14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 19:32

   


 

 

    Tous ces systèmes ne cherchent aucunement la Vérité; et par cela même, toutes ces religions, ces gurus, ces sectes, toutes ces organisations ne peuvent et " réellement " ne désirent pas vous faire découvrir la Liberté.

  Extrait du texte ci-dessous.                         
 
 

 

3 décembre 2004

 

  

    C'était il y a quelques années, nous étions en séjour dans une communauté où les traditions bouddhistes étaient en vigueur. Ce groupe avait tout un système religieux vieux de quelques siècles, et son origine en Orient himalayen lui donnait un caractère d'authenticité qui ne pouvait être discuté. Il n'y avait pas dans cet endroit de pression psychologique violente ; sûrs de leurs atouts, les adeptes laissaient le temps aux incrédules, certains que les conversions se feraient naturellement.  Nous étions un peu à part, car nous ne participions jamais activement à leurs rites et aucune "conversion" ne semblait poindre à l'horizon. Bien souvent le silence était notre compagnon, et la nature une complice véritable lors de nombreuses marches.

    Il est évident que la plupart des personnes présentes étaient certaines que le jeune homme allait basculer à un moment ou à un autre. Il était toléré avec bienveillance par tous ; les religieux dont il ne parlait pas la langue le savaient présent, et ils le laissaient tranquille. La communication était pratiquement impossible, car il fallait se prosterner en reconnaissant une autorité ; mais en religion, il n'y a pas d'autre "autorité" que sa propre compréhension. Tout à fait logiquement, aucun gourou ne pense pouvoir apprendre quoi que ce soit avec un jeune homme, qui plus est s'il est occidental. Donc, celui-ci ne pouvait communiquer avec les religieux, principalement parce qu'il n'y avait plus aucune croyance en lui, plus aucun dogme, aucun rite et aucune technique sacrée.

    Les conditionnements avaient volé en éclats, quelque chose de neuf était apparu ; le déplacement en cet endroit avait pour but de communiquer cette découverte, de partager cette vision vivifiante. Très rapidement, l'impossibilité de partager " l'inédit " se fit jour, une tradition ne peut s'ouvrir à quelque chose de totalement neuf. Véritablement, l'inconnaissance ne peut avoir aucun contact avec la connaissance. La liberté ne peut dialoguer avec la prison, car pour la prison la liberté n'existe pas. Le mouvement d'une tradition est le fait de vouloir se prolonger dans le temps, se perpétuer et avoir le plus d'adeptes possible. Aucune tradition ne cherche à s'ouvrir vers la découverte, aucun tracé mis en place par ceux qui savent, ne cherche la vérité.



    Les religions, anciennes ou neuves, ne désirent que prospérer, grandir, avoir du pouvoir et de la puissance. Tous ces systèmes ne cherchent aucunement la vérité ; et pour cela même, toutes ces religions, ces gourous, ces sectes, toutes ces organisations ne peuvent, et "réellement" ne désirent pas, vous faire découvrir la liberté.

 

    Devant ce constat de non-communication, le jeune homme ne fut ni triste, ni gai, en fait pour lui cela n'avait pas grande importance. Il ne voulait convaincre, ni imposer aucune chose à personne, simplement il vivait profondément cet état de grâce et il se trouvait là, c'est tout. Dans cette communauté il y avait également des animaux de compagnie, quelques chiens, et un chat. Celui-ci était un mâle, il revenait souvent blessé après avoir disparu quelques temps, sans doute s'était-il confronté à d'autres chats rivaux dans la campagne alentour. Nous nous rappelions qu'un jour, il était revenu très abîmé, la tête enflée pleine d'entailles et de vilaines plaies. Nous avions craint pour sa vie, mais les chats sont résistants, et il s'était remis doucement sur pied. Une relation affectueuse, mais non insistante, s'était établie avec ces animaux.  Nous dormions à cette époque dans les combles d'une grande bâtisse, qui étaient aménagés de manière rustique en dortoir. On y accédait par un escalier en bois extérieur, des matelas étaient installés de part et d'autre de la longue pièce. Au bout, il y avait une séparation simple faite de tissus, et là deux autres matelas étaient disposés, séparés également entre eux par une cloison fine. Dans cette intimité toute relative, nous dormions sur la couche de gauche, cet endroit était sans fenêtre et sans chauffage, mais il était accueillant dans son austérité. 

