7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 22:19

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     Les politiciens et les religions ont toujours réécrit l'histoire, ramenant la lecture du passé dans le cadre de leurs propres théories. Ils ne cherchent qu'à confirmer leurs points de vus, afin d'asseoir toujours plus leur pouvoir et leur autorité.

    Quand ils parlent d'histoire, ils notent les différences de cultures, ils regardent les autres civilisations, puis ils les évaluent et les jugent d'après leurs propres critères. Mais dans ce cas là, ils n'essayent même pas de comprendre, de saisir le point de vue de "l'autre"; ils comparent juste "l'étranger" par rapport à leur morale et leur religion.

    Il n'y a aucune sympathie, aucun "amour" dans ce regard, c'est le dit "civilisé" qui regarde le soi-disant "sauvage". Il y a une telle arrogance, un tel mépris dans ce regard prétentieux et présomptueux.

 

    Il est indispensable de comprendre et de voir les autres cultures, les autres civilisations, comme autant d'univers mentaux complexes, d'une grande richesse et d'une profondeur tout autant respectable que la "civilisation judéo-chrétienne". Si nous pensons avoir dans notre culture des belles et nobles choses, pourquoi n'en serrait-il pas ainsi ailleurs, sous d'autres cieux et sur d'autres continents? Les civilisations Chinoise, Indienne, Égyptienne, les Indiens d'Amériques, les cultures Islamiques, Ottomanes. Toutes n'ont-t-elles pas données au monde des trésors de finesse dans l'art, la science, la poésie?

    Il y a aussi la guerre, naturellement, et souvent au nom de Dieu, mais l'occident n'a rien à envier sur ce plan là. N'est-ce pas? Les guerres de colonisation d'Amériques du nord, d'Afrique,  et sur le continent Européen, il y eu l'inquisition de l'église, avec ces bûchers, ces tueries. Puis l'Europe c'est déchirée elle-même, entraînant le monde dans l'abîme et l'effroi; deux guerres mondiales, des millions de morts...

    Alors respectons les autres cultures, dans le sens, qu'elles sont aussi profonde que la nôtre. Il y a tant de richesses, de créations et de beauté dans le monde des hommes, et il y a aussi la laideur et la violence, la barbarie. Mais le barbare, c'est d'abord celui qui pense être le centre du monde, celui qui pense que son "petit monde" représente la totalité, l'immensité du monde. Cela ne veut pas dire que nous allons revenir au mythe de bon sauvage, qui est resté pur en vivant dans la nature, cela serait trop ridicule et réducteur. D'ailleurs c'est un point de vue purement colonialiste, teinté de paternalisme protecteur; on ne considère pas ces gens comme des hommes, mais comme des enfants faibles dont il faut s'occuper. On va les prendre en charge, et en fait on va penser pour eux; ils sont ignorants et nous, nous savons ce qui est bon pour eux.

    Donc voyons celui qui est différent, "l'autre", "l'étranger", comme le miroir de notre humanité. Ces croyances ne sont pas plus sottes que les miennes, ses chants sont aussi beaux, et si je sais écouter son histoire recèle une grande beauté.

 

    Voilà, donc je respecte les différences, mais sans les idéaliser. Il peut y avoir un sentiment de vérité dans les autres cultures, comme dans la mienne. Et si je suis un homme de bonne volonté, si je vois toute cette humanité avec ce regard bienveillant, je me rends compte que ma culture, ma morale et ma religion ne détienne pas la vérité absolue. Mon arrogance en prend un sérieux coup, et je me rends compte de la bêtise des intégristes, je vois que j'ai eu jusqu'à présent un certain intégrisme dans ma vision du monde et des hommes. Cette perception me rend immédiatement humble, car je me rends compte que ce que je sais, ce que je connais est très relatif, très, très partiel. Les autres ont aussi une parcelle de cette vérité, et je me rends compte que toute ces parcelles peuvent se parler entre elles, elles s'interpellent mutuellement. Seuls les intégristes s'en offusquent et sont gênés par ce dialogue.

