18 juillet 2022 1 18 /07 /juillet /2022 14:42

 

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    La compréhension véritable d'un problème, n'est possible que par l'approche réaliste et lucide de ce même problème. L'homme ne peut jamais résoudre ses dilemmes intérieurs, car il ne sait pas les regarder en face, de manière véritable, sans préjugés, ni a priori. L'homme ne peut s'atteler directement à la tâche, il ne peut faire face à la vie, car il ne voit qu'à travers ses idéaux et assertions personnelles.

 

    - Pour quelles raisons, l'homme est-il lié ainsi à toutes ses idées, à toutes ses pensées ? Toutes ses idées, ses commentaires, sont l'opinion personnelle de l'individu, elles sont le résultat de ses déductions propres, par là, l'homme cultive son savoir, sa connaissance. En fait, les pensées forgent une connaissance, non pas du monde extérieur, mais de soi, de son intelligence, de ses performances mémorielles, de son propre être. Les pensées forment la connaissance de l'être envers lui-même, de son parcours de la prétendue ignorance vers le prétentieux savoir. Elles font exister le "moi", et engendrent un mouvement perpétuel en lui, une constante recherche de progression intérieure. En fait, par sa préoccupation permanente de soi, l'homme ne sait plus regarder simplement les choses de la vie.

 

    Voyons également que le mouvement de la pensée, engendre une lutte constante entre "ce que je suis" et "ce que je voudrais, ou ce que je devrais être". Ce conflit crée une séparation à l'intérieur même de l'homme. Si je dois changer, en premier lieu, il y a donc un moi présent, pas un moi glorieux ou resplendissant, mais un moi triste, envieux et plein d'ambitions. Ce moi projette en permanence des buts à atteindre, afin de devenir meilleur, plus fort, ou plus aimant. Cette projection vers l'avenir fait partie du mouvement de la pensée, car la pensée ne peut être statique ; sans cesse elle change, se perpétue dans la chaîne du temps. Donc l'œuvre de la pensée crée le moi, puis projette une image d'un moi plus performant. Alors l'homme court après l'image du progrès intérieur, et cette course entraîne douleurs et violences ; - car lorsqu'un but est atteint, insatiable la pensée en crée d'autres, plus beaux, plus attirants, et l’homme reprend sa course éperdue. Il passe sa vie ainsi, jusqu'à la lassitude devant toutes ses recherches, et la mort l'emporte. Et l'homme crée encore une image sur la mort, ignorant tout de sa beauté créatrice.  

    L'homme ne peut-il jamais faire face à la vie ? Ne peut-il affronter la réalité totale du monde, ne rien rejeter, ne rien repousser, et refuser de s'abîmer dans les abstractions religieuses, philosophiques, politiques, ou autres aberrations humaines ? Tant que le moi est le centre de l'action de l'homme, la souffrance règne et l'homme ne peut "voir", pour alors découvrir et être véritablement libre. Voyons le processus de la pensée ! Lorsque l'homme essaie de résoudre un problème, que fait-il réellement ? Cherche-t-il à comprendre vraiment l'objet de sa recherche, ou cherche-t-il à vanter son savoir, à renforcer sa connaissance ? Lorsque le moi observe, il observe à partir de lui-même, de toutes les informations dont il dispose ; il regarde l’objet en le comparant à ce qu'il sait déjà, c'est-à-dire, son propre contenu. Le moi cherche dans l’observation, la confirmation de sa connaissance, il prend l'objet de sa quête comme validité de son existence propre. Le moi, à travers les expériences, cherche la confirmation de son savoir, de son habileté à agir dans la vie. L'homme n'est que faiblement conscient d'un tel processus, pourtant il ressent profondément l'état de perdition intérieure où il se trouve ; mais son action, pour y remédier, fait appel à la pensée, et donc continue et prolonge la douleur.  