 

    Le jeune homme écrivait souvent le soir à la lueur de bougies. Une nuit alors que tout était silencieux, aucun bavardage inutile, aucun bruit ne venant troubler le silence nocturne, nous sentîmes un mouvement furtif tout près de nous. Nous ne bougeâmes aucunement, ni ne fûmes effrayés, ce mouvement très silencieux et très doux venait du chat. Celui-ci longea le corps emmitouflé dans un chaud duvet, aucun mot ne fut prononcé par le jeune homme ; le chat très discret se mit tout contre notre tête, se roula en boule et s'endormit. L'homme et l'animal dormirent ensemble dans une communion entière, le gage d'affection et de confiance qu'avait témoigné le chat était important. Jamais cela ne se reproduisit une seule fois, c'était inutile. Le chat était le chat de tout le monde, pour rendre visite au jeune homme, il avait dû monter toutes les marches du grand escalier, traverser l'ensemble du dortoir où d'autres personnes dormaient également, se faufiler à droite et à gauche. Tout cela pour finalement venir dormir contre la tête d'une jeune personne. En fait, c'était une déclaration d'amitié profonde et d'amour. Le chat n'a pas de croyance, il ne se dit pas religieux, et donc un contact est possible, et cela était une bénédiction sur terre. 



    Une autre fois, alors que nous nous promenions tranquillement dans un champ voisin, juste à l'orée d'une forêt, nous vîmes arriver tous les chiens de la communauté. Ils étaient trois ou quatre, mais nous ne les comptions pas bien évidemment. A nouveau aucune parole ne fût prononcée, nous n'avions appelé personne, ils étaient venus de leur plein gré, en totale liberté. Nous marchions ensemble, nous étions un, pas même une caresse ne fut utile, nous étions l'un d'eux, et ils étaient nous. Après quelques instants, nous nous assîmes dans le sous-bois, un ou deux s'assirent avec nous, comme des amis complices ; - en cet instant, il n'y avait plus d'homme et également plus de chien, plus d'être humain et plus d'animal. Il y avait une vie si immense, si intense, l'esprit était là, sans limite, infini. Ce n'était ni mystique, ni exotique, cela était le réel. Soudain, les chiens se levèrent et partirent en courant dans un seul mouvement d'ensemble. Le jeune homme assis ne bougea pas, à présent il était comme un arbre, comme la terre, et la forêt était en lui.

    Dans ce calme très profond, une autre rencontre eut lieu. Sur la gauche, un moine vénérable qui arrivait, nous avait vus au dernier moment et il s'était esquivé rapidement, pour ne pas nous déranger ou pour ne pas nous parler. Seulement le chemin n'avait pas d'autre passage, et il savait que nous l'avions vu. Ainsi donc, il réapparut en souriant, tout à fait détendu et il s'assit à nos côtés. Là, évidemment il y eut une grande différence avec les animaux, avec les arbres et la forêt. Nous ne pouvions pas vraiment discuter ensemble, car nous ne parlions pas la même langue. Après un court instant de silence, en montrant le jeune homme, il prononça le nom d'un ancien gourou légendaire de sa tradition. Nous comprenions que celui-ci indiquait que nous lui faisions penser à cet illustre personnage. C'était un compliment mêlé d'humour, dont le moine était coutumier, il n'y avait cependant pas de moquerie dans ses propos. Il fut répondu au vieux moine une chose très simple, le jeune homme lui fit "non" de la tête et il donna son propre nom. Sans aucune prétention, ni agressivité, comparer un être à un autre, c'est le déni du présent. Le moine fut surpris et embarrassé par la réponse, il nous salua avec sympathie puis s'éclipsa en silence.  

 

    Que peut apporter un jeune occidental à un vieux moine asiatique ? Absolument rien ! Il n'y a rien à donner, car rien ne se possède. La vérité n'est pas acquise, détenue dans les écritures et par la mémoire. Elle ne peut être un savoir, car celui-ci devient puissance et connaissance ; alors les relations entre les hommes ne sont que des relations de domination, de pouvoir, de pression et d'asservissement de l'autre. Simplement il faut être libre, constamment, d'instant en instant, souple, sans dogme, ni conclusion établis. Dans ce mouvement, on découvre le monde, et cette découverte peut être commune avec l'autre. La fraternité véritable, c'est le partage de cela ; c'est l'indication du sacré dans la vie quotidienne. C'est l'apparition d'un monde autre, la découverte permanente de cette immensité ineffable.