     Là nous voyons que les cultures sont le résultat de l'Histoire, elles racontent toute la même Histoire, mais avec des géographies différentes, dans des climats différents, avec des habitudes et des coutumes qui se sont affirmées avec le temps. Ces différences sont devenues les ferments des différentes cultures, ils ont créés des religions, des civilisations, des courants de pensées. Tous ces mouvements de civilisations n'ont jamais été séparés les uns des autres, ils se sont toujours nourris mutuellement, parfois avec harmonie, parfois avec les fracas de la guerre et de la désolation.

    Il convient vraiment de voir tout cela, nous sommes le produit de ce brassage permanent. Il y a aussi presque toujours eu une compétition, une concurrence pour la domination d'un territoire ou d'un continent, les religions se sont toujours alliées au politique, perdant ainsi tout "sacré" dans leur action. Le seul but étant la recherche du pouvoir, et sa pérennité dans le temps.

    Cela c'est notre "Histoire", faite de beaucoup de larmes et de sang...Alors que faisons-nous aujourd'hui? Allons-nous continuer cette histoire, quelle est notre responsabilité face à ce monde qui est le nôtre? Il y a les nationalités, les différents religions, les partis politiques, tous ces groupes avec leur chef, leur leader, leur pape. Voyons-nous que tout cela détruit le monde, cela fractionne l'humanité? Comprenons-nous que toutes ces actions divisent les hommes, cela crée des camps, des factions rivales, les responsables préparent la guerre, n'est-ce pas? La violence serra le fruit de la séparation, la brutalité serra l'amer résultat de toute cette division.

 

     Alors que faire? Comment agir, sans créer plus de confusion et de violence? Excusez-moi, mais mes amis, en fait cette Histoire doit "finir". C'est à dire qu'il nous faut créer quelque chose de totalement neuf, une nouvelle culture, une nouvelle civilisation. Non pas basé sur la séparation, sur la division, mais sur la vision et la compréhension profonde de notre humanité commune. Peut-on sentir, se rendre compte au plus profond de soi-même, que nous sommes tous unis, par delà les nationalités et les religions. Nous ne sommes pas des Américains, des Indiens ou des Bouddhistes, des Chrétiens, des musulmans, mais nous sommes des êtres humains. Il faut nous libérer des limites instaurées par la société, et découvrir une autre façon d'aborder la vie, une autre manière d'être en relation avec l'autre et avec le monde de la nature tout entier.

    Cette nouvelle culture ne peut-être crée que dans la Liberté intérieure, car véritablement c'est dans la liberté qu'existe la création, alors le neuf entre en existence et, vraiment, un nouveau monde voit le jour. 

 

 

 

   Paul Pujol

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 19:38

          


               Un instant d'éternité,
           
calme et douce tranquillité;
           et vous voilà, inexistant,

    
       dans un pays hors du temps.
           (Première strophe parlée, les autres chantées)
 
           Un instant d'éternité,
            calme et douce tranquillité;
            et vous voilà, inexistant,
            dans un pays hors du temps.
 
           Lorsque l'inexistence est perçue,
            lorsque l'inexistence est perçue;
           voilà que l'univers entier vit,
           voilà que l'univers entier vit.
 
           Qu'avons-nous fait, mes tendres amis,
            mes compagnons, mes bien-aimés?
           Qu'avons-nous fait de cette vie,
           qu'avons-nous fait de l'infini?
 
           Il nous faut vivre sans frontières,
            sans peurs, sans craintes et sans limites;
           il nous faut vivre dans cette vie,
           il nous faut vivre l'infini.
 
           Un instant d'éternité,
            calme et douce tranquillité;
            et vous voilà, inexistant,
            dans un pays hors du temps.

                

             Paul Pujol

  
      Ce chant sacré est né d'un silence insondable, comme une brise intemporelle, tel un trait d'énergie.
    Fait de mots anciens et nouveaux, construit par des notes inconnues. 

    Celui qui sait le chanter, découvre l'immensité et l'immobilité de l'esprit.

   

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
14 août 2011 7 14 /08 /août /2011 16:43

  Mont Canigou, dans le sud de la France.