   

    Le moi et son action destructrice, sont-ils inéluctables, inhérents à la vie de l'homme ? L'égocentrisme et le sentiment d'être, découlent d'un conditionnement dû à la société, à l'histoire de l'humanité, depuis bien des temps reculés. Mais la base même de ce conditionnement est, en premier lieu, le fonctionnement de la pensée dans le cadre de la psyché humaine. La pensée a créé l'illusion d'une entité propre à l'homme, elle a façonné la connaissance de soi, puis elle a engendré le temps, par l'action du devenir psychologique. Voyons que l'observation véritable, réelle, d'une chose, d'un problème, relève d'une attention essentiellement tournée vers le présent, vers l'objet lui-même. Cette attention est "absence" de savoir, de connaissance, elle est absence du moi. Cette observation autre ne peut être expérimentée par l'homme, il ne peut l'acquérir dans sa mémoire, ne peut la cultiver.

 

    Voyons que lorsque l'homme observe véritablement, son esprit devient calme et silencieux, les pensées s'apaisent, les sens sont éveillés, vifs ; et si l'homme voit directement la chose, s'il rentre totalement en elle, alors à cet instant même, l'esprit est autre, car il agit en dehors du temps. Quand l'homme regarde un problème quelconque avec un regard attentif, sans discours, ni choix, sans but, lorsqu'il voit le problème dans toute sa réalité, alors le problème n'existe plus. L'homme découvre à l'instant précis l'acte de "voir ce qui est", l'esprit d'un seul coup déchire l'entrave du temps, des millénaires mémoriels.     

    - Le "moi" se dissout, il n'existe plus.

    Le temps, le devenir sont abolis. L'homme découvre un monde nouveau, où la souffrance et la violence ne sont pas ; dans ce monde autre, différent, son cœur fleurit et l'esprit est plénitude.   

    -  Alors immuable, c'est l'infini qui "est".
 

  

  Paul Pujol, "Senteur d'éternité"

  Editions Relations et Connaissance de soi

  "Du moi", pages 97 à 101.  

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24 juin 2022 5 24 /06 /juin /2022 14:34

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    L’ailleurs ne peut jamais être rencontré par l'homme. L'ailleurs est une création mentale, création concernant une réalité dans un futur imaginaire. L'homme ne rencontre jamais le futur, et tout ce que l'homme situe dans ce futur ne sera jamais atteint. Demain est atteint par l'homme, lorsque ce lendemain est devenu l'aujourd'hui (qui lui parait toujours misérable et triste). Alors l'homme continue de projeter le bonheur dans le lendemain, dans un autre aujourd'hui, afin de continuer à fuir son aujourd'hui quotidien. L'homme fuit le quotidien de la vie, par la création d'un lendemain heureux, lendemain heureux fictif qui donne un espoir à l'homme, espoir qui jamais ne se réalisera, car tout ceci se situe dans un avenir essentiellement intellectuel.

 

    Ce mécanisme de fabrication d'un bonheur irréel, réside dans le fait de percevoir sa vie comme étant triste et misérable, exsangue de toute beauté et de toute véritable joie. Donc, l'homme perçoit la laideur, et ayant peur de cette laideur, il fabrique l'idée de beauté ; ayant fabriqué cette idée de beauté, l'homme va rêver à tout ceci. Il va y penser en permanence, et toute cette rêverie se transformera en imagination, imagination qui lui fera oublier momentanément la laideur présente. Un homme perdu en plein désert, sans eau pour étancher sa soif, peut créer l'idée de l'eau ; il peut fabuler à son sujet, bâtir une croyance, façonner une image où il se voit buvant de l'eau fraîche. Cela peut provisoirement lui faire oublier son état de soif, il peut même expérimenter des visions d'étendue d'eau, mais chacun sait que tout ceci n'est qu'un mirage, qu'une illusion des sens. De même que l'homme peut penser à l'eau et à l'action de boire, et pour autant ne rien changer à son état ; de même, l'homme peut penser à un ailleurs meilleur, à un paradis lointain, et pour autant être toujours dans la misère, et dans le triste isolement de son esprit.

    Voyons profondément ce qui est : l'homme est dans une vie misérable et dans cet état, il pense à ce que pourrait être une vie meilleure, pleine de signification et de joie. Voyons bien, la tristesse est là et immédiatement, on pense à ce que pourrait être la joie. On façonne une idée sur la joie, mais cette idée sur la joie ne change en rien notre état de tristesse. Elle peut nous le faire oublier un bref instant, agissant comme un stimulant, comme une drogue. Mais lorsque l'homme retombe dans la vie, son idée de joie n'a plus de sens, et la tristesse montre qu'elle est encore là, et qu'elle l'a toujours été.

