23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 08:23

 

   La liberté est au commencement...

 

 

 

De la pure méditation.

 

 

Le premier pas vers la liberté est le seul pas.

 

Dés le début, il se situe sans acteur,

au-delà de la dimension du temps.

 

Son espace est infini, et ne pouvant l’enjamber,

Son mouvement devient infini.

 

 

 

 

 

Paul Pujol, Senteur d’éternité page 45.

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Paul Pujol
20 juin 2018 3 20 /06 /juin /2018 14:28

 

PARC NEIGE 

 

 

    Trévoux le 14 octobre 2012  

 

 

    Une personne nous a contactés pour savoir si nous voudrions écrire un texte sur le silence. En répondant favorablement, on se demande immédiatement si cela est vraiment possible ? Si chaque parole ou écrit sur le silence ne fait pas fuir celui-ci. Le silence étant par définition l'absence de son, de mots, la suspension de tout bruit existant.

    Il est sans doute possible de vivre le silence, mais en parler ? S'exprimer à son sujet n'est-ce pas trahir l'essence même du silence ? Ces questions légitimes se posent tout à fait logiquement à celui qui accepte le défi de parler du silence. Si ces questions ne sont pas présentes, c'est que cet esprit n'a aucune conscience de la délicatesse du sujet, il n'a aucune conscience de la fragile et mystérieuse perception du silence...Pour un tel esprit le silence n'est qu'un mot facile, une suite de concepts et de lieux communs que tout le monde utilise aujourd'hui.

    Mais nous sommes des êtres de relation, personne ne vit isolé, et si un homme découvre vraiment cette immense réalité, tout son être le pousse à vouloir partager cela avec autrui. Cet homme se rend compte très rapidement de la difficulté de cette communication, quand il parle du silence les gens disent "c'est formidable monsieur, moi aussi j'ai connu cela". Alors celui qui voulait parler se tait et il écoute l'autre, et il voit et entend des tombereaux de mots, des cascades verbales sans fin. Il entend mille et une descriptions, et son interlocuteur s'emballe et n'en finit plus de parler. Presque tout le monde dit connaître le silence, mais on voit tout simplement que pour les hommes tout cela n'est qu'un océan de mots, peut-être y a-t-il eu des expériences dans le passé, mais il n'y a plus rien de vivant dans le présent. Cela est très surprenant, alors on se demande si soi-même on ne fait pas pareil. "Ma communication n'est-elle qu'une suite de mots stériles, n'est-ce qu'une simple expression orale sans vie aucune ?"

    Les paroles, ou les écrits sont-ils vivants, vibrant d'énergie ? Est-ce que cela coule dans mes veines comme du sang. Quand nous parlons du silence, entre-il en existence entre nous, dans notre relation ? Il peut y avoir une vie en relation avec le silence, et celui qui vit tout cela peut aussi ne jamais trouver les mots pour l'exprimer, pour essayer de le communiquer, de la partager avec l'autre.

    Donc qu'est-ce que le silence ? Cette question est sans doute valable, mais il faut vraiment garder à l'esprit que la description n'est pas la chose décrite ; le mot silence n'est pas le silence, la description d'une fleur n'est pas la fleur. C'est important de faire cette précision, car on demande alors au lecteur de ne pas s'attarder sur telle ou telle l'expression, mais d'essayer de saisir au-delà des mots l'intention de l'auteur, de sentir vraiment le parfum de ce qui est exprimé. Donc nous sommes clairs, les mots sont des outils qui n'ont pas de fin en eux-mêmes. Une phrase peut avoir sa propre beauté, mais si on en reste uniquement là, on n'est pas en relation avec l'auteur, et surtout avec ce qu'il désire nous faire toucher, avec ce qu'il veut nous faire goûter.

    Qu'est-ce que le silence ? Si en en croit le sens commun, c'est l'absence de bruits, de sons. Le silence existe donc quand le bruit n'est pas là ? Est-ce l'absence de bruits qui crée le silence ? Le silence ne serait-il donc qu'un intervalle entre deux sons ? Le silence naît-il du son, ou bien l'inverse ?

