23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 20:00

   

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Pouvons-nous avoir une exploration de l'esprit, qui ne soit pas limitée à des considérations culturelles, traditionnelles et religieuses ? Connaître son esprit pour mieux vivre avec soi et avec autrui me semble être une démarche essentielle. Mais le poids du passé pèse sur notre manière d'aborder cette connaissance de soi, notre approche est conditionnée par nos visions partisanes.

     Une juste compréhension de l'esprit, commence évidemment par la prise de conscience que nous sommes conditionnés. Il ne s'agit pas de dire que telle ou telle culture est supérieure à telle autre, il s'agit de percevoir que notre environnement nous conditionne, pour le pire et le meilleur.

 

     Les traditions sont le résultat de l'histoire et de la géographie, elles sont les enfants du temps et ont germé dans les différents territoires du globe. Nous constatons aujourd'hui que ce qui a constitué les nations, ce qui a construit les cultures, devient source de conflits et de guerres en tous genres. Chaque pays, chaque religion veut dominer l'autre, chacun veut convertir celui qui est différent. Tous se sentent supérieurs, et tous créent ce monde de chaos.

     Ne peut-on découvrir une autre relation aux autres ? Une relation qui ne soit pas conflictuelle, qui ne soit pas cette volonté absurde de persuader l'autre, de le convertir à notre point de vue, que cela concerne la religion, la politique, l'économie ou tout autre chose...

 

     Nous sommes conditionnés par notre environnement social et culturel, c'est une évidence. Mais qu'est-ce que cela veut dire "être conditionné" ?

     Cela est finalement assez simple : On vous pose une question (comme un défi) et vous répondez du tac au tac, instantanément, les phrases sortent de vous, sans même que vous en aillez une pleine conscience. C'est comme un argumentaire bien rodé, une répartie automatique de votre part. On voit bien ce processus dans les religions et aussi dans le monde politique ; pensent-ils par eux-mêmes, vraiment ?

     Pensons-nous par nous-mêmes ? Est-ce si sûr, ne répondons pas trop vite s'il vous plaît !

     Ne répétons-nous pas plutôt ce qui nous a été dit, par d'autres, par les autorités, les spécialistes ? Avons-nous examiné ce qui nous a été dit, avons-nous scrupuleusement observé et vu, si cela était vrai ou faux ?

     L'homme est très souvent un perroquet savant, une chambre d'écho des découvertes d'autrui.  Nous mémorisons sans arrêt, mais la vie ne se résume pas à cela, sinon il n'y aurait pas de création, de nouveauté dans le monde.

 

     Les traditions, religieuses ou autres, sont les représentantes du passé, elles sont forgées par lui et elles désirent le perpétuer. Celles-ci ne désirent pas changer l'homme, cela n'est pas leur raison d'être profonde. Le moteur de leur action c'est la volonté d'avoir de plus en plus d'adeptes, d'acquérir de plus en plus de pouvoir, et d'essayer le plus possible de dominer le monde. Regardons notre monde tel qu'il est et voyons bien ce malheureux constat, notre monde est un chaos de lutte et de violence.

 

     Alors que pouvons-nous faire, continuer la lutte pour dominer autrui ? Seul les plus fous pensent que cela est une bonne manière de vivre. Mais pouvons-nous faire autrement ? Pouvons-nous nous déconditionner, avoir une relation qui soit libre avec le passé et avec les traditions ? Pouvons-nous être libres du poids du passé ?

 

     Nous savons que l'homme peut se déconditionner, nous avons vu des êtres humains sortir du monde politique, d'autres se libérer du carcan de la religion. Il y a eu l'esprit des lumières en Europe qui a décrispé l'étau de la noblesse et de la religion sur la société. Des pays entiers sont sortis de la dictature d'un tyran, le mur de Berlin est tombé à une telle vitesse. On voit que malgré le passé lourd et mortifère, les hommes et les choses changent, c'est indéniable...

     Mais aujourd'hui qu'allons-nous faire ? Il ne s'agit pas de changer de religion par exemple, mais de découvrir l'essence même de la religion, le sens du sacré. Découvrir s'il y a quelque chose qui ne dépend pas d'un conditionnement spécifique, d'un point de vue occidental ou oriental.

 

     Découvrir cela, c'est vraiment créer une toute nouvelle culture. Culture qui n'est pas la suite des nombreux hier, mais bien quelque chose de vivant et de libre. N'étant pas lié à une culture en particulier cela peut toucher chacun, par cela nous découvrons ce qui unit profondément l'humanité. La religion dans le sens le plus libre, le plus pure, c'est ce qui réunit l'humanité entière. Dans ce sacré, la vie est une et indissociable.