 

    Notre idée et nos conceptions sur la joie sont basées sur la perception de la tristesse, perception qui se transforme inévitablement en peur, en refus de cette tristesse. Notre idée sur la joie est la conséquence de notre fuite devant notre véritable état de tristesse et de pauvreté intérieure. Plus encore, nos conceptions sur la joie et sur le bonheur nous indiquent un fait, nous montrent que nous sommes dans le malheur et dans la misère. Toutes ces conceptions, qui sont autant de fuites, nous ramènent inéluctablement à leur point de départ, point d'ancrage qui n'a jamais été quitté, jamais été transformé et qui se fait ressentir avec encore plus de force et de cruauté. Nos pensées sur la joie nous indiquent notre laideur, elles sont basées sur ce sentiment, et elles participent de cette même laideur.

    - une pensée sur la beauté est en elle-même la laideur ;

    - une pensée sur la joie est en elle-même la tristesse.

 

    Résumons : il y a en premier lieu la laideur et la constatation de cette laideur ; puis il y a fuite et formation d'idéaux sur la joie. Idéaux qui ne transforment rien, et qui participent même de cette laideur. Donc, s'il y a perception aiguë de tout ceci, les idéaux, les pensées concernant la beauté, la joie, le bonheur doivent être écartés, doivent être mis de côté. Si cela est réellement fait (dans la plupart des cas, cela reste intellectuel), il y a une confrontation directe avec ce qui est, avec le présent, c'est à dire avec mon désarroi et ma solitude totale. - Il y a ce qui est, il faut voir notre vie telle qu'elle est, et non pas telle que nous la désirons.

    Là encore méfions-nous des pensées qui créeront de nouveaux idéaux concernant d'autres sujets. Mais comprenons bien que s'il y a création de pensées concernant la souffrance où l'ignorance, c'est qu'il n’y a pas de réelle perception. Quelles que soient les créations mentales de l'homme, qu'elles concernent la béatitude ou la souffrance, le désespoir ou bien l'espoir ; tout cela reste du domaine spéculatif et découle d'un refus de faire face à la réalité de l'homme et du monde. - Ce qui est, c'est la solitude, la peur, la violence, l'égocentrisme, la laideur et le profit, l'orgueil de l'ambition et l'injustice, la haine, et finalement au bout du chemin, la mort.

    -Voilà ce qui est, voilà ce qu'est la vie de l'homme.

    

    Voir ce qui est, consiste à voir tout ce que l'homme engendre comme laideur dans le monde, et si l'on voit profondément ce qu'est la laideur, si on la voit véritablement : "Comment peut-on accepter de vivre avec elle, accepter qu'elle ravage tout sur son passage ? Comment peut-on accepter toutes les abominations créées par l'homme ?" Si l'on voit clairement, avec profondeur ce qu'est la laideur, la haine, l’injustice et le mensonge, alors et alors seulement, on décide de détruire toutes ces choses. On en prend la ferme décision, c'est un serment impérieux et pressant que l'on se fait à soi-même intérieurement. Voyons que si tout ceci se réalise sans aucun recours à la pensée, sans aucune idéalisation, alors la perception est autre, différente. C'est une perception directe, immédiate, d'énergie et de vie. Cette perception autre se révèle comme étant méditation pure. Méditation qui n’est pas un exercice ou une méthode apprise ; mais elle n'existe que quand il n'y a pas quelqu'un qui désire méditer, son existence ne découle d'aucune volonté, et son action n'est autre que la liberté même. Elle est observation pure, sans le mot, sans le moindre mouvement du cerveau et de la mémoire.

 

    La méditation n'est autre que la vision directe de ce qui est. Lorsque la méditation voit la laideur, elle voit tous les effets néfastes de la laideur, elle voit toutes les causes qui engendrent la laideur, et elle voit tout le mécanisme de la laideur. Voyant tout ceci, elle met fin aux effets néfastes, elle détruit les causes, et elle démonte tout le mécanisme intérieur. Par cela, elle détruit et déracine totalement la laideur, ainsi que la tristesse, l'injustice, la haine et toutes les autres folies créées par l'homme. Dans la méditation, par la vision de ce qui est, apparaissent sans un seul tressaillement du mot, sans un seul mouvement de l'esprit, apparaissent la beauté de la vie, la joie et la liberté du monde. Par le regard attentif, toutes les illusions s'étiolent, finissent par ne plus être. Toutes les conceptions d'un bonheur imaginaire s'achèvent d'elles-mêmes, sans effort, lorsque toutes les théories tombent, alors l'esprit découvre quelque chose de totalement nouveau ; 

    - alors, la méditation nous fait découvrir un monde autre, inconnu, neuf, un monde sans bornes, immensurable, infini ;

    - dans un tel monde, la joie est de toute éternité, l'amour est félicité, et le bonheur n'est plus un mot, mais il est extase.
   