    L'esprit est au-delà de toute religion ou croyances, aucune frontière ne peut le circonscrire. Car véritablement l'esprit est un, et par cela, il est le monde dans sa totalité. 
 


  Paul Pujol," Senteur d'éternité ".

  Editions Relations et Connaissance de soi.

  La communauté religieuse, pages 117 à 122.    

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PaulPujol - dans textes paul pujol
23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 20:00

   

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Pouvons-nous avoir une exploration de l'esprit, qui ne soit pas limitée à des considérations culturelles, traditionnelles et religieuses ? Connaître son esprit pour mieux vivre avec soi et avec autrui me semble être une démarche essentielle. Mais le poids du passé pèse sur notre manière d'aborder cette connaissance de soi, notre approche est conditionnée par nos visions partisanes.

     Une juste compréhension de l'esprit, commence évidemment par la prise de conscience que nous sommes conditionnés. Il ne s'agit pas de dire que telle ou telle culture est supérieure à telle autre, il s'agit de percevoir que notre environnement nous conditionne, pour le pire et le meilleur.

 

     Les traditions sont le résultat de l'histoire et de la géographie, elles sont les enfants du temps et ont germé dans les différents territoires du globe. Nous constatons aujourd'hui que ce qui a constitué les nations, ce qui a construit les cultures, devient source de conflits et de guerres en tous genres. Chaque pays, chaque religion veut dominer l'autre, chacun veut convertir celui qui est différent. Tous se sentent supérieurs, et tous créent ce monde de chaos.

     Ne peut-on découvrir une autre relation aux autres ? Une relation qui ne soit pas conflictuelle, qui ne soit pas cette volonté absurde de persuader l'autre, de le convertir à notre point de vue, que cela concerne la religion, la politique, l'économie ou tout autre chose...

 

     Nous sommes conditionnés par notre environnement social et culturel, c'est une évidence. Mais qu'est-ce que cela veut dire "être conditionné" ?

     Cela est finalement assez simple : On vous pose une question (comme un défi) et vous répondez du tac au tac, instantanément, les phrases sortent de vous, sans même que vous en aillez une pleine conscience. C'est comme un argumentaire bien rodé, une répartie automatique de votre part. On voit bien ce processus dans les religions et aussi dans le monde politique ; pensent-ils par eux-mêmes, vraiment ?

     Pensons-nous par nous-mêmes ? Est-ce si sûr, ne répondons pas trop vite s'il vous plaît !

     Ne répétons-nous pas plutôt ce qui nous a été dit, par d'autres, par les autorités, les spécialistes ? Avons-nous examiné ce qui nous a été dit, avons-nous scrupuleusement observé et vu, si cela était vrai ou faux ?

     L'homme est très souvent un perroquet savant, une chambre d'écho des découvertes d'autrui.  Nous mémorisons sans arrêt, mais la vie ne se résume pas à cela, sinon il n'y aurait pas de création, de nouveauté dans le monde.

 

     Les traditions, religieuses ou autres, sont les représentantes du passé, elles sont forgées par lui et elles désirent le perpétuer. Celles-ci ne désirent pas changer l'homme, cela n'est pas leur raison d'être profonde. Le moteur de leur action c'est la volonté d'avoir de plus en plus d'adeptes, d'acquérir de plus en plus de pouvoir, et d'essayer le plus possible de dominer le monde. Regardons notre monde tel qu'il est et voyons bien ce malheureux constat, notre monde est un chaos de lutte et de violence.

 

     Alors que pouvons-nous faire, continuer la lutte pour dominer autrui ? Seul les plus fous pensent que cela est une bonne manière de vivre. Mais pouvons-nous faire autrement ? Pouvons-nous nous déconditionner, avoir une relation qui soit libre avec le passé et avec les traditions ? Pouvons-nous être libres du poids du passé ?