 

 

 

  C'était un regroupement de personnes de tous âges et de toutes nationalités. Elles étaient venues écouter une personne, quelqu'un de très âgé, à l'esprit libre et au cœur immense*. Notre présence en cet endroit nous surprenait, il n'y avait aucune raison majeure pour l'expliquer. Nous nous demandions bien pourquoi nous avions fait tout ce chemin, pour venir dans ce pays aux riches vallées. Il y avait une atmosphère étrange, faite à la base de quiproquos et d'incompréhension, une atmosphère de dévotion et malheureusement, on le sentait bien, de future idolâtrie. Pour parler au vieil homme, untel disait que c'était impossible et que certains donneraient des milliards pour l'approcher ; - étant désespérément pauvre, nous n'insistions plus, et nous nous demandions vraiment quelle était la raison de notre venue. Une autre personne parlait de techniques méditatives, et pour elle, un temple s'élèverait dans l'avenir en ces lieux mêmes. Il est affligeant de voir à quel point l'homme peut être borné, avec un esprit tellement étriqué que rien de neuf ne peut y rentrer.     

     Il était déroutant de voir tellement de personnes s'intéresser à la recherche de la vérité, et avoir si peu d'écoute et d'attention libres. Tous avaient leurs idées, leurs analyses propres. Chacun avait déjà sa conclusion et tout dialogue était simplement un étalage de sa propre connaissance. Il n'y avait aucune liberté et naturellement, l'acte de voir ne pouvait surgir avec de telle disposition d'esprit.

 

    Le vieil homme ne ferait de causerie que le lendemain, une traduction vidéo était projetée dans l'après-midi. On y vendait des petits livrets de dialogue avec des étudiants, nous achetâmes deux livrets jaunes. Le hasard voulut que ces deux opuscules soient les derniers exemplaires présents, la personne qui nous suivait fut désolée de ne pas pouvoir les acquérir. A notre grande surprise, elle nous félicita d'avoir acquis ces deux livrets, estimant qu'une grande chance nous accompagnait. Pendant un bref instant nous hésitâmes entre lui répondre que les mots ne sont rien, ou simplement déchirer ces deux opuscules ; mais décidant de rester discrets nous ne répondîmes pas. 

    Il y avait dans cette petite foule présente deux frères, un jeune homme sorti de l'adolescence, et un autre plus jeune sortant à peine de l'enfance. Un dialogue intéressant s'établit avec les deux frères, plus exactement avec le plus jeune. Le plus âgé montrait son expérience, et disait n'être venu là, que pour le plaisir de son jeune frère. Seul peut-être aurait-il était moins fier, et une communication aurait été possible ; mais il n'avait rien à apprendre, ni de son jeune frère, ni d'autrui. Au cours de la journée après une petite promenade, nous étions assis tous les trois sur un banc. L'après-midi s'achevait tranquillement, le grand frère sortit alors un jeu de cartes, un jeu de divination naturellement. L'esprit comprit que la sérénité et la tranquillité s'étaient enfuies. Il nous demanda si nous connaissions le jeu, après avoir donné quelques explications sommaires, il nous présenta une carte, cette carte semblait avoir une importance extraordinaire à ses yeux. Il nous demanda de regarder le visage dessiné sur une des faces, et nous confia que pour lui, le visage dessiné ressemblait étrangement à un personnage connu. "Vous ne reconnaissez pas ce visage ?" demanda-t-il avec insistance. Devant notre silence incrédule, il fut surpris que l'évidence ne nous ait point éclairés.  Alors avec satisfaction, devant notre ignorance, il déclara comme une grande découverte, que le visage dessiné avait une ressemblance avec le vieil homme des causeries. Sans doute cette idée lui était-elle tout à fait personnelle, car son jeune frère n'avait pas dit un mot. L’esprit de l'homme est vraiment caricatural, le vieil homme, toute sa vie a démonté les mécanismes de l'idolâtrie, l'enfantillage des religions, le non-sens des symboles. Et la plupart des gens venus l'écouter, ne l'ont jamais vraiment entendu.