    On le voit, le silence a une relation évidente avec le son, avec le bruit. Nous définissons le silence par rapport au son, nous les comparons et les opposons. C'est quand il n'y a pas de bruits, que l'on distingue alors le silence, quand un bruit finit, alors nait le silence... Un musicien donnerait un éclairage un peu différent, il nous dirait que sans pause de silence entre les notes, la musique serait en fait totalement inaudible. Elle serait juste une cacophonie sans aucune harmonie, ni beauté. On peut dire également que le son, ou le bruit c'est l'expression de quelque chose qui existe, le son d'une flûte, le bruit d'un torrent de montagne, le craquement d'une branche. S'il y a un son, c'est qu'il y a quelque chose qui produit ce son, sommes-nous ensemble cher lecteur dans cette exploration ?

    Donc le son c'est l'expression de l'existence, d'une chose ou de la relation entre plusieurs choses naturellement, comme le vent soufflant dans les branches des arbres, ou le galop d'un cheval sur un chemin de terre. Le son est lié à l'existence, n'est-ce pas, voyons-nous bien cela ? C'est un fait, pas une description ou une définition. Alors se pose la question suivante : Si le silence est l'opposé du son (ce que nous allons examiner, nous ne disons pas que cela est vrai, nous disons "si le silence est l'opposé..."), alors qu'est-ce que le silence par rapport à l'existence ?

    Nous voyons vraiment à quel point cette enquête doit être menée avec beaucoup de subtilité, on peut en arriver très vite à dire d'énormes bêtises ; donc restons hésitants et avançons doucement (ensemble) s'il vous plaît. En premier lieu, revenons à cette affirmation : Le silence est-il l'opposé du son, du bruit ? Sont-ils antagonistes ?  Ce qui est sûr, c'est qu'ils ne peuvent être ensemble au même moment, quand l'un existe, l'autre ne peut être...Les deux états peuvent se succéder, comme dans la musique, mais ils ne peuvent vivre ensemble. Mais cela en fait-il des opposés ? Les opposés s'annulent, ou s'annihilent, l'existence de l'un fait que l'autre ne peut pas être. Mais regardons plus précisément, usons de la vision profonde. Le silence détruit-il vraiment le son ? S'il n'y avait pas de silence, entendrions-nous le son, le bruit ? Cette soit disant opposition n'est qu'une vue de l'esprit, n'est-ce pas ? L'essence même du silence rend perceptible le son, elle peut même transformer le bruit en son, en celui-ci crée alors la musique. Et quand le son finit, car tout ce qui existe finit, alors le silence est là à nouveau.

    Là nous découvrons quelque chose, regardons bien s'il vous plaît, le son naît et meurt, il finit ; il a une existence, avec une naissance et une fin. Quand est-il du silence lui-même, a-t-il une existence ? Quelle est son essence, a-t-il un début et une fin ? Ou bien le silence naît-il de la fin du bruit ? Découvrons ensemble chers amis ? Le fait indiscutable est que s'il n'y a pas de silence on n'entend pas les sons, les chants des oiseaux, les voitures qui passent ; le silence permet la perception des sons n'est-ce pas ? Maintenant les sons permettent-ils la perception du silence ? Pendant qu'ils existent, bien évidemment non, mais quand ils finissent, alors on perçoit le silence, et selon l'intensité plus ou moins forte de ces sons, on reçoit avec plus au moins d'intensité la présence du silence.

    Pour percevoir le silence, le son doit finir, mais il n'est pas évident que le silence soit créé par la fin du son...C'est la perception qui est rendue possible, n'est-ce pas, pas l'existence du silence. Regardons l'inverse, il semble vraiment que le son naisse lui du silence, on le perçoit aussi grâce au silence, mais le son naît et meurt comme nous avons vu, et il ne peut naître de lui-même. Naître veut dire venir au jour pour la première fois, être vierge de tout passé, être neuf, innocent ; si le son naît du son, alors ce n'est pas une véritable naissance, c'est le prolongement de ce qui existe déjà. Donc le son ne naît pas de lui-même, il entre en existence lui-même, il ne vient pas d'une autre existence, et l'absence d'existence c'est le silence.

    C'est cela la véritable création, le silence permet la naissance du son, des mots, de toutes les sensations, de toutes les musiques du monde, il engendre le chant des baleines dans les profonds océans.

    Nous commençons à voir ce qu'est le silence, par son essence même, il permet la création, c'est à dire l'existence des choses et des êtres. Alors peut-on dire que lui-même à une existence ? Quelle est sa nature réelle ? S'il a une existence comme nous l'avons vu, il a un commencement et une fin, mais cela ne semble pas être le cas. De manière plus ou moins confuse, on sent que le silence est au-delà de l'apparition et de la disparition, il n'a pas l'air d'être vraiment créé, on ne peut dire qu'il entre en existence, mais c'est sa perception qui se fait jour en nous.