 

     Nous savons que l'homme peut se déconditionner, nous avons vu des êtres humains sortir du monde politique, d'autres se libérer du carcan de la religion. Il y a eu l'esprit des lumières en Europe qui a décrispé l'étau de la noblesse et de la religion sur la société. Des pays entiers sont sortis de la dictature d'un tyran, le mur de Berlin est tombé à une telle vitesse. On voit que malgré le passé lourd et mortifère, les hommes et les choses changent, c'est indéniable...

     Mais aujourd'hui qu'allons-nous faire ? Il ne s'agit pas de changer de religion par exemple, mais de découvrir l'essence même de la religion, le sens du sacré. Découvrir s'il y a quelque chose qui ne dépend pas d'un conditionnement spécifique, d'un point de vue occidental ou oriental.

 

     Découvrir cela, c'est vraiment créer une toute nouvelle culture. Culture qui n'est pas la suite des nombreux hier, mais bien quelque chose de vivant et de libre. N'étant pas lié à une culture en particulier cela peut toucher chacun, par cela nous découvrons ce qui unit profondément l'humanité. La religion dans le sens le plus libre, le plus pure, c'est ce qui réunit l'humanité entière. Dans ce sacré, la vie est une et indissociable.

     Il faut naturellement rester très prudent, veiller à ne pas reproduire les vieux schémas. Il ne s'agit pas de créer une pensée unique, un nouveau dictat religieux ou social. Cela peut être évité si l'homme ne retombe pas dans la création d'une (nouvelle) orthodoxie, avec ses règles et ses teneurs de l'ordre établi. Il n'y a pas à avoir de gardien du temple, car la vie n'est dans aucun temple, et il n'y a pas de textes sacrés, c'est la vie qui est sacrée. Nous idolâtrons les textes qui ne sont que des descriptions, des indications, et nous ne regardons pas la chose décrite. Nous adorons l'image de la vie et nous ne voyons pas la vie elle-même.

 

     Explorer et découvrir ce qu'est l'esprit est essentiel, et cela doit se faire en totale liberté. Le poids du passé doit être levé, afin d'aborder tout cela avec un cœur léger et frais. Redécouvrons ensemble la beauté profonde de la vie, il ne tient qu'à nous de faire que ce monde soit totalement autre.

     La spiritualité laïque peut peut-être nous aider à créer cette nouvelle culture, une grande culture de paix entre les hommes.

 

 

     Paul Pujol

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 10:50

 

Une étoile dans la nuit.

 

 

     Le ciel était gris sombre, des nuages pesants menaçaient d'éclater depuis quelques jours, mais la pluie refusait obstinément de tomber. Durant la saison chaude, la sécheresse avait été exceptionnelle, et la terre avait un besoin impérieux d'eau. Toutes les plantes pourraient alors se laver et se dépoussiérer, les rivières pourraient remplir leur lit, afin de grossir leurs flots, et elles porteraient une nouvelle fois la vie sur leurs berges et dans les champs. Mais à présent, seuls les nuages aux couleurs obscures étaient là, ils dessinaient des ombres immenses sur les montagnes avoisinantes. Des monts entiers étaient totalement recouverts par ces taches sombres. Les bois et les forêts avaient également pris un vert plus soutenu, plus dense, et la terre, elle-aussi, s'était assombrie. La lumière du jour en était transformée, elle était plus présente, plus vivante, par cela, c'était la beauté qui s'exprimait, qui s'offrait au monde en ce début d'automne.

 

    On devinait au loin la mer, devenue un océan gris émeraude, masse mystérieuse, sombre et profonde, où viennent mourir en pentes douces ces montagnes du sud. Le soleil ne pouvait percer cette carapace de nuages ; l'air en était devenu plus frais, et le corps s'adaptait avec lenteur à ces brusques changements de température.