     Il faut naturellement rester très prudent, veiller à ne pas reproduire les vieux schémas. Il ne s'agit pas de créer une pensée unique, un nouveau dictat religieux ou social. Cela peut être évité si l'homme ne retombe pas dans la création d'une (nouvelle) orthodoxie, avec ses règles et ses teneurs de l'ordre établi. Il n'y a pas à avoir de gardien du temple, car la vie n'est dans aucun temple, et il n'y a pas de textes sacrés, c'est la vie qui est sacrée. Nous idolâtrons les textes qui ne sont que des descriptions, des indications, et nous ne regardons pas la chose décrite. Nous adorons l'image de la vie et nous ne voyons pas la vie elle-même.

 

     Explorer et découvrir ce qu'est l'esprit est essentiel, et cela doit se faire en totale liberté. Le poids du passé doit être levé, afin d'aborder tout cela avec un cœur léger et frais. Redécouvrons ensemble la beauté profonde de la vie, il ne tient qu'à nous de faire que ce monde soit totalement autre.

     La spiritualité laïque peut peut-être nous aider à créer cette nouvelle culture, une grande culture de paix entre les hommes.

 

 

     Paul Pujol

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 10:50

 

Une étoile dans la nuit.

 

 

     Le ciel était gris sombre, des nuages pesants menaçaient d'éclater depuis quelques jours, mais la pluie refusait obstinément de tomber. Durant la saison chaude, la sécheresse avait été exceptionnelle, et la terre avait un besoin impérieux d'eau. Toutes les plantes pourraient alors se laver et se dépoussiérer, les rivières pourraient remplir leur lit, afin de grossir leurs flots, et elles porteraient une nouvelle fois la vie sur leurs berges et dans les champs. Mais à présent, seuls les nuages aux couleurs obscures étaient là, ils dessinaient des ombres immenses sur les montagnes avoisinantes. Des monts entiers étaient totalement recouverts par ces taches sombres. Les bois et les forêts avaient également pris un vert plus soutenu, plus dense, et la terre, elle-aussi, s'était assombrie. La lumière du jour en était transformée, elle était plus présente, plus vivante, par cela, c'était la beauté qui s'exprimait, qui s'offrait au monde en ce début d'automne.

 

    On devinait au loin la mer, devenue un océan gris émeraude, masse mystérieuse, sombre et profonde, où viennent mourir en pentes douces ces montagnes du sud. Le soleil ne pouvait percer cette carapace de nuages ; l'air en était devenu plus frais, et le corps s'adaptait avec lenteur à ces brusques changements de température.

    Des oiseaux de pluie, martinets et hirondelles, volaient en tous sens à présent, ils zébraient l'air de leur vol vif, et frôlaient le sol à toute allure. Ils étaient noirs et blancs, agiles et très gracieux, leur corps fin était soutenu par de longues ailes étroites, et leur queue fourchue finissait en deux petites pointes d'ébène. Tout en rasant le sol à grande vitesse, ils se nourrissaient en happant les nombreux insectes présents. Ces oiseaux semblaient posséder une énergie illimitée, ils semblaient ignorer le repos. On les avait vus, dès le lever du soleil, s'envoler dans le ciel en criant leur joie, et depuis ils paraissaient ne jamais s'être arrêtés ; sans doute n'en était-il rien, cependant leur vol n'avait pas connu de baisse de vitalité depuis le matin. L'homme également veut toujours être rempli d'énergie, mais cette quête est une quête de possession et de rétention, lorsque l'on veut posséder l'énergie, on détruit celle-ci. L'eau tumultueuse d'un torrent, une fois enfermée dans un bocal, perd toute sa fougue et toute sa vie.     

   Énergie et liberté sont inséparables. Une énergie pure est sans fondements, de même sans directive, ni but, elle ne possède aucune architecture propre ; par cet état de fait, l'énergie peut engendrer tout ce qui est. La liberté vraie n'est pas, et ne peut pas être structurée, elle est au-delà de tout ordre, elle n'est pas l'agencement de certaines choses ; de la liberté sort ce qui est, c'est-à-dire l'ordre de l'univers, et l'univers lui-même, l'ordre de l'agencement de toute matière. En fait, l’énergie, la liberté font en sorte que la création soit.

 

     A présent, les oiseaux avaient tous disparu, ils s'étaient éclipsés sans bruit, le jour commençait à décliner et la pluie viendrait peut-être avec la nuit. Dans le ciel, les nuages étaient devenus moins compacts, et l'on pouvait apercevoir l'étoile du sud, premier point lumineux, bientôt suivie par la lune elle-même. Cette journée qui s'achevait, donnait au monde une tranquillité et une quiétude qui se répandaient sur la terre entière. Bien que venant avec le soir, cette douceur était totalement libre, car on savait qu'elle pouvait se prolonger indéfiniment, ou au contraire s'arrêter et disparaître sans bruit, ni fracas. Cette paix est de toute éternité, et cependant, elle est toujours neuve et différente, toujours autre et à chaque fois unique. - Lorsque l'esprit prend contact avec cela, alors la liberté et l'éternel ne font qu'un.

 

    Au loin, bien au-delà des montagnes, les orages grondaient et tonnaient dans la nuit. La pluie offerte était une véritable bénédiction, toute la vitalité, la force incalculable de l'univers étaient présents, le cœur et l'esprit n'en étaient pas séparés.