    Voyons très profondément tout cela, explorons ensemble, cette chose ne naît pas, n'a pas une existence comme nous la connaissons (disons cela pour simplifier notre recherche), et s'il n'y a pas naissance, pas d'existence, peut-il y avoir mort et disparition ? Bien évidemment non, n'est-ce pas ? Seul ce qui existe meurt, nous découvrons donc par cette investigation que le silence est en dehors du mouvement du temps. Le temps, c'est la naissance, la croissance, la décrépitude et la mort, et nous voyons maintenant que le temps n'est pas lié à ce mouvement, cela veut dire que le silence ne meurt jamais...Donc quand la musique existe, avec tous les bruits de la terre, avec tous les dialogues incessants de l'esprit, avec le bruit de l'égo qui pérore, malgré tout cela, le silence est toujours là, toujours présent, inaltérable. Dés que l'esprit cesse de s'agiter, l'esprit peut toucher cette chose immuable, inchangée depuis la nuit des temps.

    Le silence c'est comme une immense étendue sans fin, c'est l'essence de la vacuité, n'ayez pas peur de ce mot s'il vous plaît. Le mot vacuité est lié au mot vacant, vacance, c'est à dire avoir le loisir d'être disponible, être tranquille et parfois percevoir et recevoir cette immensité. Et aussi une fois perçue, il faut la laisser partir et finir, mourir pour mieux naître à nouveau. Le son de l'esprit, son bruit propre, c'est la croyance dans le moi, c'est la très forte impression qu'il existe une entité psychologique, ou spirituelle autonome, une âme ou un esprit personnel. Ce bruit de l'esprit est le fruit du mouvement de la pensée, et ce mouvement fait naître la souffrance, l'isolement et la violence dans les rapports humains. Un tel esprit peut-il avoir une relation avec ce profond silence ? Le vacarme de la pensée peut-il découvrir cette immensité ? On voit bien, malheureusement, que la plupart du temps les gens abordent ce domaine avec l'outil de la pensée. Ils essaient de comprendre cela, de le sentir avec leur mental. Nous revenons au début de notre enquête, nous confondons sans cesse la description et la chose décrite, - le mot, l'image sont devenus plus importants que les faits eux-mêmes.

    Il suffit de regarder autour de nous, toute la société valorise l'image, l'apparence, les religions également sont dans ce piège, on représente le sacré dans des magnifiques peintures ou icônes, et ces images deviennent elles-mêmes sacrées. On ne sait rien du sacré, mais il y a des représentations, des images, alors on prie ces images, on les adore. Et l'esprit ne perçoit pas que c'est lui qui a créé ces images, et donc l'esprit s'adore lui-même à travers toutes ces images pieuses. Dans ces actions l'esprit de l'homme se voue un culte à lui-même, je pense que nous ne voyons pas cela. Donc en cherchant le silence, ne cherchons pas à dire que l'esprit qui découvre le silence devient ce silence, qu'alors l'esprit est dans un mouvement hors du temps, qu'il échappe à la mort... Ce sont des vielles lunes, de tels lieux communs que les hommes se racontent depuis tellement longtemps, voyons cela et ne tombons pas dans le piège de l'autosatisfaction. Ne nous prenons pas pour des dieux, ce que nous savons d'eux, c'est nous qui l'avons inventés, ce n'est qu'une projection de notre misère et de notre confusion.

    Alors l'esprit humain peut-il pénétrer dans cette dimension du silence, faite d'absence d'existence (nous l'avons vu me semble-t-il) ? Quand le son existe, le silence est toujours là, mais n'est plus perceptible. Que le son existe ou pas, qu'il y ait le bruit de l'esprit ou pas, le silence est là, c'est juste sa perception qui se réalise ou ne se réalise pas. Disons qu'un contact peut avoir lieu, quand le mouvement des pensées est suspendu, au moins momentanément, quand le son de l'esprit finit...