    Des oiseaux de pluie, martinets et hirondelles, volaient en tous sens à présent, ils zébraient l'air de leur vol vif, et frôlaient le sol à toute allure. Ils étaient noirs et blancs, agiles et très gracieux, leur corps fin était soutenu par de longues ailes étroites, et leur queue fourchue finissait en deux petites pointes d'ébène. Tout en rasant le sol à grande vitesse, ils se nourrissaient en happant les nombreux insectes présents. Ces oiseaux semblaient posséder une énergie illimitée, ils semblaient ignorer le repos. On les avait vus, dès le lever du soleil, s'envoler dans le ciel en criant leur joie, et depuis ils paraissaient ne jamais s'être arrêtés ; sans doute n'en était-il rien, cependant leur vol n'avait pas connu de baisse de vitalité depuis le matin. L'homme également veut toujours être rempli d'énergie, mais cette quête est une quête de possession et de rétention, lorsque l'on veut posséder l'énergie, on détruit celle-ci. L'eau tumultueuse d'un torrent, une fois enfermée dans un bocal, perd toute sa fougue et toute sa vie.     

   Énergie et liberté sont inséparables. Une énergie pure est sans fondements, de même sans directive, ni but, elle ne possède aucune architecture propre ; par cet état de fait, l'énergie peut engendrer tout ce qui est. La liberté vraie n'est pas, et ne peut pas être structurée, elle est au-delà de tout ordre, elle n'est pas l'agencement de certaines choses ; de la liberté sort ce qui est, c'est-à-dire l'ordre de l'univers, et l'univers lui-même, l'ordre de l'agencement de toute matière. En fait, l’énergie, la liberté font en sorte que la création soit.

 

     A présent, les oiseaux avaient tous disparu, ils s'étaient éclipsés sans bruit, le jour commençait à décliner et la pluie viendrait peut-être avec la nuit. Dans le ciel, les nuages étaient devenus moins compacts, et l'on pouvait apercevoir l'étoile du sud, premier point lumineux, bientôt suivie par la lune elle-même. Cette journée qui s'achevait, donnait au monde une tranquillité et une quiétude qui se répandaient sur la terre entière. Bien que venant avec le soir, cette douceur était totalement libre, car on savait qu'elle pouvait se prolonger indéfiniment, ou au contraire s'arrêter et disparaître sans bruit, ni fracas. Cette paix est de toute éternité, et cependant, elle est toujours neuve et différente, toujours autre et à chaque fois unique. - Lorsque l'esprit prend contact avec cela, alors la liberté et l'éternel ne font qu'un.

 

    Au loin, bien au-delà des montagnes, les orages grondaient et tonnaient dans la nuit. La pluie offerte était une véritable bénédiction, toute la vitalité, la force incalculable de l'univers étaient présents, le cœur et l'esprit n'en étaient pas séparés.

    La pluie commençait doucement à frapper sur les vitres, et soudain, sans cause aucune, la béatitude apparut, libre, pure et  entière.                                                

     

 


     Paul Pujol, "Senteur d'éternité".

    Editions Relations er Connaissance de soi

    "Des orages dans la nuit", pages 107 à 109.    

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 11:18

 

                       

 

 

 

     Un être libre n'est ni d'Orient, ni d'Occident, il se situe bien au-delà de ces points de vues partisans. La liberté ne peut en aucun cas se limiter à une partie du monde, elle englobe et dépasse les différents conditionnements dus aux cultures et traditions humaines.

     Il s'agit d'avoir une vision globale de la vie. Si on fractionne le monde en Occident et en Orient, on divise et on sème le germe de conflits entre les hommes.

 

     Les occidentaux conçoivent volontiers que leurs propres religions les ont conditionnés, mais pour beaucoup ils estiment grandement les religions et traditions Orientales. Ils les tiennent comme bien supérieures, et croient que les différentes approchent proposées peuvent assurément les déconditionner. L'exotisme devient facteur de vérité, ce qui vient d'ailleurs semble souvent plus beau, plus plaisant, et parfois plus vrai.

     Les orientaux quand à eux estiment grandement leurs religions et tiennent pour assez peu sérieuses et intéressantes les religions de l'Occident. Ils se croient volontiers supérieur aux autres êtres humains, et ne conçoivent pas que leurs traditions spirituelles puissent les conditionner. Mais peuvent-ils aborder la vie, sans citations de grands maîtres et sans citer les sutras des textes sacrés? Sont-ils libres de leur savoir ancestral?

    

     Une tradition millénaire parait source de vérité, mais en est-il vraiment ainsi? Ce qui est ancien est-il vrai? Chaque nouveau printemps dément cette affirmation, et la nouvelle fleur qui s'ouvre à la vie parle de bien autre chose.