 

    Cependant certains semblent entendre. Le soir tombé nous étions dans une pièce aménagée en dortoir. La simplicité des lieux et du confort étaient sympathiques, le jeune frère était à nos côtés. Il parlait du vieil homme, non pas comme un idolâtre, mais il y avait du respect et de l'amour présents dans sa voix. Après quelques instants de conversation, nous indiquâmes que sa vie ne devait pas se résumer au vieil homme. Nous avions parlé des méfaits de la concentration, qui sclérose l'esprit. De manière forte, nous lui annonçâmes qu'il allait faire maintenant une découverte importante. Ces paroles mirent en place un regard intérieur différent, même le regard extérieur devint différent, nous parlions pourtant depuis quelques temps déjà. L'acte de voir étant établi, nous lui indiquâmes, qu'à son tour, il ne fallait pas faire du vieil homme un sujet de concentration. Visiblement l'inédit venait de surgir pour le jeune homme, son attention était telle, qu'il ne parlait plus, sentant toute la réalité au-delà même des mots. La méditation était là, ni lui, ni nous n'existions vraiment ; le regard intérieur avait surpassé les mots, les phrases et les concepts, la conversation s'acheva d'un commun accord silencieux. Ne serait-ce que pour ce court instant, notre venue en ce lieu éloigné prit une valeur importante, mais il semblait néanmoins y avoir autre chose.

 

    Le lendemain une causerie eût lieu, la tente en plein air était bondée de monde. Curieusement on faisait la queue pour entrer, cela était amusant et quelque peu bizarre, mais l'organisation était tout à fait nécessaire. Une fois tout le monde en place, le vieil homme entra, on l'aida à mettre un micro sur sa chemise (nous remarquâmes que le jeune homme qui l'aidait, avait une condescendance amusée envers le vieil homme, cela nous parut tout à fait détestable, déplacé et irrespectueux). Le vieil homme parla, il s'exprimait dans une langue étrangère, aussi nous ne comprenions rien à son discours. La même question, la même interrogation était présente à notre esprit : "pourquoi étions-nous venus ? Qu'avions-nous donc à faire dans cet endroit ?"

    En fait, sans jamais avoir rencontré le vieil homme, nous le connaissions très bien depuis de nombreuses années. Le vieil homme s'était trouvé là au début de la quête, au tout début. Ses écrits étaient vérité et cela nous avait frappés. Puis le chemin de la liberté s'est déroulé de lui-même, à l’écoute du monde dans sa totalité. La clarté s'est répandue, et les chaînes du temps se sont abolies. De temps à autre un écrit était lu, se trouvant par hasard sur le chemin. A chaque rencontre, les écrits du vieil homme exprimaient une chose que vous aviez découverte, indiquaient un aspect de la réalité dans laquelle vous vous étiez plongé. Une telle similitude est véritablement étrange et fantastique à la fois, cela posa pendant quelques temps de vrai problèmes de communication. Aussi pendant de nombreuses années, le silence dans ce domaine fut total, nous voulions résoudre ce dilemme avant toute expression publique. Lors de notre venue dans ce pays prospère, le dilemme n'était pas encore résolu. Ce n'est que plusieurs années après, que du silence sortit la vision profonde et juste de cette situation. Cette étrange relation et la venue inexpliquée en Helvétie, trouvèrent alors leur réponse de manière naturelle.

 

    Lorsqu'un être humain, quel qu’il soit, va dans une recherche véritable, totale et profonde de la vérité, que découvre-t-il, se transforme-t-il lui-même ? La vérité et la réalité sont les deux faces d'une même médaille. Pour deux êtres humains immatures, il existe deux réalités, chacun la sienne, qui n'a rien à voir avec celle de l'autre. Dès qu'une recherche véritable s'établit, il est évident qu'il existe une seule réalité, laquelle se trouve au-delà de toutes les illusions, croyances, rites ou symboles créés par l'homme. Donc on aborde un même rivage, une même source, et pour découvrir cela, l'égocentrisme doit être détruit ! L'illusion d'un moi séparé du reste de l'univers doit cesser, alors l'être devient différent. La réalité du corps est remise à sa vraie place, et la réalité intérieure devient autre. On n'exprime plus le sentiment d'une petite partie illusoire, on exprime une totalité. Simplement parce que la goutte d'eau a pris conscience de l'océan où elle vit. Et dans la réalité, l'océan existe parce que les gouttes d'eau sont unies, enchevêtrées, tellement soudées entre elles, qu'elles n'existent pas séparément. L'océan est une masse vivante en mouvement, chaque goutte a cette vie et ce mouvement à l'intérieur même de l'océan. En fait, la goutte est une abstraction intellectuelle, c'est l'océan et la vie qu'il porte qui sont "réalité". Une goutte hors de l'océan, posée à même le sol, périclite immédiatement et très vite n'existe plus, n'existe pas. Donc l'être humain découvre un rivage inconnu. Que se passe-t-il si plusieurs êtres atteignent ce même rivage ? Ils parlent alors d'un même monde, ont un regard identique, qu'importe qu'ils se rencontrent ou pas, ils expriment la réalité. Les découvertes et écrits sont alors tout à fait indissociables, quelques mots peuvent être différents, mais le fond reste indivisible. 