    Comprenons-nous ce que cela veut vraiment dire ? Laisser finir le mouvement de la pensée, le voir naître et le voir mourir, qu'est-ce que cela veut dire ? Est-ce de la science-fiction, une utopie irréaliste, ou même une aberration destructrice ? Est-ce même possible ? Nous admettons aisément que dans le monde tout bouge, tout change, les saisons passent, des feuilles naissent au printemps et meurent à l'automne, les présidents et premiers ministres changent. On peut perdre son emploi, notre épouse peut nous quitter pour un autre homme, nous savons tout cela et même si cela ne nous plait pas, nous l'admettons comme étant vrai, possible et probable. Alors si tout cela peut changer, pourquoi le mouvement des pensées serait-il toujours le même ? Quel lien entre le changement et la fin d'une chose ? Nous le savons très bien, nous voyons bien qu'un vrai changement c'est d'abord la fin de ce qui est, et comme nous sommes attachés à ce qui est, cela nous paraît douloureux et engendre la souffrance dans nos vies et dans nos rapports avec les autres. Si mon épouse me quitte, c'est parce que notre relation amoureuse est finie, notre rapport est maintenant totalement différent.

    Donc le véritable changement, c'est la fin de ce qui est, et logiquement finir totalement quelque chose, c'est changer notre manière de vivre. Alors l'esprit maintenant n'a plus peur de laisser finir le mouvement des pensées, cela ne se produit peut-être pas tout de suite, mais l'esprit n'a plus peur de cette éventualité. En fait sans s'en rendre compte l'esprit a déjà changé, la peur est moins prégnante, elle domine bien moins l'esprit, et l'esprit est déjà différent. En regardant comment fonctionne les pensées, en regardant vraiment, l'esprit voit directement ce mouvement du mental, il n'y pense pas, il le regarde vraiment. C'est à dire que si l'on observe profondément quelque chose, c'est cette chose qui compte, et pas mon point de vue ou mes pensées sur cette chose. Donc on regarde directement le mouvement des pensées, on ne pense pas aux pensées, on les observe effectivement, comme des faits concrets. Si on ne pense pas pendant cette observation, les pensées (qui commentent) sont donc absentes de l'esprit, celui-ci est silencieux, sans sons intérieurs ; et si les pensées sont absentes, y a-t-il en penseur qui existe ?

    L'observation véritable, profonde, existe par l'absence même du penseur, du moi, de l'entité qui parle et qui commente. Il y a l'observation, le regard vivant, dans cette action la pensée n'a pas sa place, et l'existence du penseur s'évanouit comme une feuille d'automne qui tombe au sol, simplement et avec grâce. En cette absence le silence est perçu, et il n'y a personne pour percevoir cela, il n'y a que la perception du silence et le silence. On ne peut résider dans le vide, sinon ce n'est plus le vide, de même on ne peut demeurer dans le silence, mais lui-même peut envahir toute la vie, il peut s'étendre à toute l'existence de l'être humain.

    Quand le silence inonde toute la vie, alors cette vie devient une création vivante, changeante, c'est alors un son vivant et le chant sacré de la vie court sur le monde.

 

 

 

  Paul Pujol

  Texte paru dans la Revue Troisième Millénaire N° 106, de Décembre 2012

 

 

   Pour voir la liste des textes de Paul Pujol, cliquez ici : Textes

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
16 mai 2018 3 16 /05 /mai /2018 09:04
Texte d'une conférence: Krishnamurti esprit insoumis, esprit libre.

 Voici le compte rendu écrit de la conférence qui a eu lieu le 24 janvier 2010 à Trévoux.
Ce travail de retranscription n'aurait pas été possible, sans l'initiative d'une amie, qui a pris de nombreuses notes lors de l'intervention. Je tiens aussi à signaler qu'une autre personne a bien voulu relire et corriger les fautes d'orthographe et de ponctuation.
Ces deux amis ont voulu garder l'anonymat, mais je tenais à vivement les remercier.


Vous excuserez j'espère la longueur du texte, mais je n'ai pas voulu couper le développement de l'intervention, en vous remerciant par avance de votre indulgence.
     

   Thèmes de la conférence: Krishnamurti "Esprit insoumis, esprit libre". 

  
   La connaissance de soi, profonde et authentique, ne peut-être que si l’homme demeure libre de toutes idéologies, qu’elles soient traditionnelles ou contemporaines.

   Krishnamurti nous invite à voir que toute soumission à un modèle, un exemple ou un maître à penser, entraîne inévitablement confusion et douleur.

    ____________________________________________________________

  

 

      Avant toute chose, il est important de préciser que l’orateur ne représente pas Krishnamurti, personne ne peut parler en son nom. Krishnamurti n’a pas d’interprètes, et il n’y a aucune autorité dans ce domaine. Ce qui est exprimé lors de cette intervention n’engage que l’orateur lui-même, cela est très important.
 