 

 

    Paul Pujol, "Senteur d'éternité"

    Éditions relations et Connaissance de soi

    "Le bonheur imaginaire", pages 40 à 44.    

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18 mai 2022 3 18 /05 /mai /2022 08:37

 

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                                                                                                                  1 juin 2010

      

 

      Cette personne devait être un général d'armé ou un colonel, nous ne savions pas très bien, en tout cas c’était le chef hiérarchique de cette base militaire du sud du pays. Il était entouré de ses trois assesseurs, également des gradés, mais situés certainement en dessous dans cette même hiérarchie. Ils avaient fait venir ce tout jeune homme, qui avait à peine vingt-deux ans, et ils se trouvaient tous là dans cette pièce, pour réaliser, à leurs yeux, un acte solennel et officiel. Le jeune homme était arrivé il y avait peu de temps, et il avait refusé d’obéir à tout ordre. Il avait naturellement décliné l’uniforme, le coiffeur et tout le système de conformité qui était imposé. Mais il y avait un souci, car dans ce pays et à cette époque, cela était obligatoire et cela faisait force de loi. On était totalement conscient de ces éléments, cependant il était hors de question de porter tel ou tel habit, ainsi que de prendre une arme et d’en apprendre son fonctionnement. Tout cela avait été décliné sans agressivité d’aucune sorte, mais avec une grande fermeté.



    Naturellement cette attitude ne pouvait être tolérée, et le jeune homme se trouva emprisonné, ce qui restait logique dans ce système établi. S’il y a des règles, il y a des sanctions pour ceux qui dérogent à ces mêmes règles, aussi il n’y eut pas de surprise quand cela arriva. Mais cette personne avait une raison personnelle, privée, et elle devait sortir rapidement de cet emprisonnement. Aussi la décision fut prise de cesser de s’alimenter. En fait, le jeune homme refusait toute collaboration, même la plus minime. Il faut bien comprendre que cela se réalisa sans aucune tension, sans friction, simplement il disait "non merci" à tout ce qu’on lui présentait. Même à un statut officiel "d’objecteur de conscience", c’était la case attribuée aux personnes comme lui, et cela aussi fut refusé. Bien évidemment, ce comportement ne pouvait être toléré dans ce lieu de discipline et de soumission.

    On le mit donc en isolement, mais cela ne lui posa aucun problème. Le jeune homme était serein, tranquille, et les autres personnes ne montraient en fait que de la gêne ; mais pas une seule fois de la violence ou de l’énervement ne s’exprima. Cela durait depuis une semaine ou deux déjà, et pour la hiérarchie c’était intolérable.

    Alors ils firent venir cette personne dans le bureau du plus haut gradé de ce lieu militaire. Ils étaient tous là, avec aussi un simple soldat qui avait escorté le jeune homme jusqu’ici. Le haut gradé prit alors la parole et il expliqua le pourquoi de cette réunion ; c’était une démarche officielle prévue dans les cas de désobéissance caractérisée. Il nous dit, qu’il allait nous demander par trois fois de nous soumettre aux ordres, c’était la procédure, et les trois autres gradés subalternes servaient de témoins, afin de valider l’exactitude de ladite procédure. Nous l’écoutions sans dire un mot. Une fois sa présentation faite, il prononça, comme au théâtre, trois fois son injonction. Il est évident que nous ne répondîmes même pas, et seul le silence suivit ses demandes répétées. Il nous regarda, puis s’adressa aux trois autres individus, il dit : "messieurs, vous êtes témoins ? Nous sommes tous d’accord ?". Nous trouvions cette mise en scène un peu ridicule, mais toutes ces personnes semblaient y tenir énormément.



