14 janvier 2021 4 14 /01 /janvier /2021 10:13
Avoir un parti pris.

 

  Avoir un parti pris, c’est choisir et défendre une position.

 

   A partir de ce moment, on veut juste convaincre, ou plutôt vaincre le point de vue de l’autre. En quelque sorte on veut « le convertir », « l’enrôler » dans notre camp. Son point de vue d’autrui ne compte pas, n’a pas de valeur, il  doit être combattu. On n’accepte pas un autre regard, l’autre est dans l’erreur.

 

   On choisit son camp, son champ d’action, et celui-ci est toujours limité, étroit, et avec ce choix, on regarde l’autre avec une certaine méfiance. Et plus on est sûr de son « bon choix », plus on a tendance à prendre l’autre pour un imbécile, on le méprise presque.

   On voit bien cela dans l’actualité sanitaire, il y a eu les pro-masques, et les anti-masques, maintenant il y a les pro-vaccins et les anti-vaccins. Chacun veut imposer à l’autre quelque chose, et les deux camps se regardent avec méfiance. Et rappelons-le, celui qui est sur de son choix, avec des appuis médical et moral, celui-là méprise vraiment ceux qui pensent différemment de lui.

   Quelle étrange tendance de vouloir imposer aux autres nos propres choix, quelle intolérance absurde.

 

   Je suis végétarien depuis plus de quarante ans, et jamais je n’ai dit à qui que ce soit, « il faut que tu sois végétarien ».

   Chaque personne est particulière, différente, ce qui est valable pour untel ne l’est pas forcément pour un autre. Et selon l’âge et la maladie, le corps change, et donc on s’adapte, il faut rester en mouvement.

 

   Quand on choisit un camp, une opinion, on se réduit à ce choix, à cette conclusion. On adhère à un parti pris, puis notre vie même devient ce réduit étroit et sombre. Comme on le dit « on prend parti », mais faisant cela on perd la vision du tout, on perd l’ensemble.

   Chaque partie n’existe que dans son rapport avec tous les autres éléments, isolée de l’ensemble, une partie devient incompréhensible, sotte et n’a plus de vrai sens. Alors cette partie congrue devenant irrationnelle, elle peut verser très facilement dans des aspects les plus fous et extrêmes.

 

   Je ne veux prendre aucun parti, ni ne défendre aucune cause, ni réduire la vie à aucun de ces nombreux aspects. Je choisis la richesse et la complexité de l’Univers, car aucun parti, aucun groupe, aucune religion ne peuvent embrasser l’immensité de ce qui est.

 

   Chers amis, restons libres et ayons une vie immense, sans fin…

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
13 janvier 2021 3 13 /01 /janvier /2021 10:44

                                                                                                                                                           Photo: L. Ingles
   

 

  

   Dehors le vent soufflait avec insistance, et la nature était en attente du long sommeil hivernal. On ressentait tout le travail de la forêt, qui en elle-même s'évertuait peu à peu, à ralentir et à calmer la croissance des arbres et des plantes.

    La montagne elle aussi était tranquille, et le ciel qui la couvrait de part en part, prenait quelques fois la teinte grise des jours de pluie. Aux alentours, les couleurs ocre et rouge de l'automne étaient présentes, et l'on distinguait un peu partout le tapis brun des feuilles mortes et séchées. Toute cette nature, avec son espace infini, vous entourait et vous acceptait dans son intimité ; vous ne vous sentiez pas du tout un étranger parmi le monde des fleurs, des arbres et des oiseaux. En contemplant la beauté présente, vous vous demandiez pourquoi l'homme s'était-t-il exclu des monts immobiles et des forêts silencieuses, comment l'homme avait-il pu devenir insensible au soleil du matin ?

   

    Vous songiez à la férocité de l'homme à travers le monde ; - mais, vous ne vous souciiez pas de trouver une réponse, vous regardiez simplement l'immensité du ciel, sans aucune présence de la pensée, vous observiez ce bleu brillant. L'espace d'un ciel est étrange, car si l'on fait attention, on réalise qu'il n'a pas de fond, qu'il est dénué de tout support, il ne repose sur aucune chose. L'espace d'un ciel ne repose sur aucune terre, c'est la terre elle-même qui est comprise et incluse dans le ciel. Dans cet espace tout peut être logé, les plus hautes tours, les plus grandes montagnes, ainsi que les lueurs des plus lointaines étoiles. Toutes les mesures, le haut, le bas, le loin et le près, sont des valeurs inadéquates, sont un non-sens dans cette dimension.

