10 janvier 2022 1 10 /01 /janvier /2022 10:31


 

 

      

 

     Nous nous trouvions dans les sous-bois, sans doute à la recherche de quelques bêtes égarées. Les châtaigniers étaient baignés d'une belle lumière éclatante, faite d'ombres et de taches plus claires. Le soleil était haut, et l'après-midi s'annonçait torride. Nous descendions une pente caillouteuse, lorsque, levant les yeux, nous le vîmes au-dessus de nous. Il était là, seul et immobile, nous surplombant, scrutant la vallée étroite qui plongeait devant nous. C'était un aigle brun et noir, le bec courbe et l'œil vif, il se dressait de toute sa hauteur, roi des montagnes dans l'espace bleu d'un ciel d'été. La beauté du rapace vous surprenait, vous rendait attentif et aiguisait tous vos sens. Sa beauté était la beauté du monde, de l'univers dans sa totalité. Cette beauté n'excluait aucune chose, les arbres, les buissons, les feuilles délicates, le ciel limpide sans un seul nuage, tout ceci resplendissait dans cette intensité. 

                                                                    

    Nous indiquâmes à l'autre la présence de l'aigle. L'oiseau, nous ayant entendus, déploya ses grandes ailes brunes comme la terre, et sans aucun bruit, sans frottement ni sifflement dans l'air, il disparut, contournant le rocher et devenant ainsi invisible à notre regard. On eut cru à un mirage, à une illusion des sens, tellement tout ceci fut fugace, rapide, et silencieux ; mais il n'en était rien. L'œil ne voyait plus à présent, mais l'esprit qui est essence de vie, est un, et le vol majestueux, ample et libre se poursuivait au-delà, sans besoin de spectateurs admiratifs. L'esprit n'a pas besoin de sens pour voir ce qui est, les sens font partie de toute vision, mais

"la vision profonde" est bien plus immense que toute sensation. Il n'est point nécessaire de toucher et de voir une chose pour avoir de l'amour, l'amour véritable s'étend à toute chose, présente ou absente, visible et non visible. 

 

    L'oiseau disparu, nous continuâmes quelques instants notre promenade, l'autre personne n'avait rien dit, mais on sentait son trouble intérieur. Elle était consciente d'avoir vu un animal noble et rare, cependant, elle était mécontente, mécontente de notre intervention qui avait apparemment précipité le départ de l'animal. Mais l'homme n'en dit rien, dans son silence se murmurait tout son regret, la joie qui aurait pu être si seulement son besoin de retenir n'était pas. L'homme veut toujours retenir, il veut emprisonner la beauté, pour mieux s'en délecter, pour mieux en profiter, il veut s'abîmer en elle ; - mais lorsque l'esprit œuvre en ce sens, la beauté n'existe plus. Elle se transforme alors en plaisirs, en désirs, c'est à dire la satisfaction de la mémoire, la consécration de notre plan de bonheur et de beauté. La beauté ou l'amour ne peuvent être codifiés, classés, rangés, pour les sortir au moment opportun, et les utiliser à volonté ; - un claquement de doigts, et nous voulons la beauté à nos pieds. Tout ce processus est essentiellement destructeur, il supprime dans l'homme toute sensibilité (et non pas de la sensiblerie), toute son intelligence, et sans cela, la beauté ne peut être perçue.

 

    A présent l'aigle avait dû retourner à son repaire, il préparait sans doute avec sa compagne, la venue d'un nouvel hiver. Dans ces montagnes du sud, souvent baignées de soleil, les saisons froides étaient moins rudes qu'ailleurs, mais en altitude, là où nichent les aigles, la neige était toujours présente.

    La bénédiction de cette rencontre continua longtemps, le malaise de l'autre persista également. En y songeant, il nous semblait bien qu'en fait, cette entrevue avait été une entrevue d'un autre monde, monde où l'homme ne peut être. Un univers inconnu, mais familier, intime. Le vol était un mouvement différent, sculpté à même dans l'air lumineux d'un jour autre, d'un monde unique, neuf, rajeuni ; - tout ceci était intemporel, immobile, et pourtant, il y avait une action, une activité, un état sans déplacement aucun, et cependant non statique. Ce mouvement était différent, la matière, le corps étaient autres, indissociables, unis, comprenant tout ;

    - substance étant plénitude, énergie totale, donc créatrice de vie. L'esprit était alors beauté, et l'intelligence percevait que tout cela, n'était en fait

que l'expression de l'amour.

    En ce jour, le vol de l'aigle était le mouvement même du monde.

 

        

 

  
 
    Paul Pujol, Senteur d'éternité.