    La pluie commençait doucement à frapper sur les vitres, et soudain, sans cause aucune, la béatitude apparut, libre, pure et  entière.                                                

     

 


     Paul Pujol, "Senteur d'éternité".

    Editions Relations er Connaissance de soi

    "Des orages dans la nuit", pages 107 à 109.    

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 11:18

 

                       

 

 

 

     Un être libre n'est ni d'Orient, ni d'Occident, il se situe bien au-delà de ces points de vues partisans. La liberté ne peut en aucun cas se limiter à une partie du monde, elle englobe et dépasse les différents conditionnements dus aux cultures et traditions humaines.

     Il s'agit d'avoir une vision globale de la vie. Si on fractionne le monde en Occident et en Orient, on divise et on sème le germe de conflits entre les hommes.

 

     Les occidentaux conçoivent volontiers que leurs propres religions les ont conditionnés, mais pour beaucoup ils estiment grandement les religions et traditions Orientales. Ils les tiennent comme bien supérieures, et croient que les différentes approchent proposées peuvent assurément les déconditionner. L'exotisme devient facteur de vérité, ce qui vient d'ailleurs semble souvent plus beau, plus plaisant, et parfois plus vrai.

     Les orientaux quand à eux estiment grandement leurs religions et tiennent pour assez peu sérieuses et intéressantes les religions de l'Occident. Ils se croient volontiers supérieur aux autres êtres humains, et ne conçoivent pas que leurs traditions spirituelles puissent les conditionner. Mais peuvent-ils aborder la vie, sans citations de grands maîtres et sans citer les sutras des textes sacrés? Sont-ils libres de leur savoir ancestral?

    

     Une tradition millénaire parait source de vérité, mais en est-il vraiment ainsi? Ce qui est ancien est-il vrai? Chaque nouveau printemps dément cette affirmation, et la nouvelle fleur qui s'ouvre à la vie parle de bien autre chose.

     Les traditions sont comme des musées, ont y visite de vielles choses empoussiérées de savoir et de temps.

 

     Un esprit libre est neuf, frais, il est vierge de toute référence et de toute tradition. Car il est primordial de voir par soi-même, vis à vis du passé on n'est pas amnésique mais on demeure libre de la mémoire et du temps.

     Seul un tel esprit peut créer un monde entièrement différent, totalement nouveau, car cet esprit est profondément créatif.

     Au sein même de la vie, au cœur de la continuité du monde, il engendre l'apparition de ce qui n'a jamais existé auparavant. La véritable création c'est cela, c'est la naissance de quelque chose d'entièrement nouveau, c'est la rupture avec le fil de la continuité, c'est la brisure du temps.

    

     La véritable création est le mouvement même de la liberté. Un esprit libre, c'est comme un autre monde, inconnu, immense et sans fin.

 

 

 

     Paul Pujol

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 13:38

 

Ecole-de-Brockwood, le-Grove-et-les-environs. 

 

 Trévoux le 13 janvier 2015

   

 

    En ces temps qui sont, nous dit-on troublés, et où la liberté d'expression est menacée, il me semble important de favoriser plus que jamais les échanges, les réflexions et les contacts en dehors de tous fanatisme et dogmatisme d'où qu'ils viennent.

     Mais soyons bien conscient que ces temps qui sont les nôtres ne sont pas plus troublés que d'autres temps, c'est une hypersensibilisation de l'instant qui nous fait croire cela. Nous n'allons pas faire ici un inventaire de la souffrance humaine, mais la souffrance des hommes est aussi vieille que le monde. Ce qui n'est absolument pas une raison pour accepter sa laide existence.

   

     La violence nait de la séparation, du fractionnement de la société et des hommes. On considère les hommes justes sous une forme symbolique, religieuse, nationale, politique ou autre. Le symbole compte plus que l'être humain, car il est plus facile de contrôler, de dominer, et d'imposer un standard, que de cultiver la liberté et le sens critique.

    Le standard a un côté rassurant, il a des limites et des règles précises, il se situe toujours dans une certaine orthodoxie reconnue et acceptée par la société. Le modèle est toujours balisé, limité, en quelque sorte finit dans une fausse perfection. Car la perfection n'existe pas, seul existe le mouvement de la vie.

 

    Le sens critique n'est en aucun cas, juste une critique superficielle qui vise à démonter, à détruire ou à ridiculiser une thèse ou un point de vue. Le sens critique n'est pas la destruction, il est la recherche de la vérité ou de ce qui est juste. C'est mettre en doute ce que l'on nous dit, ne rien accepter sans l'avoir examiné par soi-même.