 

    Un espace qui n'est pas espace entre deux points, est un espace infini ; tous les éléments figurent dans cette dimension, mais aucun d'eux ne limite ou ne boucle cette dimension. C'est un point donné, fixe, qui donne une distance à l'espace, entre lui-même et un autre point. Un centre part toujours de sa propre situation, et projette à partir de là, une dimension vers l'extérieur, vers autrui et vers le monde. L'homme part toujours de ses propres conclusions, et, de là, il essaie de s'ouvrir au monde extérieur ; donc la dimension de son ouverture sera limitée par ses propres conclusions et assertions personnelles.

    A présent, de gros nuages gris obscurcissaient le ciel, cachant momentanément le soleil. Ils avançaient avec rapidité, et personne ne pouvait savoir vers quelles destinées ils se rendaient.
    

 

           
   Paul Pujol, "Senteur d'éternité".
   Editions Relations et Connaisance de soi

   "Hiver 1984", pages 52 à 53.      

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
10 janvier 2021 7 10 /01 /janvier /2021 09:41

 

   

    Il y un grand paradoxe dans la recherche de la liberté spirituelle, la plupart des personnes pensent qu’il y a un long parcourt à faire, qu’il faut beaucoup de temps d’étude, d’années de recherche et d’enquête.

    Mais je vois que cela est incorrect, totalement incorrecte, la liberté est au commencement, pas à la fin. La fin n’existe pas, sauf dans notre esprit, c’est un temps intérieur qui s’exprime en tant que volonté de réalisation. C’est une ambition qui vit dans un temps psychologique imaginaire.

    Demain, ou après-demain je serais libre, ce faisant on repousse l’aspect vital de la liberté et son urgence.

 

    Seul ce qui existe dans le présent compte et est réel. Suis-je libre, suis-je conditionné ? Ces questions primordiales, exigent une réponse immédiate, une vision direct de ce que nous sommes.

    Suis-je conditionné ? Oui assurément, c’est là un fait, non pas une idée ou une théorie. Je suis conditionné par mon environnement, par la culture, la politique, la religion, par l’espace et le temps dans le quel je vis.

    Dans cette vision claire, il n’y a aucune tristesse, aucune fuite devant cette réalité, si on regarde de très prés, on est totalement silencieux, et l’esprit est totalement immobile. Il n’y a aucune pensée qui demande comment ne plus être conditionné, le non conditionnement n’est qu’une idée, un processus imaginaire qui nous éloigne du simple fait, « je vis dans le conditionnement ».

 

    Quand on voit vraiment ce que cela est, que nous vivons par les idées des autres, par l’influence de la société, de nos lectures, de nos amis, de notre famille. Nous voyons que ne sommes que le jouet de multiples influences et tendances contradictoires. Comme un bateau ivre sans gouvernail, poussé de-ci delà par les vents tempétueux de l’existence. Je mange, je fume, je bois, et je me comporte avec les autres, sans aucune conscience de mes actes et de leur motivations.

    Dans les faits, je n’ai aucune conscience de la manière dont je vis.

    Si on voit cela très clairement, on ne peut l’accepter, le tolérer, et donc on refuse cet état léthargique d’inconscience. On ne demande pas comment puis-je m’en sortir ? On en sort par l’acuité de cette  vision pénétrante qui est action.

    D’un seul coup on est en dehors du conditionnement, la liberté et là, pure et vibrante.

 

    Oui, la liberté est au commencement, pas à la fin, il n’y a pas de fin. Il y a plus de quarante ans, un tout jeune homme a découvert cela, c’est à partir de cette liberté que le véritable voyage commence.

    Le voyageur doit être libre, sans bagages, alors il peut aller aux confins même de l’univers.

   Ce mouvement de méditation va même au-delà de l’univers, entrevoyant l’origine de tout ce qui est, origine qui elle-même n’a jamais eu aucun commencement, ni début…

 

 

    Paul Pujol.