     Editions Relations et Connaissance de soi

    "L'aigles des montagnes", pages 94 à 96. 

 

 

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8 décembre 2021 3 08 /12 /décembre /2021 15:13

  La-nature

 

 

 

Trévoux, le 2 février 2011

 

 

    Quand l'esprit s'exprime à travers une forme particulière, son expression est limitée par cette forme. C'est à dire que quand il n'y a que la mémoire et la pensée, l'esprit ne peut que passer par ces canaux, aussi restreint soient-ils.  

    Alors il n'y a pas création, mais suite et poursuite de "ce qui est", l'homme ne fait que répéter ce qui fait sa vie. Et jamais le parfum d'une fleur nouvelle ne vient embaumer son coeur, jamais une senteur inconnue ne vient bouleverser la sécurité illusoire, bien établie. Et l'homme finit ainsi sa vie, comme un lit de rivière sans eau, une vie aride se termine. Dans la pauvreté intérieure et dans un esprit déserté par la joie véritable.

 

    Mais quand la mémoire est absente, ou plutôt non utilisé; si le cerveau est silencieux, très tranquille. Quand le mouvement des pensées est suspendu, l'esprit peut alors s'exprimer sans références, sans limites. Alors l'esprit n'est pas déformé par la forme d'une pensée particulière, qu'elle soit une culture traditionnelle ou une tendance contemporaine. Il y a quelque chose d'immense qui entre en existence par ce silence profond, les pensées sont absentes, mais l'homme est en vie, totalement sensible à ce mouvement autre. Et vraiment dans cet état, le cerveau découvre autre chose que la mémoire, est-ce que vous vous rendez compte de ce que cela veut dire?

    Le cerveau touche une chose jamais vue, jamais connue, c'est comme un bain de jouvence, une source vive.

 

    Là, messieurs, l'esprit peut voir naître un mouvement totalement neuf, non souillé par le passé. Et l'homme découvre cette terre vierge, comme un enfant regarde le soleil du matin, c'est comme le premier matin du monde. Nous pouvons tout créer alors, tout recommencer, tout inventer. L'esprit, l'homme sait par cette perception ce que veut dire " créer", "engendrer".

    Alors l'homme se met en marche, en mouvement, et un monde totalement nouveau commence à voir le jour. C'est quand l'esprit est totalement libre, et uniquement dans cette liberté, qu'un monde autre entre en existence.

 

 

 

   Paul Pujol

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5 décembre 2021 7 05 /12 /décembre /2021 11:19
Voir ensemble.

                                                                             

19 Novembre 2005

 

 

    Pouvons-nous voir ensemble, est-ce un mythe ou bien est-ce une réalité ? Cette action est-elle possible entre nous, de manière vivante et authentique ? Tout d’abord qu’est-ce que voir ? Qu’est-ce que percevoir, comprendre, que veut dire apprendre ?
    Voir, avant tout c’est avoir la capacité de découvrir "ce qui est", nous sommes dans l’ordre de la perception du réel. N’est-ce pas ? "Ce qui est", c’est le monde tel qu’il est, donc il y a une réalité concrète à percevoir, à discerner. La première perception je pense, que nous avons tous
eue est : "Le monde des hommes est un monde de violences et de barbaries sans fin, ce monde est créé par l’esprit humain, et donc je crée moi aussi ce même monde. Si je veux transformer véritablement et totalement cet univers de souffrance, je dois avant tout transformer ce qui engendre ce monde, et donc je dois totalement transformer mon esprit. Je dois avoir un esprit neuf, non souillé par la laideur et la cruauté humaine". Nous percevons la douleur du monde, et notre responsabilité face à cette réalité. En fait nous percevons la relation qui nous lie avec la souffrance humaine, nous récoltons les fruits amers que nous semons nous-mêmes. De cette perception découle tout notre sujet d’étude, c'est-à-dire : Comment fonctionne notre esprit, et pourquoi celui-ci engendre-t-il de la souffrance dans les relations humaines ? Pourquoi un tel dysfonctionnement existe-t-il ? Quel est son mécanisme et peut-on y mettre fin ? Sommes-nous d’accord sur cela ? Il me semble que c’est le point de départ de toute notre recherche commune, que nous menons entre amis avec affection et soucis de l’autre. Voir ensemble, n’est-ce pas découvrir toute l’étendue de ce dysfonctionnement ?

 

    Pouvons-nous poursuivre, pas à pas, mais avec précision et justesse, sans peur aucune ? Je constate que mon esprit ne fonctionne pas de manière logique, personne ne veut vivre dans la souffrance et l’affliction ; et pourtant par son action l’esprit crée cette douleur, cet isolement et toute cette violence qui ronge le monde.