    Le chef s’adressa au jeune homme alors de manière moins officielle, et moins procédurale. Il lui indiqua que cette décision d’insoumission le suivrait toute sa vie, l'empêchant d’accéder à certaines fonctions, par exemple administratives. Il parla aussi du jeûne entamé, et indiqua qu’il pouvait y avoir des séquelles physiques importantes et invalidantes. Ce n’est pas qu’il était prévenant, ayant le souci de votre santé ; il cherchait juste à faire peur, ses réflexions étaient plutôt des sortes de menaces, des mises en garde concernant un sombre avenir. Le jeune homme prit alors la parole, et demanda au général d’armée s’il se rendait compte de ce qu’il disait, de la violence insensée de ses propos. La conclusion de cette expression fut : "monsieur, sincèrement, je préfère être à ma place plutôt qu’à la vôtre". Un silence gêné s’installa, on s’entendait presque respirer ; puis un geste fut fait vers le simple soldat pour qu’il nous fasse sortir et nous ramène en cellule.



    Toute la société se présente comme une succession d’institutions qui essaient d’asservir l’homme. Le but de ces mécanismes est de rendre l’homme conforme aux attentes de cette société ; il faut être soumis à la religion, à la morale sociale, à l’armée, au politique, soumis au schéma qui s’étend aussi dans le domaine privé. Ce très jeune homme était confronté, comme d’autres, à toutes ces pressions extérieures, religieuses, privées, administratives ou autres. Pour vivre en communauté, il est nécessaire d’avoir des règles et des lois ; sinon l’anarchie est là et chacun vit selon son plaisir et son désir. Par contre quand ces règles de vie commune s’étendent à notre manière de voir la vie, quand elles veulent nous contraindre à penser de telle ou telle façon, là le chaos est dans le monde. Il s’ensuit que chacun choisit un camp, chrétien, bouddhiste, français ou allemand ; chacun choisit sa case de conformité, et le désordre court, la fragmentation de la société se met en place.

    Les hommes se brutalisent, s’entretuent ; le frère contre le frère, le fils contre le père ; ne voyons-nous pas toute cette folie ? Il nous faut absolument et totalement être libres, cela ne veut pas dire "faire ce qui me plaît", car "ce qui me plaît" est le conditionnement que la société m’a inculqué, n’est-ce pas ? Etre libre, c’est être totalement seul, insoumis et responsable de l’état du monde. 

  

    Être insoumis, totalement insoumis, c’est être hors du monde des hommes. Celui qui demeure seul, entier, "est" imperturbable comme un roc ou une montagne. Alors véritablement, un autre mouvement naît dans l’esprit, un mouvement sans fin, insondable.

 

 

 

  Paul Pujol, " Senteur d'éternité ".

  Editions Relations et Connaissance de soi

  "De l'autorité et de l'insoumission", pages 153 à 156.

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21 mars 2022 1 21 /03 /mars /2022 20:46

 

    

 

   La découverte de "ce qui est", ne comporte aucun élément de progression. Le réel n'est pas plus découvert par une personne que par une autre. Il n'y a pas de bonne ou de moins bonne perception de ce qui est. Il y a perception ou il n'y a pas perception. Il n'y a personne au sommet, et il n'y a personne à la base ; il n'y a ni sommet, ni chemin, ni base.  

  

    Cette découverte n'est pas une studieuse accumulation de données précises. La vision de "ce qui est" libère l'homme, et cette liberté est totale, il n'y en a pas peu ou plus selon les circonstances. La liberté est plénitude, et son action n'est pas personnelle, et donc ne peut-être autoritaire. "L'acte de voir" est en dehors du temps, de telle manière, que la première vision "est" la liberté ; cette vision est sans acteur, donc sans mémoire et elle ne peut être entretenue par la pensée.

 

    La vision étant sans mémoire et sans auteur, elle se trouve dénuée de tout commentaire, donc il n'y a ni constat, ni pause. Et dans cette absence de compte-rendu, la vision et la liberté ne sont qu'une seule et même chose. L'acte de voir évolue dès le début en dehors du temps, de telle sorte que toutes notions de commencement et de développement sont inadéquates.

 

 

     

      Paul Pujol, " Senteur d'Eternité ". 
    Editions Relations et Connaissance de soi
    "L'acte de voir, et la liberté", page 74. 
  