   Pouvons nous voir que dans la société, il y a de très nombreuses idéologies, religieuses, philosophiques, politiques, psychologiques ?  Quand l’homme adhère à une idéologie, il se sépare des autres ; et chaque groupe a naturellement son idéologie propre. Voyons bien que ces différents groupes divisent la société, ils s’observent et se scrutent derrière leurs certitudes.

  Et après la séparation, nous voyons venir la volonté de convaincre l’autre, de le convertir. Donc la division mène inévitablement aux tensions, aux conflits de toutes sortes.

  Mais qu’est-ce qu’une idéologie ? Essayons de définir ce terme, voulez-vous ?

  Une idéologie, c’est un ensemble d’idées, un ensemble de points de vue, politiques, religieux, culturels, sociaux ou autres…... Par exemple, le communisme vient de l’observation de l’exploitation des masses populaires par le monde patronal, ou par les classes dirigeantes. La perception d’un fait sert de base à l’idéologie, celle-ci part toujours d’un constat, d’une observation, suivis de conclusions, et enfin se crée un point de vue global concernant le sujet.   Il y a ensuite une cohérence de développée, puis l’homme met en place une force de persuasion, ayant pour conséquences un rapport de force avec autrui, avec celui qui n’est pas du même bord.

  Plus on est habile à manipuler autrui, plus on soumet autrui à notre idée.

 

  Donc les idéologies ne servent pas uniquement à expliquer le monde, elles désirent aussi le changer, agir sur lui. Elles créent un savoir, une connaissance ; en fait, tout ceci est non seulement une stratégie de compréhension, mais également une volonté de transformer les conditions extérieures de la vie. Mais dans la réalité, cela sert surtout de propagande afin de rallier des personnes à une cause, et avec l’argumentaire crée, on obtient alors leurs soumissions et leurs obéissances.

  L’idée suit l’observation d’un fait, ou plutôt c’est l’expérience qui est mémorisée, et à partir cette mémoire, la pensée va entrer en jeu.

  Mais pouvons-nous poser une question : est-on obligé de faire un commentaire suite à l’observation d’un fait ? Ne pouvons-nous pas rester simplement avec le fait ?

 La mémoire d’un sourire n’est pas un sourire, n’est-ce pas ? Je connais ma femme, mon voisin, je connais surtout l’idée que je me fais de cette personne. Dès que l’esprit a une idée, une croyance, il cherche à les confirmer par l’expérience. Voyons bien que l’autre a aussi ses propres idées, naturellement différentes des miennes. En fait, les images intérieures de chacun entrent en rapport, mais on est rarement en relation directe les uns avec les autres.

  Chaque croyance, chaque idéologie divise la société, la fractionne, voyez ce que fait le nationalisme à travers le monde….

  Dès qu’il y a séparation, division, il y a création de camps, de parties ; et ces fragments se confrontent mutuellement, et cherchent à imposer leurs points de vue aux autres fragments. Il s’en suit un grand désordre, une grande violence, et en fait nous semons les graines de la barbarie humaine entre-nous, n’est-ce pas ?

 

  Ce qui accompagne les croyances ou les idéologies, c’est la constitution d’un groupe ; plus ou moins important, plus ou moins habile. Mais une fois qu’il y a une construction mentale stable, vient toujours la création d’un groupe, d’une religion, d’une secte, d’un parti politique ou autres ……Peut-on dire que nous reconstruisons une nouvelle appartenance tribale ? Il semble bien que oui.

  Mais pourquoi adhère-t-on à un groupe ? Serait-ce pour fuir sa solitude, son isolement et aussi sa pauvreté intérieure ? On est perdu dans ce monde de chaos, on ne sait que faire. Alors le groupe, la religion, la nation, avec sa cohérence, sa propagande ses réponses toutes faites, ce groupe me rassure, et il me donne confiance et force. En son sein, je ne suis plus perdu.

  Il semble qu’il en soit partout ainsi de par le monde, les hommes seuls, véritablement face à eux même sont très, très rares. N’est-ce pas ?

  Nous voyons en fait que dans un groupe de personnes constitué, la cohésion se fait en parlant et en répétant, encore et encore, la propagande de base, cette répétition est  comme une maladie qui ronge les esprits.