 

    Comment aborder ce problème? Comment appréhender ce dysfonctionnement de la pensée ? En premier lieu je constate, que mon esprit, ses valeurs, ses idéaux sont tous issus de la société, ce que je pense est "issu" de ce monde. Je suis totalement construit par cet environnement, j’en suis le représentant au même titre que chaque être humain. Si je suis vraiment intègre dans cette vision, je comprends que quand "je pense", c’est le monde qui est en mouvement. Je vois que quand "j’agis", c’est la souffrance qui est à l’œuvre et qui se poursuit !Donc que faire ? Je suis dans l’affliction, je me rends compte que je suis conditionné par ce monde et que sans changement profond, cette souffrance ne fera que croître. Mais faut-il vraiment faire quelque chose ? Posons-nous cette question, vraiment faut-il faire quoi que ce soit ? Si je veux agir, sur quelle base vais-je le faire ? Mon esprit est le produit du monde, si je l’utilise pour changer le monde, je ne ferai que prolonger ce même monde. Voyons-nous bien cela ? Chaque fois que j’agis c’est le monde qui est en mouvement, et donc la barbarie continue.

 

    Puis-je me permettre une réflexion ? Quand nous désirons mettre en place une action, sommes-nous encore dans l’observation ? S’il vous plaît, quand nous pensons à un plan d’action, sommes-nous dans le présent ? Sommes-nous simplement avec le fait, rien qu’avec le fait lui-même, ou bien sommes-nous en train de spéculer sur une solution future ? Quand nous observons, nous prenons conscience de ce qui est, nous sommes sensibles au réel avec intensité. Pouvons-nous être extrêmement attentif au mouvement de nos pensées, et de la même manière en prendre conscience, y être sensible ? Ne cherchons pas de réponses, mais voyons ce qui est ; là, nous voyons parfaitement qu’un des nombreux jeux de la pensée, est le "fait" de ne pas pouvoir faire face à un événement. Elle ne peut pas être dans l’observation, elle n’existe pas quand il y a attention totale à ce qui est. Si l’esprit utilise la pensée, il se détourne du réel et il part dans une direction purement imaginaire et fictive. Cette dimension est le plan des idéaux, de croyances humaines, c’est cela qui crée la séparation entre les hommes. Peut-on observer ses pensées, les comprendre, les saisir directement sans les nourrir ? Est-ce possible ? Cette question même, a-t-elle un sens ? Il n’y a qu’une seule réponse possible, regardons par nous-mêmes, faisons-le, voyons si cela existe vraiment !

 

    Ne serait-ce pas cela la seule action qui vaille ? C'est-à-dire une véritable non-action ! Donc je ne désire pas agir, je ne vais pas voir des maîtres, je n’apprends pas des mantras et je ne me prosterne pas devant qui que ce soit. Je ne bouge pas et je reste face à face avec ce qui est, c’est à dire mon esprit. Jour après jour, je l’observe, j’apprends à le connaître, je fais corps avec lui. C'est-à-dire que je ne fuis pas, je n’exalte ni ne brime mes pulsions. Jour après jour j’apprends, je deviens sensible à son mouvement, j’explore la totalité de son mécanisme. Si nous sommes en accord, je suis en état de découverte, je ne dis pas "tiens mon esprit est comme cela ou comme ceci". Je ne dis rien du tout car je suis en train d’apprendre et pas en train de faire une théorie, une de plus. Nous en sommes au point où je saisis, que je ne sais rien et que mon regard doit être neuf pour voir et apprendre, et cela se fait dans le quotidien le plus banal de la vie de tous les jours. Je ne cours pas en Orient, ou bien je ne pars pas dans un Himalaya exotique.

 

    Je pense sincèrement, que c’est vraiment le minimum pour pouvoir voir alors ensemble ; ne le pensez-vous pas également ? Si tout cela est authentique, comme nous l’avons vu, l’esprit a rejeté les valeurs du monde. Parmi celles-ci, bien évidemment l’autorité, les rapports de forces, la compétition entre les hommes, "savoir qui comprend le mieux". Tout cela n’a plus aucune existence, aucune valeur aux yeux de celui qui voit.

 

    Et voyons la beauté de cela, quand nous nous réunissons pour l’étude vivante de l’esprit, lorsque nous sommes ensemble. Quand l’un d’entre nous voit véritablement, seule importe la vision, et si nous sommes réellement dans l’attention, alors cette vision devient nôtre, elle nous est commune. - Alors mes amis, regardez à cet instant même, nous apprenons ensemble.

 

    - Voilà, ce qu’est "voir ensemble".