 

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 10:57

 

 

Trévoux le19 juillet 2010DSC01400  

 

 

    Tous le monde parle du silence, partout on vante cet état, c'est devenu un tel lieu commun, une telle platitude. Chacun dit connaître le silence, mais personne ne veut se taire, personne ne sait se taire ; qui donc a vu mourir le mouvement de ses pensées, réellement et très concrètement ? Celui qui connaît le silence n'en parle pas, ou très, très rarement.

    Qu'est-ce que le silence ? Quel est l'état de l'esprit qui découvre ce rivage ? Est-ce cet esprit qui a toujours était en mouvement, qui a toujours ruminé ses pensées ; cet esprit qui s'est bâti sur ces pensées, sur l'expérience, sur la mémoire ? Cette mémoire a construit le sentiment du "moi", au fil du temps, petit à petit, tout au long de la vie. Nous sommes cette mémoire, nous sommes le résultat du processus de la pensée, étant fabriqués par elle, nous en sommes les représentants.

 

    Pouvons-nous examiner ce qu'est au juste la mémoire ? Qu'est-ce que la mémoire ? C'est un mouvement basé sur des souvenirs, sur des enregistrements d'événements. Nous avons une action, un contact avec le monde, une expérience que nous enregistrons. Cette mémoire est stockée dans le cerveau, puis lors d'une nouvelle action, nous ressortons cette information pour agir. Il y a d'abord un contact avec le monde, puis il y a enregistrement, stockage, et ensuite il y a utilisation de la mémoire par le truchement de la pensée.

    La pensée se sert de la mémoire pour agir, ou plutôt la pensée est l'expression de la mémoire, des souvenirs. Le mouvement des pensées, c'est l'expression en apparence actualiser de la mémoire ; en apparence seulement, car la mémoire est un processus lié à lui-même. La dernière expression en fait est reliée à l'ensemble du processus, tout le mouvement se trouve inclus dans l'ultime pensée. C'est un mouvement d'accumulation, ou les bases servent toujours de support aux dernières strates, tous les éléments sont interdépendants et liés ensemble ; en fait c'est tout simplement un seul et même mouvement. Il se poursuit et se prolonge sans cesse, sans arrêt il rajoute des éléments, mais aussitôt il les teinte de son histoire, de ses tendances.

    

    Nous voyons que la mémoire est un processus, qui s'auto alimente constamment par l'expérience, mais aussi à un certain moment par le discours intérieur. Il peut y avoir des expériences extérieures, et des expériences intérieures, n'est-ce pas ? Donc nous avons vu que la pensée est basée sur la mémoire, et sur la recognition de cette mémoire. La pensée se meut toujours à l'intérieur d'un même espace, elle reste toujours dans le champ de l'expérience, du connu. Voyons bien que ce connu, c'est son histoire et sa vie ; par "sa vie" nous entendons le passé vécu, les souvenirs des nombreux hier. Les lointains jours heureux et les jours de tristesse, de peine, voilà ce qu'est le souvenir de nos vies.

    Qu'est-ce que cela veut dire ? Quel est le lien avec le silence, et avec la souffrance de la vie ici bas ? Excusez-moi pour cette interrogation qui vient maintenant ; quelque chose de nouveau, de totalement neuf peut-il être reconnu ? Un jour une chose totalement inédite, compétemment inconnue arrive, l'esprit peut-il non pas reconnaître cela, mais peut-il connaitre cette chose ? Peut-il l'appréhender, la comprendre même ?

    L'ensemble du cerveau est le résultat, le produit de la mémoire, la pensée œuvre en son sein, elle en est l'expression. Avons-nous vu que ce mouvement qui se rattache à lui-même crée une sorte de continuité ? Il y a une suite ininterrompue de commentaires, de constats, de jugements, et sur cette suite sans fin, se crée un fort sentiment de durée ; un sentiment de permanence prend place dans l'homme. Cela s'inscrit dans son cœur et dans son esprit, la croyance du "moi" a pris racine, vous pouvez aussi dire le "je", ou bien "l'âme", qu'importe le mot ; c'est cette croyance, cette certitude qui existe.