    Mais cela demande une grande honnêteté, il s'agit d'aller dans cette enquête sans avoir déjà une approche partisane. Si l'on veut juste défendre un point de vue, évidemment on n'aborde pas un être humain pour le comprendre, en fait on se fiche totalement de ce qu'il pense, dans les faits on veut uniquement lui prouver qu'il à tort et on veut le rallier, le convertir à notre cause. Cette attitude n'est pas du tout du sens critique, c'est une approche qui, sous l'apparence du questionnement, vise juste à endoctriner l'autre. Nos arguments sont issus d'une propagande et je suis un propagandiste obstiné.

    Donc le sens critique s'applique également à ce que je pense, peut-être faut-il même commencer par cela ? Mais en disant cela on ne peut pas dire au monde qui nous entoure : "Ne venez pas me voir, laissez-moi, je dois d'abord examiner mes propres idées et superstitions. J'aborderai les vôtres après, dans un second temps." Le monde vivant et changeant nous environne et nous influence ; pendant que j'examine mes vieilles croyances, il en vient sans cesse de nouvelles. On doit examiner ce qui est là devant nous, le fond des anciennes croyances et les contemporaines, le regard doit embraser tout d'une seule vision. Alors peut-être verra-t-on qu'elles ont toutes les mêmes racines, que les nouvelles ne sont que la suite des anciennes, les croyances prennent de nouvelles formes ou couleurs, mais le fond reste identique. Peur, ignorance, superstitions, sentiment de supériorité ou d'infériorité, appartenance à un groupe qui lutte contre tout ce qui lui est différent.

   

     J'ai ma croyance et vous avez la vôtre, nous pouvons vivre côte à côte, sans doute en paix, mais jamais nous ne nous rejoindrons. Jamais nous ne serons un, unis comme des frères d'une même famille. Si nous sommes raisonnables, cela se passera à peu près bien, mais dans le temps il y aura toujours des individus qui diront : " Oui les autres ont des croyances, des religions, elles sont certes respectables, mais notre religion à nous est vraiment supérieure. Elle est plus grande, plus vraie, elle englobe et surpasse toutes les autres."

 

    Les religions, les cultures sont évidemment les enfants de l'histoire et de la géographie, elles viennent du lointain passé de l'humanité. Mais aujourd'hui qu'allons nous faire, nous battre pour faire triompher un point de vue ? C'est effectivement ce qui se passe, non seulement actuellement mais également depuis que les hommes sont sur terre. Allons-nous continuer ainsi ? Nous disputer, nous entre-tuer pour des idées, pour des concepts et des symboles ? Nous nous tuons pour des mots !

 

    Ne peut-on regarder de quoi parle tous ces mots, tous ces penseurs, religieux ou pas, de quoi parlent-ils ? Ne peut-on pas regarder et voir alors par nous-mêmes ?

Nous avons accepté tant de choses, de grandes choses et de très laides, des idées subtiles et d'autre stupides.

    Nous avons la réelle capacité à comprendre par nous-mêmes la vie et toute sa complexité. Mais nous devons nous débarrasser de cette habitude absurde de nous appuyer sur des autorités. Nous ne pensons pas, nous répétons ce que d'autres ont dit. Que cela soit juste ou faux, ce n'est pas le problème, le problème c'est de répéter comme des perroquets les paroles d'un autre.

    Maintenant, dans le domaine qui nous préoccupe (comprendre la vie dans son ensemble, les relations humaines, la souffrance, la violence, le sens réel du religieux), il s'agit d'arrêter de penser mécaniquement comme un ordinateur, comme un automate. Avez-vous remarqué comme un mot ou une phrase nous font réagir immédiatement, sans même qu'on s'en rende compte, on a dit et déroulé tout un argumentaire...Les religions et les politiques sont très, très forts dans ce domaine.

 

    Donc nous devons réapprendre à penser consciemment, avec intelligence, avec subtilité. Penser étymologiquement veut dire "Peser les choses, les apprécier, les évaluer". Nous devons redécouvrir ce bonheur de saisir, de voir par nous-mêmes les choses de la vie, les complexes et les très simples.

    Voir toute l'ampleur du sacré de la vie, n'est pas séparé de l'acte de regarder une simple plante au bord d'un chemin. Cette petite herbe qui est là, dans la lumière du matin, si fragile, gracile, mais tellement belle. Elle aussi est vraiment sacrée. Ce sacré est dans la vie, il est la vie, et il ne réside dans aucun livre, aucun rituel ou dans aucun temple créé par la main de l'homme.

 

    Le sens critique nous fait donc penser par nous-mêmes, de manière consciente. Et si nous allons avec ardeur dans ce voyage, si nous sommes passionnés par la découverte, nous découvrirons qu'à un moment donné l'acte même de penser trouve ses limites. Cela n'enlève rien à la beauté de la pensée, à sa complexité, c'est vraiment un outil tout à fait extraordinaire, soyons très clairs sur ce point. La pensée qui siège dans le cerveau, est un processus biologique que nous pouvons vraiment admirer, il faut rendre hommage à cette création de la vie. La pensée, expression de la mémoire qui réside dans le cerveau est sans doute un des objets de l'univers le plus complexe qui soit.