 

    Donc chers amis je propose de nous réunir, pour découvrir ensemble, pour apprendre et pour voir ce qu’est notre esprit. Mais là n’est peut-être pas l’essentiel, car bien saisir le fonctionnement de l’esprit humain, c’est le mettre à sa juste place, c’est l'utiliser de manière adéquate et efficace. Une fois cela fait, voyez-vous, il nous reste à explorer tout l’infini de la vie. Une fois le désordre dissout, apparaît l’ordre, mais au-delà de l’ordre même, qu’est-ce que la liberté, la création véritable ? Voyez-vous chers amis, en fait nous avons un monde nouveau qu’il nous faut créer !

     



   Paul Pujol, "Correspondances".

   Editions Relations et Connaissance de soi.

  "Voir ensemble", pages 50 à 54.

                                                                               

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3 décembre 2021 5 03 /12 /décembre /2021 09:49
Promenade d'été.

                                                                                                           

   30 Août 1997

  

 

      Cétait il y a quelques années, nous faisions une promenade dans l’après-midi torride d’un été du sud. Le village et la campagne environnante semblaient assommés par la chaleur, en attente de la fraîcheur de fin de journée.

   Nous avions traversé quelques champs et un ou deux vergers, un chien nous accompagnait. Il courait, sautait partout, flairait toutes les pistes possibles, partait parfois au galop après un lapin distrait, ou essayait d’attraper un oiseau au sol. Malgré l’énergie qu’il mettait dans cette chasse, jamais il n’avait capturé quoi que ce soit. Et pourtant à chaque promenade le chien recommençait avec la même ardeur, avec un entrain et une joie totale. Sans aucun doute, tous ses "échecs" relatifs, ne s’étaient pas transformés en tristes souvenirs. Il ne savait pas s’apitoyer sur lui-même, car pour lui "hier" n’a aucune importance, en fait réellement le passé, "hier" n’existe pas. Seul compte la lumière du soleil, l’odeur de la terre, les talus et les fourrés remplis de caches et de terriers. Seul existe le présent, et dans ce réel, tout est inclus, l’oiseau, le lézard et le lapin gris, l’homme qui l’accompagne, les rangées d’arbres et les belles touffes d’herbes vertes. Et surtout, lui-même n’est pas séparé de cette immensité, de cette diversité qui engendre la beauté du monde.

  

    Après avoir longé un verger d’abricotiers, nous nous étions assis au bord d’un petit cours d’eau, celui-ci sillonnait de part en part, à travers le dédale des champs et parcelles qui s’étendaient à perte de vue. Le chien tout à son bonheur avait sauté dans l’eau, il pataugeait avec grand bruit et ignorait tout de la discrétion. Il avait sûrement flairé une nouvelle piste sur la berge voisine, et il fouillait avec obstination les roseaux et la maigre végétation présente. Il plongeait en créant des gerbes d’eau, ressortait en fonçant dans les feuillages, puis ressautait dans le cours d’eau. Tout ce remue-ménage fracassait le silence de l’après-midi, et toute la nature entendait le vacarme assourdissant. Le chien tout en continuant s’était à présent éloigné, nous étions calmes et très silencieux, sans pensées et immobile, assis sur les cailloux mis en place par la main de l’homme. Les yeux mi-clos, on appréciait pleinement cette lumière d’été, ou chaque chose resplendissait. La vision ne s’attardait sur aucune chose en particulier, quand un mouvement très lent se fit à notre gauche, juste à l’orée d’un bouquet de roseaux.  

    A un mètre à peine, un caneton venait de sortir du bosquet. Il posait une patte au sol, s’immobilisait, puis posait l’autre patte et s’immobilisait à nouveau. Il se déplaçait très prudemment, avec une lenteur surprenante. Toute son attention était portée sur l’homme assis, sur le danger potentiel qu’il représentait. Le caneton fuyait évidemment le chien, qui avec tout son bruit envoyait ses "proies" à l’opposées de son poste de chasse. L’oisillon avait dû traverser une bonne partie du bosquet, et il avait vu l’homme. Il avait observer un bon moment cet être immobile, danger ou pas danger ? Tous les hommes qu’il avait vu bougeaient tous, faisaient du bruit, et il le savait, étaient un danger mortel pour sa famille et lui. Puis celui-ci avait tranché, il n’y avait apparemment pas de danger, l’être semblait très calme, détendu, l’opposé d’un prédateur aux aguets. Cette tranquillité totale donna confiance au caneton, et chose contre nature, il se mit à découvert devant un homme, devant un de ces êtres qui depuis toujours chassent, tuent et mangent ceux de son espèce.