                                                                                              

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14 mars 2022 1 14 /03 /mars /2022 12:01

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  Il ne s'agit pas de critiquer, de détruire ou de condamner ; il s'agit de discerner le pourquoi des choses, le pourquoi de toutes recherches, de toutes questions. Il nous faut comprendre le point de départ de toutes nos actions. Par la compréhension du processus mécanique de la question, on se libère ; par des réponses perpétuelles, on alimente le circuit et le cercle continue indéfiniment. Une question nous vient à l'esprit, nous nous inquiétons de ne pas avoir de réponse qui nous comble. Nous nous mettons alors en quête. On fouille, on se renseigne, et après un certain temps une réponse satisfaisante est trouvée. Cette découverte nous calme et nous rassure un moment, mais subitement une nouvelle question apparaît, nous sommes surpris de ne pouvoir y répondre. L'inquiétude prend place, et la recherche recommence une nouvelle fois, le cercle est fermé et l'on tourne en rond indéfiniment.

 

    Il ne s'agit pas de répondre aux questions, mais de discerner le pourquoi des questions. Une question apparaît quand il y a un doute, doute sur une chose que l'on croyait connaître. Ce doute entraîne un malaise, car il montre mon ignorance de cette chose. Donc le doute est lié à la connaissance des choses, je crois connaître une chose et subitement, je m'aperçois de mon ignorance. Je prends peur et vite je cherche, et trouve une autre connaissance à mettre sur l'objet.

 

    Voyons profondément ce que l'homme cherche. Est-ce la véritable connaissance de l'objet qui l'intéresse ? Ou bien cherche-t-il un moyen pour calmer et masquer sa peur intérieure ? Pourquoi ai-je peur de mon ignorance devant les choses ? Je me dis ignorant lorsque je me rends compte que ma conception d'une chose est fausse ; donc à ce moment, j'admets et constate que je n'ai jamais connu la chose. Mon état vis-à-vis de la connaissance vraie n'a pas changé, j'ai simplement éliminé une vue fausse. Envers la chose rien n'a changé, c'est uniquement une conception personnelle qui a été vue comme étant erronée. Pourquoi, par cette compréhension même, un malaise s'installe-t-il ? Pourquoi, qu'ai-je donc perdu sinon une vision illusoire ? Je devrais être satisfait de m'être délesté d'une mauvaise perception.

 

    La peur découle de la perte d'une conception personnelle. Voyons que cette peur n'a rien à voir avec l'objet et sa connaissance, l'homme se soucie uniquement de ses pensées. Le monde extérieur ne l'intéresse pas. Pourquoi l'homme se soucie-t-il essentiellement de ses pensées ? Ne peut-il regarder simplement et directement les choses ? Tout au fond de lui, l'homme sait très bien que la vie n'est que changements et mouvements perpétuels. Il n'existe rien de définitif ou d'inamovible. L'homme sait cela, mais il ne l'accepte pas, il préfère fuir et lutter contre cet état de fait. Il cherche à se rassurer en immobilisant les choses de la vie dans des pensées et des images. L'homme a bâti ses certitudes sur des pensées, mais les pensées elles-mêmes ne sont pas fixes, elles sont également en mouvance constante. La vie de l'homme ne sera qu'une continuelle tension, voulant fixer définitivement et enfermer ce qui n'est que changement et mouvement, l'homme sera dans un combat permanent, dans un conflit sans fin avec la vie et avec lui-même. Donc le point de départ, la cause première a été comprise ; elle est la non-acceptation de la vie, elle est le rejet du mouvement créatif de tout ce qui est. C'est de ce rejet que naissent les pensées.

 

    Voyons maintenant ce qui alimente en permanence le cercle, le circuit des questions-réponses. Au départ nous avons une conception sur la vie, conception découlant de la peur de cette vie. Cette conception et la vie sont deux choses très différentes, la conception est statique et figée, la vie elle, est sans cesse transformée et toujours neuve. J'ai ma conception et je suis un être vivant, en mouvement. Cette conception qui me sécurise, crée en fait une friction permanente avec le monde, tous les actes de ma vie me montrent ce combat, cette tension. L'homme ressent tout ceci, et voulant le résoudre il cherche les causes de cet état présent. Il se dit que cela découle de sa manière de penser et de concevoir la vie. L'homme va constater que ce sont ses idées qui créent le conflit. Il va regarder ses idées et va les voir comme étant une masse de définitions, d'affirmations ou de négations et il va se dire : "toutes ces idées sont fausses, car elles ne m'apportent ni la paix, ni la liberté".