  Mais ce processus est basé en premier sur notre envie viscérale de commenter, cela semble un besoin vital pour l’esprit ; il faut qu’il commente en permanence ce qu’il voit autour de lui.

 

  Pourquoi l’esprit humain a-t-il tellement besoin de commenter les choses qui lui arrivent ?

 

   Apparemment, il lui est nécessaire de traduire la vie en pensées. L’être humain a un attachement très fort aux commentaires ; serait-ce pour se sentir intelligent, instruit ? Cette connaissance donne un certain pouvoir, nous pouvons nous différencier des autres : «  Mon commentaire est bien plus intelligent que le vôtre! »    

  Nous voyons assez bien ce processus, qui vise à s’affirmer, mais aussi et surtout à s’isoler des autres. A ne fréquenter que ceux qui pensent comme moi, et même parmi mes amis, il y en a certains avec qui je suis plus proche. Donc même dans le clan, il y a des préférences et donc des divisions, la séparation est aussi présente dans ma famille, dans mon pays, et dans ma religion.   

  Il semble nécessaire maintenant de voir ce qu’est penser. Qu’est-ce que la pensée ? L’acte de commenter la vie, se fait par le mouvement des pensées, c’est un mécanisme qu’il est important de comprendre profondément.

 

  Donc qu’est-ce que la pensée ?

  Comme nous l’avons vu, il y a d’abord l’expérience, la sensation, puis la mémorisation de l’événement. Quand une nouvelle expérience se profile, l’esprit ressort la mémoire de l’événement, et la pensée prend vie et se forme.

  La pensée c’est l’expression de la mémoire ; voyons-nous bien cela, est-ce un fait ou une idéologie ? Il faut simplement voir les choses telles qu’elles sont, et voir aussi que sans la  mémoire il n’y aurait pas de vie, et comprendre que la pensée est aussi un outil merveilleux.

  Quand l’esprit enregistre, c’est donc tout à fait normal, c’est le fonctionnement du cerveau, sans mémoire et sans pensées, nous ne serions pas ici en train de parler ensemble. Mais voyons que la mémorisation devient une chose plutôt fixe, notre souvenir est relativement figé, alors que la vie n’est que mouvement. Tout change constamment dans le monde, et pour être tout à fait exact, le souvenir est mouvant également, mais il se meut dans l’esprit, alors que l’événement vit dans le monde.

    Lorsque l’homme pense au monde, il pense à « son monde », et le monde lui, est bien différent de ce que l’homme pense; par son action l’homme essaie de conformer le monde à l’image qu’il en a. De même que la société doit correspondre à ce que je pense d’elle, de même l’autre doit être conforme à mes plans intérieurs, à mes idées et à mes croyances. Nous voyons par là que nous agissons comme des petits « dictateurs », le monde doit être conforme à mes projets, je veux qu’il se soumette à mes idées….

 

  Donc ce qui est extérieur ne nous intéresse que pour confirmer nos points de vue, en fait le monde ne nous intéresse pas du tout ; nous l’utilisons pour nous glorifier nous-mêmes. Nous utilisons les expériences, les contacts avec la vie, uniquement pour valider nos conceptions.

Et puis-je vous demander de quoi parlent ces conceptions, toutes ces idées subtiles que cultive l’esprit ? Elles parlent bien évidemment de l’homme, du « moi », ou du « je », l’esprit se sanctifie lui-même constamment.

  Mais voyons bien ce qui se passe réellement, l’esprit à une idée assez figée de la vie et des autres, et pourtant la vie est sans cesse changeante, sans cesse mouvante. Et donc mes idées vont entrer en friction avec les événements de tous les jours ; l’idée de mon épouse va se heurter à mon épouse telle qu’elle est, et en permanence la vie va se confronter à mes croyances internes.

  A ce niveau, nous ne sommes pas conscients que l’esprit ne voit, et n’enregistre les faits que  teintés par ses croyances et ses a priori. Cela toujours dans le but de fortifier ses constructions internes mentales. Donc percevons-nous que nous ne voyons le monde qu’au travers de nos idéaux, est-ce réel, ou est-ce encore une autre idée ?

 

  Si cela est perçu, la question suivante est : L’esprit peut-il voir directement quelque chose, c’est à dire sans l’intervention de la pensée ou de la mémoire ?

Si l’on est attentif, ce qui compte c’est ce que l’on regarde, c’est l’objet de mon attention qui compte, et pas mes commentaires sur l’objet.