     Les traditions sont comme des musées, ont y visite de vielles choses empoussiérées de savoir et de temps.

 

     Un esprit libre est neuf, frais, il est vierge de toute référence et de toute tradition. Car il est primordial de voir par soi-même, vis à vis du passé on n'est pas amnésique mais on demeure libre de la mémoire et du temps.

     Seul un tel esprit peut créer un monde entièrement différent, totalement nouveau, car cet esprit est profondément créatif.

     Au sein même de la vie, au cœur de la continuité du monde, il engendre l'apparition de ce qui n'a jamais existé auparavant. La véritable création c'est cela, c'est la naissance de quelque chose d'entièrement nouveau, c'est la rupture avec le fil de la continuité, c'est la brisure du temps.

    

     La véritable création est le mouvement même de la liberté. Un esprit libre, c'est comme un autre monde, inconnu, immense et sans fin.

 

 

 

     Paul Pujol

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 13:38

 

Ecole-de-Brockwood, le-Grove-et-les-environs. 

 

 Trévoux le 13 janvier 2015

   

 

    En ces temps qui sont, nous dit-on troublés, et où la liberté d'expression est menacée, il me semble important de favoriser plus que jamais les échanges, les réflexions et les contacts en dehors de tous fanatisme et dogmatisme d'où qu'ils viennent.

     Mais soyons bien conscient que ces temps qui sont les nôtres ne sont pas plus troublés que d'autres temps, c'est une hypersensibilisation de l'instant qui nous fait croire cela. Nous n'allons pas faire ici un inventaire de la souffrance humaine, mais la souffrance des hommes est aussi vieille que le monde. Ce qui n'est absolument pas une raison pour accepter sa laide existence.

   

     La violence nait de la séparation, du fractionnement de la société et des hommes. On considère les hommes justes sous une forme symbolique, religieuse, nationale, politique ou autre. Le symbole compte plus que l'être humain, car il est plus facile de contrôler, de dominer, et d'imposer un standard, que de cultiver la liberté et le sens critique.

    Le standard a un côté rassurant, il a des limites et des règles précises, il se situe toujours dans une certaine orthodoxie reconnue et acceptée par la société. Le modèle est toujours balisé, limité, en quelque sorte finit dans une fausse perfection. Car la perfection n'existe pas, seul existe le mouvement de la vie.

 

    Le sens critique n'est en aucun cas, juste une critique superficielle qui vise à démonter, à détruire ou à ridiculiser une thèse ou un point de vue. Le sens critique n'est pas la destruction, il est la recherche de la vérité ou de ce qui est juste. C'est mettre en doute ce que l'on nous dit, ne rien accepter sans l'avoir examiné par soi-même.

    Mais cela demande une grande honnêteté, il s'agit d'aller dans cette enquête sans avoir déjà une approche partisane. Si l'on veut juste défendre un point de vue, évidemment on n'aborde pas un être humain pour le comprendre, en fait on se fiche totalement de ce qu'il pense, dans les faits on veut uniquement lui prouver qu'il à tort et on veut le rallier, le convertir à notre cause. Cette attitude n'est pas du tout du sens critique, c'est une approche qui, sous l'apparence du questionnement, vise juste à endoctriner l'autre. Nos arguments sont issus d'une propagande et je suis un propagandiste obstiné.

    Donc le sens critique s'applique également à ce que je pense, peut-être faut-il même commencer par cela ? Mais en disant cela on ne peut pas dire au monde qui nous entoure : "Ne venez pas me voir, laissez-moi, je dois d'abord examiner mes propres idées et superstitions. J'aborderai les vôtres après, dans un second temps." Le monde vivant et changeant nous environne et nous influence ; pendant que j'examine mes vieilles croyances, il en vient sans cesse de nouvelles. On doit examiner ce qui est là devant nous, le fond des anciennes croyances et les contemporaines, le regard doit embraser tout d'une seule vision. Alors peut-être verra-t-on qu'elles ont toutes les mêmes racines, que les nouvelles ne sont que la suite des anciennes, les croyances prennent de nouvelles formes ou couleurs, mais le fond reste identique. Peur, ignorance, superstitions, sentiment de supériorité ou d'infériorité, appartenance à un groupe qui lutte contre tout ce qui lui est différent.

