cette relation autrement que par la mémoire et donc la pensée ? Ne répondez pas trop vite s'il vous plaît, en disant soit "c'est impossible, on ne peut pas ne pas penser !" ou bien "évidemment qu'on peut le faire, c'est très facile je le fais tous les jours". Cela n'est dans les deux cas qu'une réaction mécanique, automatique à une question posée.    

    Est-ce cela penser consciemment ? Ce n'est pas si simple comme vous le voyez, n'est-ce pas ? Les pensées en quelque sorte s'imposent à nous, elles jaillissent dans notre esprit sans notre demande. Et nous parlons alors sans avoir vraiment conscience de ce que nous disons...

    Regardez bien, ce qui est décrit maintenant, est-ce un fait, ou bien est-ce une idée, une théorie ? Soyons très clairs, est-ce que c'est une idée, ou bien est-ce que nous voyons vraiment quelque chose ?

    Est-ce une idée ou bien est-ce une vision ?

    Pour l'auteur c'est une vision, comme tout le texte présent qui est en train de naître sous ses doigts. Pour vous amis lecteurs, à vous de voir, nous ne pouvons ni ne voulons nous prononcer...

 

    Quand la vision existe, tout l'esprit regarde complètement, entièrement, l'attention est totalement dirigée vers ce qui est regardé. C'est une énergie qui est libre de toute forme, elle regarde vraiment directement ce qui se porte à sa vision. Dans cette attention, dans cette curiosité intense, c'est l'objet observé qui compte, qui importe, et pas mes réactions à cette vision. C'est la beauté de ce brin d'herbe, de cette simple plante, qui chante dans l'esprit, cela dialogue avec le cœur même de l'homme. C'est extrêmement sensible, et cela fait en sorte que l'esprit devient totalement silencieux, immobile, comme suspendu dans un autre monde. Dans ce grand silence, le mouvement habituel de l'esprit a cessé, les pensées se sont tues. La mémoire devient inactive, inutilisée, elle est toujours là évidemment (on ne devient pas amnésique), mais l'esprit n'utilise pas la mémoire, il n'en a pas besoin.

    Voilà ce qu'est l'acte de voir par soi-même, il se situe au-delà de la mémoire et du temps, hors du champ habituel de l'esprit.

    Là dans cette perception existe la compréhension, le déconditionnement, mais aussi un espace où tout ce qui vit existe ensemble, sans exclusion aucune. Alors l'acte de voir par soi-même devient l'acte de voir ensemble, d'apprendre ensemble. Sans hiérarchie, sans dogmes et sans autorités, je pense tout à fait sincèrement que "voir ensemble, vraiment c'est vivre ensemble".

 

    Vivre ensemble, c'est découvrir la vérité ensemble, tout le reste n'est que distractions superficielles.

 

     

    Paul Pujol

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