 

    Quelle raison alors pour ce voyage, réalisé dans ces vallées luxuriantes ?

    Un an après ce déplacement, nous apprenions la mort du vieil homme, ces causeries étaient les dernières données dans ces vallées. Le vieil homme n'a appelé personne, il savait la mort proche, nous savions également, au-delà de toute analyse. Il était important de voir, non pas le personnage, mais l'environnement de l'homme ; voir tous ces gens qui l'entouraient, qui l'avaient suivi pendant tant d'années. Le vieil homme est mort. Beaucoup le suivaient. Demain le monde saura si ces gens étaient idolâtres, ils détruiront alors le message ; ou si ces gens étaient vraiment à la recherche de la vérité, ils continueront alors à participer à la création d'un mouvement spirituel totalement nouveau. Mouvement où il sera parfaitement admis, qu'un groupe d'êtres humains libres constituent un ensemble indivisible, un organisme unique, exprimant un même fond. 

    Une telle unité parait incroyable, c'est comme un regard, apparemment les yeux sont séparés, dissociés, mais cependant ils regardent et voient toujours dans la même direction, ils ont toujours un mouvement identique. C'est comme un même corps, inutile de se regarder soi-même, il faut agir et aller dans le monde. Montrer ce corps indissociable est la preuve qu'il existe autre chose que l'égocentrisme et la séparation. Donc la haine, la violence peuvent être vaincues, de même toutes les autres folies instaurées par la pensée. De tels êtres ont toujours vécu de par le monde, l'expression de leur découverte est faite pour les gens de leur époque et de leur culture. La connaissance d'autres religions ou croyances étaient très limitée ; donc pour l'expression de la vérité, les êtres libres avaient les mots et les concepts compréhensibles par leurs contemporains. Car il est évident, qu'après la découverte, la communication reste l'unique préoccupation vitale de ces êtres. A notre époque, les moyens de communications modernes nous permettent de connaître d'autres cultures, d'autres civilisations, donc d'enrichir notre vision du monde.

    L'enseignement contemporain peut donc s'exprimer de manière totale, sans avoir de blocages majeurs de la part des hommes du vingtième siècle. Seuls des individus attachés, liés à des groupes, auront des difficultés de compréhension, cela en raison même de leurs attaches qui ont conditionné leur esprit. C'est sans doute la première fois qu'une expression aussi dépouillée a lieu, et pour cette raison, ce mouvement, cet "enseignement" engendrera la naissance d'une véritable révolution spirituelle. Cet élan n'a besoin d'aucune cérémonie, d'aucun rite, d'aucun symbole obscur, et surtout pas de hiérarchie. C'est un mouvement où on ne prétend pas apprendre l'amour, ni la "méditation", mais où on est soi-même quelque chose d'immense. Seule l'existence de plusieurs être libres peut éviter l’écueil   à un tel mouvement, sinon les idolâtres viendront et le pouvoir s'emparera rapidement de tous.

 

    Le vieil homme est mort, mais cela existait avant et cela existera après. Néanmoins l'expression est totalement novatrice : le vieil homme enseignait assis à l’occidentale, le dos droit, les mains posées à plat sur les cuisses. Cette position est connue. Il existe en Asie une légende concernant le Bouddha du futur. Les statues et peintures représentant cet être indiquent pour la plupart, une position assise à l'occidentale, exactement identique à la position du vieil homme. Mais la position est secondaire, ce qui est important, c'est l'enseignement, et cet enseignement est totalement révolutionnaire. Le Bouddha du futur n'est plus dans un lointain avenir, cela est de notre temps et son enseignement est contemporain. Le nom de cette légende qui n'en est pas une, est Maitreya, et cela ne correspond pas à un être unique. Cela correspond à l'expression indissociable de plusieurs êtres, c'est la révélation d'un "enseignement" spirituel complètement différent de tout autre enseignement.