    Voir toute la beauté de la pensée, c'est bien la comprendre et l'avoir en affection, par cela on perçoit bien ses limites et on peut alors essayer d'aller au-delà. On ne repousse pas la pensée en la condamnant, en la refusant, car elle fait partie intégrante du mouvement de la vie. C'est par la compréhension d'une limite que l'on peut aller au-delà, pas en fustigeant cette limite.

 

    Mais ce n'est pas parce qu'un objet est complexe qu'il n'a pas de limites, et la limite de la pensée c'est le passé, le temps. Elle est issue, bâtie sur les souvenirs, sur la mémoire, la pensée est l'expression de notre passé. Dans ce sens elle est bornée par le temps, elle ne peut engendrer le neuf, car toute son action, son mouvement se fait sur la mémoire. Donc la pensée c'est la continuité, le prolongement de notre histoire.

Maintenant, nous venons de dire quelque chose qui a au moins une conséquence certaine. Ne voyez-vous pas chers amis ? Si la pensée ne fait que prolonger l'histoire, le passé, elle continue l'état des choses en les modifiants, mais elle les continue...

La pensée en tant qu'outil d'investigation du réel, ne peut pas changer ce même réel ! Le mouvement de la pensée ne peut pas changer l'homme, et par conséquent elle ne peut absolument pas transformer la société.

    Chers amis, je vous prie de ne pas accepter cela, mais de voir par vous-mêmes si cela est vrai ou faux.

    La pensée ne change pas l'homme ? Ce qui est certain c'est que les hommes changent très peu, voire pas du tout, il suffit d'un événement pour faire resurgir des comportements violents et parfois barbares.

 

    La question qui vient alors est : "Existe-t-il un au-delà de la pensée, et l'homme peut-il rencontrer cela ?"

    N'y a t-il pas un lien avec le fait de voir par soi-même, directement sans l'intermédiaire d'un autre ? Si on regarde vraiment quelque chose, que cela soit un arbre ou bien une croyance, que se passe-t-il vraiment ? Peut-on aborder cette relation autrement que par la mémoire et donc la pensée ? Ne répondez pas trop vite s'il vous plaît, en disant soit "c'est impossible, on ne peut pas ne pas penser !" ou bien "évidemment qu'on peut le faire, c'est très facile je le fais tous les jours". Cela n'est dans les deux cas qu'une réaction mécanique, automatique à une question posée.    

    Est-ce cela penser consciemment ? Ce n'est pas si simple comme vous le voyez, n'est-ce pas ? Les pensées en quelque sorte s'imposent à nous, elles jaillissent dans notre esprit sans notre demande. Et nous parlons alors sans avoir vraiment conscience de ce que nous disons...

    Regardez bien, ce qui est décrit maintenant, est-ce un fait, ou bien est-ce une idée, une théorie ? Soyons très clairs, est-ce que c'est une idée, ou bien est-ce que nous voyons vraiment quelque chose ?

    Est-ce une idée ou bien est-ce une vision ?

    Pour l'auteur c'est une vision, comme tout le texte présent qui est en train de naître sous ses doigts. Pour vous amis lecteurs, à vous de voir, nous ne pouvons ni ne voulons nous prononcer...

 

    Quand la vision existe, tout l'esprit regarde complètement, entièrement, l'attention est totalement dirigée vers ce qui est regardé. C'est une énergie qui est libre de toute forme, elle regarde vraiment directement ce qui se porte à sa vision. Dans cette attention, dans cette curiosité intense, c'est l'objet observé qui compte, qui importe, et pas mes réactions à cette vision. C'est la beauté de ce brin d'herbe, de cette simple plante, qui chante dans l'esprit, cela dialogue avec le cœur même de l'homme. C'est extrêmement sensible, et cela fait en sorte que l'esprit devient totalement silencieux, immobile, comme suspendu dans un autre monde. Dans ce grand silence, le mouvement habituel de l'esprit a cessé, les pensées se sont tues. La mémoire devient inactive, inutilisée, elle est toujours là évidemment (on ne devient pas amnésique), mais l'esprit n'utilise pas la mémoire, il n'en a pas besoin.

    Voilà ce qu'est l'acte de voir par soi-même, il se situe au-delà de la mémoire et du temps, hors du champ habituel de l'esprit.

    Là dans cette perception existe la compréhension, le déconditionnement, mais aussi un espace où tout ce qui vit existe ensemble, sans exclusion aucune. Alors l'acte de voir par soi-même devient l'acte de voir ensemble, d'apprendre ensemble. Sans hiérarchie, sans dogmes et sans autorités, je pense tout à fait sincèrement que "voir ensemble, vraiment c'est vivre ensemble".

 

    Vivre ensemble, c'est découvrir la vérité ensemble, tout le reste n'est que distractions superficielles.