    Nous voyons également que cette notion de durée, de continuité, ce sentiment crée réellement le temps psychologique, temps qui se superpose et se mêle au temps biologique. C'est sur cette échelle du temps intérieur, que l'esprit vit et projette son avenir glorieux, car après le passé, l'esprit mise beaucoup sur l'avenir, sur le futur. Cela donne un espoir, car ce que je n'ai pas pu faire maintenant, je le réaliserais demain ou après-demain.

    L'homme vogue entre la nostalgie du passé, et l'espoir du futur. Et voyons que ce futur est basé lui aussi sur le passé, car quand on pense à l'avenir, on le fait toujours d'après ses expériences et ses conclusions, qui sont toutes issues essentiellement du passé. N'est-ce pas pour cette raison que l'homme ne change jamais ? Il modifie juste en surface sa vie, change de voiture ou de travail, déménage dans un autre pays. Mais l'esprit lui ne change pas ; rien de neuf ne vient fleurir le cœur de l'homme, et le monde continu tel qu'il est.

   

    Donc qu'est-ce que le silence, le véritable silence, pas le mot ou une vague description romantique, un sentiment évasif ? Réellement qu'est ce que le silence, qu'est-ce que cette immensité ? Procédons très simplement s'il vous plaît, le silence serait peut-être l'absence de bruit ? Pour l'esprit quel est ce bruit, ce vacarme ? Est-ce le mouvement des pensées, ce bavardage constant dans l'esprit ? Le silence serait au minimum la suspension de la pensée, au moins pour un court instant ; soyons humble s'il vous plaît.

    Pendant un instant bref, les pensées peuvent-elles être absentes ? Est-ce réel ou bien est-ce une illusion que se joue l'esprit à lui-même ? Le silence est donc l'absence de pensées, cela veut dire que l'esprit n'utilise pas sa mémoire, ses nombreuses connaissances. Donc si ce silence est réel, on ne compare pas "ce qui est" à ce "qui a été" ; on ne peut tout simplement pas le faire, car la mémoire reste silencieuse. Le silence c'est d'abord le silence de l'esprit lui-même, celui de la pensée et de la mémoire. C'est l'ensemble de l'esprit qui baigne dans ce silence.

    Quand l'esprit touche le silence, il découvre alors une chose totalement inédite, totalement neuve, comme le premier matin du monde. Une chose hors du temps, hors de portée de la mémoire. C'est comme découvrir une nouvelle terre, un nouveau monde. Et, voyez-vous, là dans cette découverte, l'esprit se déleste de l'attachement au temps ; le sortilège du temps n'est plus. Alors l'esprit est totalement transformé, totalement autre, ce n'est plus le même esprit. Celui-ci a gouté la source vive, toute sa soif est étanché à jamais, l'esprit devient alors profondément apaisé, tranquille. Celui qui a touché ce silence, a un esprit profondément en paix, et il ne cherche plus d'expériences, il ne cherche plus rien, car il a en lui une telle immensité, une telle énergie.

 

    Pour cet homme, chaque jour est un miracle et notre belle terre est un véritable Éden. Son esprit est très simple, bien au-delà des croyances humaines, des religions ou des cercles ésotériques, par delà toutes les idéologies humaines. 

    Au-delà du mouvement de la mémoire et du temps, siège un espace autre, qui ne peut être mesuré par l'homme ; dans cet espace existe quelque chose qui n'a jamais eu de commencement, qui a toujours était là, une chose hors du temps.

 

    Par-delà le silence, toucher cet espace "est" une réelle félicité.

 

 

  Paul Pujol, "Correspondances".

  Editions Relations et Connaissance de soi.

 "Toucher le silence", pages 102 à 106.  

 

 

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
20 mai 2020 3 20 /05 /mai /2020 10:56

 

 

 

  Je voulais partager avec vous, cette réflexion sur l'événement de la crise sanitaire, et sur notre relation face à cet état de fait.

   Beaucoup de personnes ont eu une appréhension et une angoisse forte, en raison du virus lui-même bien évidemment, mais également en raison de l’avalanche d’informations et d’avis « d’experts » dûment mandatés par les différents médias.