    Serait-ce l'expression d'un océan infini, fait de myriades de gouttes d'eau, certaines visibles et présentes, d'autres absentes et à venir ?

    Mais qu'importe les gouttes, seules demeurent l'immensité de l'océan et la formidable vie qu'il apporte au monde.

 

 

  * J.Krishnamurti, Saanen été 1985.

 

     Paul Pujol, "Senteur d'éternité"

     Editions Relations et Connaissance de soi

     Le regard Maitreya, pages 136 à 144.   

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 09:22

  La Saône.

 

 

   Nous venions de passer plusieurs jours à parler, nous avions été nombreux réunis dans une même grande pièce. Il y avait eu beaucoup de paroles, et très peu de silence, cependant un certain contact c’était établi entre les participants. Certains l’avaient ressentis et d’autres pas du tout ; c’était un mélange d’affection réelle, et de préoccupation de soi-même pour quelques uns.

       

    A présent nous attendions le train pour le retour, nous étions en avance, aussi nous sortions de la gare sur une petite place, celle-ci était à l’opposée de la place principale qui donnait sur la ville et sur son bruit.

    Cette petite place était sans voiture et le vacarme de la ville semblait bien lointain, une certaine douceur, une tranquillité émanait de cet endroit. Il faisait assez beau et une douce chaleur était présente, ayant le temps, nous nous attablâmes à une terrasse et commandions une glace pour nous rafraîchir. Sur l’esplanade il y avait un groupe de jeunes sportifs qui jouaient à un jeu assez rare ; chacun était monté sur des rollers et muni d’un long « bâton », ils cherchaient à manipuler un galet posé au sol. Le jeu consisté à marquer des points en envoyant le galet dans une sorte de but. Il était plaisant de voir ces personnes, leurs déplacements étaient relativement fluides et ils occupaient la plus grande partie de la petite place. Parfois un voyageur muni de ses bagages, passait et traversait par inadvertance en plein milieux du jeu et des intervenants ; le spectacle était assez cocasse. Certains joueurs répétaient à part des mouvements d’arrêts de courses, ils s'entraînaient ainsi devant tout le monde.

  Une fois la glace finie, nous nous levions et fîmes quelques pas en traînant notre valise derrière nous. Nous avions encore le temps, aussi nous trouvâmes un coin d’ombre, juste sous un petit arbre, et là nous regardions tout cet espace plein de vie, ce couleur et de mouvements.

     

    Nous étions très très calmes, immobile et silencieux, les mains posées sur la valise devant nous. Soudain il arriva une immensité totale, un vol de pigeons passa juste au-dessus de nous, les sportifs étaient toujours en mouvement, mais l’esprit lui était totalement immobile. Et cela arriva, vous étiez ce vol d’oiseaux, cette lumière de fin d’après-midi, chaque geste pour pousser le galet était le vôtre. Il n’existait plus aucune séparation, aucune coupure, aucune différence entre le spectateur et le monde ; celui qui regardait n’était plus, alors l’immensité fût.

     

    Puis doucement, tranquillement l’homme bougea, pris sa valise et dans un silence transfiguré, il sorti de la place.

  Quelle immensité sans bornes, la plénitude de l’univers était en chaque chose, et chaque chose était l’univers entier.

 

 

   Paul Pujol

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 08:19

   

  

 

 

   Les personnes, qui avaient frappé à la porte d'entrée, se trouvaient là devant nous. Il s'agissait de deux femmes. L'une aux cheveux noirs un peu frisés devait avoir quarante ans, l'autre les cheveux tirés en arrière, dégageant ainsi un visage agréable, devait en avoir à peu près vingt. Dès les premiers instants, on savait qu'il s'agissait de représentantes d'un groupe religieux bien connu. Ces personnes, prêchaient très souvent de porte en porte leurs convictions et leurs messages. Selon leurs habitudes, elles entamaient toujours la conversation sans se présenter, peut-être craignaient-elles que les gens ne referment immédiatement leur porte sans même les écouter, ce qui de toute manière devait arriver bien souvent.