  Donc qu’est-ce que l’observation ? Si l’on observe profondément quelque chose, l’esprit est très attentif à ce qu’il regarde, seul compte ce que j’ai devant moi, cet arbre, cette rivière.

Si je suis vraiment dans l’attention, je ne commente pas ce que je vois, je l’observe pour lui-même, je le regarde intensément ; je vois la lumière sur l’écorce de l’arbre, la couleur de feuilles délicates, alors le mouvement des pensées s‘apaise tranquillement, le cerveau se fait plus silencieux. Voyons que si l’on est très, très attentif, profondément, alors se met en place un véritable silence intérieur, l’esprit alors est immobile, là, dans cet état nous ne faisons qu’un avec ce qui est observé.

  Nous voyons le monde tel qu’il est réellement, sans fard, ni détours.

  Et nous constatons aussi, que l’action de ne pas penser, est aussi naturelle que l’acte de penser lui-même. Il est important de laisser de l’espace dans l’esprit.

 

  Pourrions-nous revenir au monde dans lequel nous baignons, ce monde de misère et de violences qui nous entoure ?

  Quel lien y a-t-il entre ce que nous venons de dire, et ce monde brutal et cruel ?  Il règne la violence en ce monde, mais suis-je véritablement différent de ce même monde ? Je suis formé par ce monde, par la société, la culture, par la religion de mon pays ; je suis le produit de ce monde, j’en suis le représentant, et par conséquence je porte et je suis cette même violence.

  De par le monde, chacun aspire à vivre en paix, mais personne n’arrive à vivre cela, la paix sur terre aux hommes de bonne volonté….. On cherche la paix, mais on crée le contraire, y aurait-il un dysfonctionnement dans l’esprit humain ?

  Peut-on créer cette paix, quand on porte la violence du monde en soi, n’est-ce pas là le dysfonctionnement de l’esprit humain ?

 

  D’où pour certains le désir de comprendre, et de remédier à ce dysfonctionnement. Nous n’avons pas de mal à voir que notre violence vient du monde dans lequel nous vivons, par contre nous n’acceptons pas que l’on nous dise que cette violence nous a conditionnés. La société nous a conditionnés, par des siècles de propagande, de pressions, de persuasions diverses. Nous sommes totalement formés par le monde, et notre mode d’action est lui aussi le résultat de ce processus.

 

  Donc vient la question suivante, y a-t-il une action qui puisse déconditionner l’esprit ? Mettre fin à ce disfonctionnement ?

 

    Il nous faut bien observer, ce qu’est par exemple la croyance, quels sont ses tours de passe passe, et comment elle se joue de l’esprit.

  Voyons bien que la croyance entraîne l’expérience. Comment se fait-il qu’un croyant voit partout la confirmation de sa croyance ? Est-il uniquement dans un simple délire, une hystérie religieuse ou bien expérimente-t-il vraiment ce qu’il dit ?

  Pouvons-nous bien regarder ce qui est, dans la grande diversité de la vie, tout est présent. Mais le croyant ou l’idéologue cherche et trouve partout des preuves extérieures de ses idées. Si vous idolâtrez les nuages, le ciel vous comblera, si vous choisissez certains mots particuliers, votre œil les verra et les trouvera partout et dans de nombreux livres. L’esprit considérera alors ces expériences comme des faits incontournables, comme des preuves indiscutables de la justesse de sa foi.

  Mais les nuages ont toujours été dans le ciel, et les mots découverts étaient là bien avant votre lecture extasiée ; votre perception est déformée par votre pensée et tout ceci n’est que mirages illusoires et vues de l’esprit.

 

  Pourquoi un malaise s’installe-t-il si l’on vous démontre votre erreur ?

  Pourquoi cette résistance devant cette explication simple de l’illusion de la croyance ? Quand on choisit une voie, on ne veut pas être dérangé, pas être remis en question ; en fait, on veut juste un système soporifique qui endorme l’esprit, afin d’oublier la souffrance et la peine de la vie.

  Avons-nous remarqué que l’idéologie est un choix qu’on nourrit ? Il faut lui donner corps avec des expériences, il faut l’alimenter en sensations ; sinon elle reste bien creuse et très, très superficielle. Quand l’esprit à fait un choix, en faisant partie d’une religion, d’un club sportif,  ou d’un mouvement politique, il faut entretenir ce choix.

  L’attention est-elle différente du choix ? Pouvons-nous voir cela ensemble ?   