 

     

    Paul Pujol

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 18:12

      Espagne 

 

                                                                                             Trévoux le 15 juin 2011

    

    

   Nous nous trouvions avec un ami sur un banc, dans ces belles montagnes suisses baignées par la lumière de l'été, il faisait assez chaud et nous parlions entre-nous depuis quelques temps déjà. A un moment donné, cet ami posa une question sérieuse sur le fait qu'il ne comprenait pas très bien ce que J.Krishnamurti entendait pas les images mentales. Une personne qui organisait parfois des dialogues de groupes, lui avait dit " Mais, tu en es encore là ?", autant dire qu'elle n'avait même pas écoutée la question. En vieille habituée, elle était sur de détenir l'explication, et sans doute ne s'était-elle jamais vraiment questionnée sur le sujet. Elle avait lu dans des livres tout ce qu'il fallait savoir sur le sujet, puis elle était passée à autre chose.

    En entendant cette question, nous fûmes surpris, car nous nous rendîmes compte que nous n'avions jamais exploré totalement la signification des images mentales. Nous ne répondîmes pas à notre ami, mais nous gardions cette interrogation en nous, comme un trésor à découvrir. Il est fascinant de rester avec une question, sans chercher à y répondre, car alors le sujet se développe, il s'épanouit dans toute sa dimension. C'est une fleur qui libère une senteur qui vous est totalement inconnu, alors vous respirez cela, cela devient votre souffle, votre vie même. Qu'est-ce qu'une image mentale ? Quel est le lien entre cela et la mémoire, les pensées ? Que sont les sentiments, les émotions ? Est-ce que ce sont aussi des images mentales ?

       

    Avançons simplement sur cette découverte, commençons de manière pratique. Une image mentale est par définition, une référence intérieure, un point de vu sur un objet, une idée ou sur une personne. C'est quelque chose que j'ai élaboré dans mon esprit, et qui me paraît propre et personnel. Il y a un événement réel et il y a mon idée concernant cet événement. L'image mentale est composée de mes préjugés, du résultat de mes expériences et de mes déductions, c'est à dire de ce que j'ai tiré de ces expériences. Pour simplifier il y a un réel extérieur, et il y a mon image intérieure de ce réel. Pour appréhender un événement, nous utilisons les images intérieures afin d'avoir une attitude la plus efficace possible. Mais que décrivons-nous pour l'instant, n'est-ce pas en fait la mémoire, et son fonctionnement ? Quelles sont les différences, ou bien est-ce la même chose ?

    La mémoire est basée sur de l'information, son action utilise ces informations afin d'agir pour la survie du corps, et pour que la vie se perpétue. On peut dire par exemple, que l'appareil respiratoire est adapté à la composition de l'air, il le capte et le transforme afin de donner de l'énergie au corps. C'est en quelque sorte une interface entre l'air et la vie. Cela marche très bien, car l'air se modifie très peu, et l'adaptation du physique se transmet de génération en génération, par les informations contenues dans les gènes. De même pour la vision, le toucher, l'odorat et tous les autres sens. Ces informations servent à gérer notre relation avec notre environnement, c'est à dire qu'elles modèlent le corps, elles l'adaptent aux conditions de la vie. Là nous voyons que cette mémoire est physique, elle est inscrite dans notre corps. Il me semble que cela diffère des images mentales, nous avons des informations situées dans la mémoire physique, dans le corps. La pensée vient bien après. Avant que ne se forme le cerveau (siège de la pensée), il y a les cellules, les gènes, l'ADN ; puis la rencontre entre deux être qui s'aiment et de leur union va naître la vie. Il y aura d'abord une simple cellule, qui va se divisée, puis viendra un embryon, qui deviendra à son tour un fœtus qui donnera naissance à un nouveau né.

    La mémoire physique est présente bien avant que naisse la pensée. Qu'elle est la différence entre la mémoire et les images mentales ? Et où se situe le cerveau dans tout cela ? Nous voyons évidemment que les images mentales sont liées à la pensée et au cerveau. Une image mentale se construit avec les pensées, qui elles-mêmes se situent dans le cerveau. La mémoire physique détient des informations qui sont très anciennes, très viellent, qui viennent de l'au-delà de notre seule personne. C'est la mémoire de l'espèce, et plus loin sans doute, la mémoire de la vie au-delà de l'espèce humaine elle-même. Cette mémoire se perd dans la nuit des temps, elle vient de très loin. Le cerveau faisant partie du corps, est le résultat de cette mémoire physique, il s'agence et existe (tout comme l'ensemble du corps) d'après les codes et les lois inscrites dans cette mémoire. Le corps, ainsi que le cerveau sont l'expression de cette antique mémoire. Donc le cerveau se construit d'après ces "informations", cela est sa base, sa structure et son architecture interne. Quand celui-ci existe, pour continuer à vivre, il continu à reproduire ce mode de fonctionnement basé sur des informations. Car il ne connaît que cela, et cela fonctionne de manière tout à fait satisfaisante.