 

    Nous avions déjà parlé quelquefois avec ces personnes, et selon encore une de leurs nombreuses habitudes, s'il y avait plusieurs personnes présentes, seule la personne la plus avancée en âge parlait. Aujourd'hui cela était encore le cas, la jeune fille se tenait en retrait, effacée, mais toutefois attentive au dialogue. Sans doute l'expérience de l'une valait elle mieux que la fraîcheur de l'autre, sans doute le sérieux savoir valait il mieux que le sourire du présent. Une autre de leurs habitudes tenaces, est également de sortir assez rapidement, au bout de quelques paroles, un livre ; un livre très connu, mondialement connu, un livre sacré naturellement. A ce moment, nous essayâmes de leur faire comprendre, que si elles se basaient sur un texte et disaient détenir la vérité, d'autres humains, d'autres cultures avaient également leurs textes sacrés et leur propre vérité. Si on regarde l'ensemble de l'humanité, on voit que les hommes se méprisent et luttent sans cesse entre eux, pour l'établissement de leur vérité particulière.                   

    "Cet état de choses est un des fondements des crimes et des guerres qui se perpétuent à travers le monde, à l'heure actuelle, mais également depuis des millénaires d'histoire."

 

    La personne de quarante ans paraissait un peu gênée et surprise de l'intervention, et de la teneur des propos. N'étant apparemment pas convaincue, elle parla des fausses religions, qui étaient multitudes sur terre, elles enseignaient toutes de fausses vérités et adoraient de faux dieux. Leur religion à elles, n'adorait qu'un seul dieu, le seul véritable. Et leur groupe se basait sur des textes les plus anciens qui soient, et les lois des pays du monde entier étaient également basées sur ces écritures. Elle parla également des prophéties écrites et réalisées, enfin en résumé elle était persuadée d'être sur le bon chemin, le seul capable d'amener l'établissement du "royaume de Dieu" sur terre.

    Nous envisageâmes la question sous un autre angle : "Ces textes sacrés, résultat d'hommes, créations d'hommes, ne découlent-ils pas de perceptions d'êtres humains, comme vous et moi? Perceptions véritables ou illusoires, mais il s'agit de conscience humaine, tout ceci a eu lieu il y a très longtemps, des siècles avant nous. Ces textes expriment, au fond, "- comment l'homme peut-il mettre fin à sa souffrance, n'y a-t-il que guerres, luttes fratricides, haines et violences dans le cœur de l'homme" ? Ces écritures sont la recherche d'un bonheur véritable, d'un établissement d'un monde totalement différent, où la paix soit réelle, palpable et durable. Mais nous-mêmes, ne sommes-nous pas des êtres humains doués de perception, de conscience, ne pouvons nous pas, nous-mêmes ressentir ces choses si importantes de la vie ? Ce livre décrit un point de vue sur la vie, donne un commentaire sur la vie ; mais vous, le ciel bleu, l'air qui se déplace dans vos cheveux, cela n'est-ce pas la vie elle-même, complètement présente, sommes-nous, êtes-vous différente de cela ? Nous en faisons partie, en fait nous sommes la vie, il nous faut devenir sensibles et voir comment résoudre nos problèmes par nous-mêmes, avec honnêteté et vérité".

 

    En parlant nous nous adressions également à la jeune personne, qui prit alors la parole : "Mais il y a tellement peu de gens qui se préoccupent réellement de tout ceci".

 "Certes, il y a peu de gens, mais n'est-ce pas une raison supplémentaire pour aller au bout de la quête ? Une fois qu'elle est entamée, si on ne fait que la moitié du chemin, on ne découvre pas la totalité, et une partie, en elle-même, ne se suffit pas. Elle existe en rapport avec le tout, il nous faut découvrir la totalité de la vie, et alors nous saurons comment agir dans le monde, sans détruire et briser autrui."

    La personne plus âgée semblait à présent un peu ennuyée par notre insistance, elle jetait de rapides coups d'œil à sa montre. Nous nous disions en nous-mêmes, que la vérité devait être moins importante que le temps qui passe, et que pour cette personne les mots n'étaient que des choses vides, creuses de toute sensation, ne servant uniquement qu'à réaliser une ambition personnelle. A côté d'elle, au contraire, la jeune femme avait abandonné avec satisfaction sa retenue ; ses yeux étaient étonnés de voir quelqu'un parler avec elle de ces graves problèmes. Qui plus est, son attention s'était aiguisée lorsque l'on avait parlé de sensibilité et de conscience, on voyait qu'elle avait découvert quelque chose, peut-être de très diffus mais inexistant auparavant. Elle parla à son tour et dit que leur livre malgré tout leur enseignait qu'un jour, le Royaume des cieux serait sur terre, et que seuls les élus seraient sauvés. Ils seront alors immortels et vivront éternellement. Il y avait un très beau rouge-gorge dans le grand platane derrière elles. Les feuilles en tombant se riaient de notre dialogue, et l'oiseau s'envola en criant.   