 

   Nous avons découverts que d’éminents professeurs pouvaient avoir des avis différents sur la situation, avis pouvant parfois même être opposés. Devant tous ces renseignements nombreux et contradictoires, bon nombre de personnes se sont sentis sans doute « perdus », et ont eu une angoisse, non plus lié uniquement au virus, mais lié à l’incertitude du savoir de l’homme face à cette maladie.     

   Pourrait-on dire que tout cela nous a ramené à notre état d’ignorance ? Ou bien nous pouvons voir,  que la vie est en grande partie faite d’imprévus et d’inattendus. Mais cela n’est pas une nouveauté, nous le savons consciemment ou bien inconsciemment, nous le devinons et nous l’avons toujours su…

   Mais que révèle donc cette actualité, il y a le fait, la maladie qui court sur le monde ; et il y a les commentaires sur le fait, fort nombreux et contradictoires (parfois farfelus, parfois sérieux). Il y a la beauté de la terre, la belle lumière du printemps et de l’été à venir, et il y a aussi du danger, le prédateur qui rôde dans la savane ou le virus invisible que nous côtoyons.

 

   Nous savons tout cela, pour les choses agréables, pas de soucis, nous pouvons nous y perdre avec délectation, et la plupart en use avec excès jusqu’à l’enivrement des sens. Par contre pour ce qui est « désagréable », évidemment nous le fuyons, le refusons et désirons l’oublier. Mais désirer « oublier » quelque chose, en somme, c’est encore y penser, et donc ce désir d’oubli est absurde et totalement inefficace.

   Les choses dites « désagréables », en fait nous ne les oublions jamais, mais nous ne voulons pas en parler, nous ne voulons pas en discuter, ni disserter sur elles. Nous faisons semblent d’avoir oublié, on connaît l’existence de la mort, mais on feint de l’oublier, et cela nous fait croire alors qu’elle n’existe peut-être pas…

   L’oubli volontaire n’en est pas un, il parle de que l’on dit avoir oublié. C’est un silence qui n’en est pas un, il y a toujours un murmure en lui.

 

   Et donc voilà cette crise sanitaire qui arrive, l’oubli volontaire ne peut résister face à l’afflux d’informations alarmantes. La maladie, la mort et la crainte viennent nous rendre visite, notre quotidien est rempli de leurs sombres présences. Puis, les paroles des uns et des autres, sensés rassurer, expliquer et « rationaliser » la situation, toutes ces paroles, ces mots et ses phrases, tous ces bruits ne viennent que renforcer l’incertitude et le doute, voir crée même le désarroi.

 

   Avoir quelques informations semble normal et certainement justifié. Mais en avoir énormément, presque en permanence, semblent cependant fort néfastes.

   Nous ne pouvons plus faire semblant d’oublier, comme nous l’avons vu plus haut, mais l’opposé, c'est-à-dire y penser constamment est un autre écueil. L’actualisation permanente du danger par les mots, ne nous rends-t-il au final plus craintif, et par là plus vulnérable ? Cela cultive la peur dans l’esprit, nous pouvons être touché par ce virus cela est probable, mais pas certain. Ce virus fait partie de notre vie, mais il n’est pas notre vie, il n’est qu’une partie, une portion congrue d’une chose bien plus immense.

 

   Notre action, notre vie peuvent-être parasitée par une médiatisation et une préoccupation constante. Au-delà même de ce virus, nous pouvons être remplis d’angoisse, et celle-ci peut alors nous rendre vulnérable et nous affaiblir, et parfois cette angoisse, cette peur peut aussi nous rendre malades.

   Peut-on ne pas désirer oublier, ne pas nier « ce qui est », avoir quelques informations, puis rester tranquille et goûter au silence ? Pas un silence qui se fait parce que nous avons peur de quelque chose, mais ce silence qui vient quand la peur n’est pas là.

 

   « Oui c’est vrai, la maladie, la mort peut m’emporter aujourd’hui. Mais tôt ce matin, dans le jardin, il y avait plusieurs mésanges noirs qui volaient en tout sens. Des fleurs s’ouvraient pour recevoir la chaleur du jour, il y avait une belle lumière, la beauté de la terre était si intense. L’amour était là et il se répandait sur le monde entier, sans fin… »

 

 

   

 

   Paul Pujol.

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