       

    Les informations liées à l'espèce s'expriment sans intervention de la volonté, actions telles que la respiration, la digestion, la vision... Elles sont si anciennes qu'elles marchent automatiquement, et avec une grande intelligence, l'homme n'a pas à se préoccuper de tout cela. Donc la mémoire très ancienne fonctionne bien sans intervention de l'homme, c'est à dire sans irruption du mental dans ces actions. Poursuivons notre enquête, la digestion n'a pas besoin du mental, mais il nous faut trouver de la nourriture et là le mental à un rôle à jouer. Comme dans la vision, il faut l'intervention du mental, de la pensée, si le soleil est trop puissant, nous allons chercher des lunettes de soleil pour nous protéger les yeux. Que découvrons- nous en ce moment ? Il y a un mémoire ancienne qui fonctionne bien, et dans certains cas nous devons utiliser le mental, la pensée pour agir dans le présent. La pensée complète et prolonge en fait la mémoire ancienne, c'est le fameux débat entre l'inné et l'acquis. Débat qui n'a pas lieux d'être, car sans l'inné, il ne peut pas y avoir d'acquis. On pourrait presque dire que l'acquis est une fonction de l'inné.

    Prenons un exemple simple, le corps réclame des aliments, la faim s'exprime, donc l'homme se met en quête de nourriture. Il fait le nécessaire pour en en trouver, il les découvre et les prépare pour le repas. Mais toute la recherche qui au début peut être fastidieuse, est mémoriser ; les lieux, comment s'y rendre, les horaires du supermarché, etc...Lors d'une autre demande, nous nous remémorerons ces informations, et nous irons plus facilement faire nos achats. Il y a d'abord une action, une expérience, puis mémorisation, et quand cela est nécessaire, il y a remémoration de l'action. La pensée paraît différente de la remémoration, car nous avons sentiment que nous pensons sans avoir de références. Nous croyons que les pensées nous sont tout à fait propres, personnelles et toujours différentes de celles des autres. Mais comment naissent nos premiers sentiments, nos premières pensées ? D'un contact avec l'autre, ou avec une situation qui nous a impressionnés, telle chose nous a émus, intrigués. Cela crée en nous des impressions, et nous nous disons que "cela est agréable, ou vraiment c'est très désagréable, dérangeant." Plus tard nous lirons des livres qui nous imprégnerons des leurs idées, nous découvrirons peut être des penseurs originaux, ou des romans saisissants. Tout cela créera en nous des émotions, des sentiments, des tendances et des préférences. Donc nos idées, nos pensées sont bien le fruit de nombreux contacts avec le monde, nos pensées sont le résultat mémorisé de nombreuses expériences passées. Les pensées sont une forme particulière de mémorisation, et de l'utilisation de cette mémoire ; car à un moment donné la pensée peut exister sans avoir d'expériences réelles, elle peut s'auto-alimenter elle-même.

       

    Sur quoi est basé les préférences ou les répulsions d'un très jeune enfant ? Il va vers des gens souriants, vers des personnes qui expriment une certaine affection, car dans ces attitudes il y a une certaine sécurité. Ces comportements indiquent un intérêt de ces individus pour l'enfant, une tendance à vouloir son bien être en quelque sorte. Il existe une interaction forte qui semble bénéfique à tous, l'enfant sent qu'il est probable que ces adultes (si ce sont des inconnus) pourraient s'occuper de lui. De même avec les parents, les interactions sont basées sur la sécurité et la protection de la vie, sur la tendre l'affection.

    Donc à la base, tout le mécanisme de la mémoire, du cerveau, de la recognition, de la pensée, tout cela vise à la protection de la vie, du corps et à la perpétuation de la vie. C'est en quelque sorte la pulsion de la vie qui nous porte, et qui nous fait aller de l'avant.

    Nous voilà bien loin des images mentales, n'est-ce pas ? Mais nous-sommes nous vraiment éloignés du sujet ? Qu'est-ce qu'un sentiment ? N'est-ce pas une mémorisation imagée d'un événement ? La mémorisation d'un contact n'est jamais identique au contact. Avec le temps, tout au long de notre vie, nous repensons à cette rencontre, en y pensant on rajoute des commentaires personnels sur l'événement. Un souvenir ne concerne pas un événement, il concerne notre avis, notre sensation sur l'événement. Et ce souvenir va avoir sa vie propre dans le mental, de manière totalement indépendante de l'événement d'origine. Il va être alimenté par d'autres événements, renforcé par d'autres idées, ou amoindri par tel ou tel expériences.

    Mais voyons bien, cela reste toujours basé sur des informations que nous collectons du monde extérieur, que nous réutilisons après intérieurement.

       

    Donc qu'est-ce qu'une image mentale ? Maintenant que nous avons exploré les fonctionnements de la mémoire et de la pensée. Je connais mon voisin, j'ai eu de nombreux contacts avec lui, avec le temps j'ai construit une certaine image de cette personne. Quand je le vois, je le reconnais, je connais son nom, son adresse, je pense connaître son caractère, etc...Disons que je me suis fait une idée précise de cette personne, "c'est vraiment quelqu'un de désagréable, peu sympathique". Ou bien le contraire "Quel type sympathique, vraiment charmant." Quand cette personne s'avance vers moi, lors d'une nouvelle rencontre, toute mon attitude va être basée sur ce que je pense de lui. Si nous nous sommes disputés l'autre jour, je serrai sur mes gardes ; si nous avons sympathisé hier, mon attitude serra tout autre.