 

    Donc il va douter de toutes ses définitions personnelles, il va voir et comprendre qu'il s'était persuadé lui-même, qu'il s'était auto-conditionné pour un certain type de vision. "Mais maintenant, que vais-je faire ? Encore me conditionner différemment, me convaincre qu'un autre point de vue est le bon ; ou bien vais-je essayer de voir la  chose telle qu'elle est ?"

    Voyons que je me suis convaincu grâce à des pensées, à des comparaisons et des déductions, ceci est meilleur par rapport à cela qui ne l'est pas. J'ai comparé la chose présente à de multiples choses absentes, ou à mes pensées sur toutes ces choses. A chaque pensée, je ne regardais plus devant moi, dans le présent, j'étais dans le passé d'une chose inexistante. Les pensées sont des commentaires, des comptes rendus établis par l'homme et concernent ses expériences passées. Ses conclusions découlent de certaines circonstances, de certaines informations. Notre conclusion établie découle d'une expérience passée très précise ; mais comme nous expérimentons sans cesse des choses toujours nouvelles, donc toujours différentes, nous sommes constamment confrontés à autre chose que notre conclusion, cela nous désoriente et entraîne un doute permanent. Lorsque l'homme doute, il prend une conclusion ou une pensée ancienne, et il essaie de la remplacer par une autre plus récente.

     

    Nous avons des milliers de pensées en nous-mêmes, nous pourrions nous conditionner mille fois de suite, et toujours trouver un conditionnement différent à adopter. On ne peut épuiser cela par la consommation, c'est un cercle infini, et ce cercle est nourri par la pensée. Comprenons également, que les pensées ne sont pas séparées les unes des autres, elles sont le mouvement même de l'esprit. Nous pensons remplacer une pensée ancienne et erronée, par une pensée neuve et vraie, mais le récent, dès qu'il est retenu devient lui-même l'ancien. Lorsque l'on retient une définition, la vie nous apporte immédiatement la preuve de notre erreur ; toute conclusion, quelle qu'elle soit, isole et enferme l'homme dans lui-même. La conclusion n'est jamais du présent, mais toujours du passé, elle n'est pas la vie, mais l'idée de la vie. La conclusion n'est pas la liberté, mais l'idée de la liberté ; elle n'est pas la fleur, mais l'idée de la fleur et l'idée ne possède ni couleur, ni parfum. La pensée est essentiellement cogitation intérieure, la vie elle, ne peut qu'être vécue, et quand la vie est pleinement vécue, la liberté apparaît.

 

    Ce qui nourrit en permanence le doute intérieur de l'homme a été vu : c'est le mouvement de la pensée; mouvement qui est le fait de remplacer une pensée par une autre pensée. Mais voyons profondément que la pensée dite "neuve", n'est véritablement que la suite de toutes les autres pensées; elles se suivent et se valident mutuellement. La pensée "récente" fait partie du processus mental de l'homme, elle en est le dernier morceau, et avec elle, elle entraîne la totalité de ce même processus.  Si la compréhension profonde de tout ceci a eu lieu, fait-on de cela une nouvelle conclusion ? La compréhension profonde du mécanisme des questions-réponses, met fin totalement aux questions-réponses. Cette compréhension est une vision directe, sans commentaire ; - de telle sorte que la vision réelle n'est autre que la compréhension et la fin du

problème.

 

    L'esprit qui se libère va au-delà des actions et des réflexes mécaniques. Il découvre une terre de liberté. Quand il découvre, cela n'est pas une réaction à une pression ou à un désarroi, il voit car son regard est limpide, clair.

    Dans ce pays autre, le mouvement de l'esprit est la liberté même.

    - Au-delà de la pensée, des mots et de la mémoire, l'esprit "est ".
 

      


  Paul Pujol, Senteur d'Eternité.

  Editions Relations et Connaissance de soi

  "Du processus de la question", pages 30 à 35      

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