    Après avoir écouté la jeune fille, sans l'interrompre, nous lui demandâmes depuis combien de temps, d'années, de siècles même, ils attendaient ce paradis ? "Ces écritures très anciennes (mais il en existe de plus anciennes), annoncent la venue d'un paradis sur terre, depuis tellement longtemps, qui donc a vu cela ? Personne encore ne l'a jamais vu! On adore ces textes depuis très longtemps, de très nombreuses personnes dans de nombreux pays les adorent, à travers le monde entier on les étudie, et pourtant cela a-t-il réellement transformé, profondément changé la face du monde ? Ne nous voilons pas le regard, voyons les choses avec honnêteté".

    La jeune personne reconnut avec sincérité que cela n'avait pas changée de manière totale le monde. Nous vîmes le visage mi- offusqué, mi-sévère de sa compagne devenue à présent exceptionnellement silencieuse. Celle-ci se résignait à écouter notre discussion, sans en faire partie. Elle était comme absente, plongée en elle-même, nous lui avions indiqué que citer un livre n'était peut-être pas faire preuve d'une grande sensibilité, depuis elle avait très peu parlé. 

 

    Nous proposâmes encore un autre point de vue : "si le Royaume des cieux était présent, auriez-vous encore besoin de textes sacrés ? Si la chose est vivante, réelle et concrète, a-t-on besoin d'une description d'autrui pour voir et toucher cela" ?

La jeune femme acquiesça de la tête.    

"Et si tous les textes sacrés empêchaient les hommes de s'unir, de vivre ensemble dans une même Vie, dans un même univers, unique et entier ? Au lieu de lire, ne vaudrait-il pas mieux vivre ?".

"Peut-être, mais cela semble difficile", répondit-elle.

"Difficile ne veut pas dire impossible, il ne nous faut pas démissionner devant le défi de la vie".

    Son regard était déjà chargé d'une petite flamme, la vie semblait l'animer à présent bien plus qu'au début de la conversation, avec son air réservé, presque absent, malgré ses yeux ouverts. A présent, une porte jusqu'à maintenant fermée était entr'ouverte.

 

"Nous nous excusons, mais nous ne pouvons rester plus longtemps, on nous attend dans le village".

Ce fut en ces termes que la personne de quarante ans sortit de son silence. Elle s'excusa une nouvelle fois, puis insista pour nous donner une petite revue de leur organisme ; c'était une personne très obstinée. Nous avions parlé pendant quelques temps tous trois ; pour certains cette discussion était devenue une méditation vraie, une recherche sérieuse, et donc une découverte. Et pour d'autres, elle s'était transformée en dialogue ennuyeux, qui finalement était devenu une corvée. Ceux qui avaient parlé au début s'étaient tus, et leur silence avait permis l'expression libre d'autres, une communion vraie. 

    A présent, le pas de la porte était redevenu silencieux, et l'on regardait les deux personnes s'éloigner. La flamme vacillante allait-elle grandir et clarifier celle qui l'a portée en elle ? Ou alors allait-elle s'amenuiser, puis s'éteindre au contact de l'autorité et de l'expérience ? Mais cela était une question sans importance, car ce qui était, c'était l'existence d'une lueur, et en fait une telle lueur ne peut s'éteindre entièrement. Cette lueur avait en elle le germe de la vérité et de l'amour, ce germe croît au contact de la vie ; - et un visage jeune avait à présent la mouvance de la vie en lui.

    En votre cœur, la flamme vacillait doucement, immuable, et le bleu du ciel vous emportait avec lui.    

    - La félicité était sur terre. 

 

 

 

Paul Pujol, "Senteur d'Eternité".
Editions Relations et Connaissance de soi.
 

Rencontres, pages 64 à 69.   

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