    Mais avant même d'avoir échangé la moindre parole, tout ce que je pense de lui aura jaillit dans mon esprit en un instant. Et dans cette nouvelle rencontre se créera un autre commentaire, une autre pensée qui s'ajoutera aux anciennes pensées. Voyons bien que ce dernier commentaire, ou pensée, est teinté par les préjugés issus de l'image que j'ai déjà de mon voisin. La dernière pensée est le résultat, est conditionnée par toutes les autres, et elle-même se rajoute, s'additionne à l'ensemble des pensées. Voyons-nous bien ce mouvement ? C'est une action d'accumulation permanente, et d'auto conditionnement constant. Une pensée fait partie d'un tout, la dernière en est juste l'expression la plus récente. Ce mouvement, c'est l'image mentale, c'est cela qui se crée dans le temps et dans les relations humaines. Il y a une autre particularité dans l'image mentale, c'est qu'elle n'est aucunement verbale, c'est une image comme son nom l'indique. Qu'est-ce cela veut dire concrètement ? Quand mon voisin, mon épouse vient vers moi, l'image arrive instantanément dans l'esprit, je n'ai pas besoin de me dire : "Tient là voilà, nous nous sommes disputés hier, elle doit être mécontente. Cela est bien triste." Sans aucune formulation de la pensée, tout ce que je pense d'elle est comprise dans l'image mentale. Je n'ai rien besoin de me dire, ou de pensée quoi que se soit, tous mes préjugés s'expriment dans cette image que j'ai de l'autre. Cette image cristallise tous mes préjugés, tous mes a priori, en un instant ; en une seconde je juge, évalue, condamne ou absous mon prochain. Le vrai danger des images mentales, c'est leur rapidité, et le fait qu'elles emportent avec elles toutes les autres pensées. C'est tout un mouvement de pensées qui s'expriment en un battement de cil. La relation avec l'autre est alors bâtie, non sur la personne elle-même, mais sur l'image que nous avons d'elle. Et le drame humaine, c'est que l'autre fait de même, il a aussi une image de nous, et donc se sont des images qui essaient de rentrer en contact, et pas les individus eux-mêmes.

   La mémoire physique que nous avons de l'air est utile et efficace, car nous avons vus que celui-ci changeait très peu, et donc cette mémoire (finie), cette information reste pertinente pour le corps. De même pour l'ensemble du physique et des sens, notre environnement naturel change peu, et le corps reste donc adapté à son milieu. Mais dans les relations humaines, chaque individu change constamment, il se transforme sans cesse, nous parlons du point de vue psychologique naturellement. Intérieurement, nous ne sommes pas figés, fort heureusement nous changeons, nous nous modifions en permanence. Les images mentales, qui sont nos commentaires psychologiques, nous coupent de l'autre et empêchent toute relation véritable. Elles isolent l'homme en lui-même, en fait c'est essentiellement l'esprit qui se parle à lui-même.

       

    Peut-on comprendre ces images intérieures ? Afin de les mettre à leurs justes places, et créer ainsi des relations authentiques et véritables. La seule manière de se rendre conte de l'existence de ses images, de les comprendre en profondeur, c'est de les regarder, de le observer, mais pas de manière isolée. Tout le monde dit "regardez, observez vos pensées et vous les comprendrez". Mais on parle rarement de voir autrui directement, c'est beaucoup plus rare, par contre jamais on indique la possibilité de voir ensemble les pensées et autrui. Voir mon épouse, mon voisin, et voir en même temps mes images, mes pensées sur cette personne. Pourquoi choisir un sujet d'observation exclusif, particulier ? Les événements n'arrivent pas dans l'ordre que nous désirons, ils se présentent en totale liberté. Nous croyons pouvoir contrôler, dicter le déroulement des événements, quel prétention. Mon voisin arrive vers moi, je le regarde et en même temps arrive dans l'esprit l'image que j'ai de lui. Si je regarde ce qui se passe, avec attention et tranquillement, je vois bien que l'image ne correspond pas à cet être vivant, il y a une grande différence entre les deux. Je peux saisir toute la fausseté de cette image. Et si je rentre en contact avec l'autre. Avec affection, je me rends compte que cette image, si vieille, si prégnante, et parfois si persistante, cette image s'évanouit en un instant, comme elle était apparue... En un seconde, tous les préjugés du monde se dissolvent, ils n'existent plus.

    Alors pour la première foi de ma vie, je suis vraiment en relation avec mon prochain, et avec tout l'infini de la vie. 

 

 

     Paul Pujol

     "Correspondances", éditions Relations et Connaissance de soi.

     Des images mentales, pages 114 à 122.    

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