   

     J'ai ma croyance et vous avez la vôtre, nous pouvons vivre côte à côte, sans doute en paix, mais jamais nous ne nous rejoindrons. Jamais nous ne serons un, unis comme des frères d'une même famille. Si nous sommes raisonnables, cela se passera à peu près bien, mais dans le temps il y aura toujours des individus qui diront : " Oui les autres ont des croyances, des religions, elles sont certes respectables, mais notre religion à nous est vraiment supérieure. Elle est plus grande, plus vraie, elle englobe et surpasse toutes les autres."

 

    Les religions, les cultures sont évidemment les enfants de l'histoire et de la géographie, elles viennent du lointain passé de l'humanité. Mais aujourd'hui qu'allons nous faire, nous battre pour faire triompher un point de vue ? C'est effectivement ce qui se passe, non seulement actuellement mais également depuis que les hommes sont sur terre. Allons-nous continuer ainsi ? Nous disputer, nous entre-tuer pour des idées, pour des concepts et des symboles ? Nous nous tuons pour des mots !

 

    Ne peut-on regarder de quoi parle tous ces mots, tous ces penseurs, religieux ou pas, de quoi parlent-ils ? Ne peut-on pas regarder et voir alors par nous-mêmes ?

Nous avons accepté tant de choses, de grandes choses et de très laides, des idées subtiles et d'autre stupides.

    Nous avons la réelle capacité à comprendre par nous-mêmes la vie et toute sa complexité. Mais nous devons nous débarrasser de cette habitude absurde de nous appuyer sur des autorités. Nous ne pensons pas, nous répétons ce que d'autres ont dit. Que cela soit juste ou faux, ce n'est pas le problème, le problème c'est de répéter comme des perroquets les paroles d'un autre.

    Maintenant, dans le domaine qui nous préoccupe (comprendre la vie dans son ensemble, les relations humaines, la souffrance, la violence, le sens réel du religieux), il s'agit d'arrêter de penser mécaniquement comme un ordinateur, comme un automate. Avez-vous remarqué comme un mot ou une phrase nous font réagir immédiatement, sans même qu'on s'en rende compte, on a dit et déroulé tout un argumentaire...Les religions et les politiques sont très, très forts dans ce domaine.

 

    Donc nous devons réapprendre à penser consciemment, avec intelligence, avec subtilité. Penser étymologiquement veut dire "Peser les choses, les apprécier, les évaluer". Nous devons redécouvrir ce bonheur de saisir, de voir par nous-mêmes les choses de la vie, les complexes et les très simples.

    Voir toute l'ampleur du sacré de la vie, n'est pas séparé de l'acte de regarder une simple plante au bord d'un chemin. Cette petite herbe qui est là, dans la lumière du matin, si fragile, gracile, mais tellement belle. Elle aussi est vraiment sacrée. Ce sacré est dans la vie, il est la vie, et il ne réside dans aucun livre, aucun rituel ou dans aucun temple créé par la main de l'homme.

 

    Le sens critique nous fait donc penser par nous-mêmes, de manière consciente. Et si nous allons avec ardeur dans ce voyage, si nous sommes passionnés par la découverte, nous découvrirons qu'à un moment donné l'acte même de penser trouve ses limites. Cela n'enlève rien à la beauté de la pensée, à sa complexité, c'est vraiment un outil tout à fait extraordinaire, soyons très clairs sur ce point. La pensée qui siège dans le cerveau, est un processus biologique que nous pouvons vraiment admirer, il faut rendre hommage à cette création de la vie. La pensée, expression de la mémoire qui réside dans le cerveau est sans doute un des objets de l'univers le plus complexe qui soit.

    Voir toute la beauté de la pensée, c'est bien la comprendre et l'avoir en affection, par cela on perçoit bien ses limites et on peut alors essayer d'aller au-delà. On ne repousse pas la pensée en la condamnant, en la refusant, car elle fait partie intégrante du mouvement de la vie. C'est par la compréhension d'une limite que l'on peut aller au-delà, pas en fustigeant cette limite.