  

   Quand l’homme vit l’oisillon, aucun mouvement ne fut fait, si ce n’est les paupières qui se soulevèrent et les yeux qui suivirent le passage de l’animal. Cette beauté fragile, cette confiance et cette innocence offerte était une preuve que l’amour est perçu. Et que dans cette relation, dans cette unité, il ne peut y avoir de séparation, donc pas de prédation naturellement ; - pourquoi vouloir s’attraper et se détruire soi-même ? Dans cette relation, évidemment la peur et la crainte s’évanouissent, même si l’on reste prudent et attentif. D’ailleurs sans attention, on ne peut rien voir, rien comprendre, rien démonter, et quand l’esprit est rempli de mille illusions, comment pourrait-il s’ouvrir à la réalité ? L’oisillon disparut plus bas parmi les gros cailloux blancs et roux, le chien au loin continuait sa course folle. Nous nous levâmes doucement, c’était une journée magnifique, le ciel était d’un bleu les plus pur, il faisait chaud, et nous vîmes que nous étions véritablement en plein Eden. Nous commencions alors à marcher tranquillement, on imaginait que peut être le caneton nous regardait partir. Cette rencontre nous bouleversait, la vie est fragile et l’être humain est tellement brutal et violent. En s’offrant à notre vue, totalement démunit, sans aucune protection, l’oisillon avait dit "regarde comme je suis beau, mais aussi comme je suis fragile, tu peux me détruire, me réduire à néant. Pourtant je te fais confiance, je m’offre à toi sans armure, je n’ai aucune défense.  J’oublie toute la violence des tiens, je leur pardonne tout, " hier " n’existe pas. Je sais que maintenant il peut y avoir autre chose, quelque chose de rare, peut être pas unique, mais rare. J’ai vu qu’il y avait autre chose que la peur et la crainte, je sais que tu le vois aussi. Je t’ai donné cela, je l’ai découvert, jamais je ne l’oublierai et jamais je ne l’ai connu".

  

    Dans un autre temps, on aurait vénéré l’oiseau comme une divinité et on aurait réduit cette vérité en symboles creux. C’était il y a plus de dix ans, mais "cela", qui est au-delà de la peur et de la crainte, "cela" existe toujours. Cette qualité est indépendante du caneton, ou de tout autre être ou animal, simplement cela peut s’exprimer dans une relation au monde. Dans une relation au monde entier, pas à une partie congrue, réduite par la famille, la nation ou la religion. Mais par une relation entière, ou rien n’est retranché ou rejeté. C’est dans cette totalité, dans cette plénitude qu’alors peut s’exprimer l’amour. C’était il y a plus de dix ans, c’est maintenant, c’est intemporel et très sensible, avec de l’intelligence et de la beauté.

    Et parfois les yeux se brouillent, les larmes viennent, et l'extase s'empare de tout, de l'écrivain, des souvenirs, du monde entier.

  - La béatitude est là, et véritablement, sans aucun intellect, un autre monde s’offre alors.
 

 

    Paul Pujol," Senteur d'éternité  "

  Editions Relations et Connaissance de soi

  "Promenade d'été", pages 173 à 176.   

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18 novembre 2021 4 18 /11 /novembre /2021 16:54
Le chant du silence.

          


               Un instant d'éternité,
           
calme et douce tranquillité;
          et vous voilà, inexistant,

           dans un pays hors du temps.
          
(Première strophe parlée, les autres chantées)
 
          
Un instant d'éternité,
            calme et douce tranquillité;
            et vous voilà, inexistant,
            dans un pays hors du temps.
 
           
Lorsque l'inexistence est perçue,
            lorsque l'inexistence est perçue;
           voilà que l'univers entier vit,
           voilà que l'univers entier vit.
 
          
Qu'avons-nous fait, mes tendres amis,
            mes compagnons, mes bien-aimés?
           Qu'avons-nous fait de cette vie,
           qu'avons-nous fait de l'infini?
 
         
 Il nous faut vivre sans frontières,
            sans peurs, sans craintes et sans limites;
           il nous faut vivre dans cette vie,
           il nous faut vivre l'infini.
 
          
Un instant d'éternité,
            calme et douce tranquillité;
            et vous voilà, inexistant,
            dans un pays hors du temps.

                

             Paul Pujol

  
      Ce chant sacré est né d'un silence insondable, comme une brise intemporelle, tel un trait d'énergie. Fait de mots anciens et nouveaux, construit par des notes inconnues. 

    Celui qui sait le chanter, découvre l'immensité et l'immobilité de l'esprit.

   

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Paul Pujol - dans textes paul pujol Paul Pujol