 

    Mais ce n'est pas parce qu'un objet est complexe qu'il n'a pas de limites, et la limite de la pensée c'est le passé, le temps. Elle est issue, bâtie sur les souvenirs, sur la mémoire, la pensée est l'expression de notre passé. Dans ce sens elle est bornée par le temps, elle ne peut engendrer le neuf, car toute son action, son mouvement se fait sur la mémoire. Donc la pensée c'est la continuité, le prolongement de notre histoire.

Maintenant, nous venons de dire quelque chose qui a au moins une conséquence certaine. Ne voyez-vous pas chers amis ? Si la pensée ne fait que prolonger l'histoire, le passé, elle continue l'état des choses en les modifiants, mais elle les continue...

La pensée en tant qu'outil d'investigation du réel, ne peut pas changer ce même réel ! Le mouvement de la pensée ne peut pas changer l'homme, et par conséquent elle ne peut absolument pas transformer la société.

    Chers amis, je vous prie de ne pas accepter cela, mais de voir par vous-mêmes si cela est vrai ou faux.

    La pensée ne change pas l'homme ? Ce qui est certain c'est que les hommes changent très peu, voire pas du tout, il suffit d'un événement pour faire resurgir des comportements violents et parfois barbares.

 

    La question qui vient alors est : "Existe-t-il un au-delà de la pensée, et l'homme peut-il rencontrer cela ?"

    N'y a t-il pas un lien avec le fait de voir par soi-même, directement sans l'intermédiaire d'un autre ? Si on regarde vraiment quelque chose, que cela soit un arbre ou bien une croyance, que se passe-t-il vraiment ? Peut-on aborder cette relation autrement que par la mémoire et donc la pensée ? Ne répondez pas trop vite s'il vous plaît, en disant soit "c'est impossible, on ne peut pas ne pas penser !" ou bien "évidemment qu'on peut le faire, c'est très facile je le fais tous les jours". Cela n'est dans les deux cas qu'une réaction mécanique, automatique à une question posée.    

    Est-ce cela penser consciemment ? Ce n'est pas si simple comme vous le voyez, n'est-ce pas ? Les pensées en quelque sorte s'imposent à nous, elles jaillissent dans notre esprit sans notre demande. Et nous parlons alors sans avoir vraiment conscience de ce que nous disons...

    Regardez bien, ce qui est décrit maintenant, est-ce un fait, ou bien est-ce une idée, une théorie ? Soyons très clairs, est-ce que c'est une idée, ou bien est-ce que nous voyons vraiment quelque chose ?

    Est-ce une idée ou bien est-ce une vision ?

    Pour l'auteur c'est une vision, comme tout le texte présent qui est en train de naître sous ses doigts. Pour vous amis lecteurs, à vous de voir, nous ne pouvons ni ne voulons nous prononcer...

 

    Quand la vision existe, tout l'esprit regarde complètement, entièrement, l'attention est totalement dirigée vers ce qui est regardé. C'est une énergie qui est libre de toute forme, elle regarde vraiment directement ce qui se porte à sa vision. Dans cette attention, dans cette curiosité intense, c'est l'objet observé qui compte, qui importe, et pas mes réactions à cette vision. C'est la beauté de ce brin d'herbe, de cette simple plante, qui chante dans l'esprit, cela dialogue avec le cœur même de l'homme. C'est extrêmement sensible, et cela fait en sorte que l'esprit devient totalement silencieux, immobile, comme suspendu dans un autre monde. Dans ce grand silence, le mouvement habituel de l'esprit a cessé, les pensées se sont tues. La mémoire devient inactive, inutilisée, elle est toujours là évidemment (on ne devient pas amnésique), mais l'esprit n'utilise pas la mémoire, il n'en a pas besoin.

    Voilà ce qu'est l'acte de voir par soi-même, il se situe au-delà de la mémoire et du temps, hors du champ habituel de l'esprit.

    Là dans cette perception existe la compréhension, le déconditionnement, mais aussi un espace où tout ce qui vit existe ensemble, sans exclusion aucune. Alors l'acte de voir par soi-même devient l'acte de voir ensemble, d'apprendre ensemble. Sans hiérarchie, sans dogmes et sans autorités, je pense tout à fait sincèrement que "voir ensemble, vraiment c'est vivre ensemble".

 

    Vivre ensemble, c'est découvrir la vérité ensemble, tout le reste n'est que distractions superficielles.

 

     

    Paul Pujol

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