  L’attention, quand elle est en place, regarde ce qui est ; pouvons-nous observer cela : elle regarde ce qui est, sans faire un choix, le choix étant l’acte de la volonté, qui décide de regarder quelque chose en particulier,  et rejette ce qui est autre car inintéressant.

Pouvons-nous voir que l’attention, même si elle regarde un arbre en particulier, elle le regarde toujours en relation avec l’ensemble de ce qui est. L’action se situe toujours en relation complète et totale, sans aucune exclusion.

  L’attention en fait, ne dépend jamais de ce qu’elle observe, ce n’est pas l’objet d’observation qui compte, c’est l’attention elle-même qui importe.

  Et voyons que dans ce non choix, la notion même d’effort disparaît naturellement, l’effort étant le mouvement ou l’expression de la pensée….

 

Pourrions-nous également parler, si cela est possible de la recherche du résultat?

 

  Quand on fait une action, en général on en attend, ou on recherche un résultat. C’est d’ailleurs le propre de la science, qui reproduit des expériences plusieurs fois pour valider des théories exprimées.

  Dans le domaine psychologique, l’homme fait de même ; on agit en espérant telle ou telle chose, j’adhère à une religion en espérant finir au paradis, j’entre dans une société, et j’ambitionne d’en devenir le directeur…Donc quand on agit, on escompte un résultat futur, intérieurement on se projette en s‘imaginant dans telle ou telle situation ; naturellement la plus agréable possible, on ne se projette pas en tant que mendiant misérable.

  La recherche de résultat existerait-elle sans idéologies ? L’expérience religieuse existerait-elle sans la croyance ? Ce sont les idéaux qui nourrissent cette recherche, non ?

 

  En s’échappant vers le futur, l’esprit une nouvelle fois, ne regarde pas ce qui est devant lui ; en fait il fuit le présent.

  Dans l’attention véritable, l’esprit n’a aucun mouvement de fuite, aucun mouvement vers un futur imaginaire, seul compte  ce qui est observé, ce qui regardé.

  Il y a cet exemple que tout le monde comprend parfaitement : quand des musiciens jouent ensemble s’ils sont totalement dans l’action, complètement dans la musique, à un moment donné il n’y a plus de musiciens, véritablement il n’y a plus que la musique qui existe.

  Et chacun « est » cette musique…..

  Là, on ne pense pas au résultat, ni à la confirmation d’une croyance, car on vit intensément et il n’y a plus de questionnement.

 

  Evidemment, quand la musique cesse, les musiciens reviennent, avec tout le reste. La vie reprend le dessus, et rien n’a en fait été changé. Il y a eu cette sensation d’unité, cette sensibilité, mais cela finit et la peine, les plaisirs et le chagrin de la vie sont toujours là.

  Ce sentiment, cette sensation ne déconditionne pas l’esprit ! N’est-ce pas ?

  Si l’on considère un événement comme très important, l’esprit va rechercher la répétition de cet événement, et alors l’homme va partir dans une recherche de plaisirs. Dans la reproduction d’événements passés, le désir va s’emparer de lui, et regardons bien : la joie qui était un instant liée au présent, cette quête va l’envoyer vers le futur imaginaire. Et donc la joie, le bonheur vont devenir «un projet », et ils ne sont plus dans le présent, ils nous échappent déjà…

  Il en va de même pour la liberté, elle ne peut être le résultat de causes ; premièrement car elle n’est pas une chose du futur, elle « est » ou bien elle « n’est pas ». Seul le présent peut la voir fleurir. Et deuxièmement, elle est par essence inconditionnelle, de tel sorte qu’il n’existe aucune condition qui puisse la faire naître, il n’existe pas de bonnes ou de moins bonnes conditions. La liberté n’a pas de causes.

  La liberté, la vérité n’est pas une quête de plaisir, cela ne peut être le fruit du désir. Qu’est-ce que le plaisir ? Est-ce qu’il libère ? Le plaisir ne remet rien en question n’est-ce pas ? C’est juste la continuité de ce qui est, son prolongement…..Et n’est-ce pas aussi, la continuité du dysfonctionnement de l’esprit ?

 

  Alors nous revenons à cette question, qu’est-ce qui va mettre fin au dysfonctionnement de l’esprit humain ?

 

  Krishnamurti nous propose une révolution intérieure totale, une mutation de l’esprit, c’est à dire un événement sans retour en arrière, c’est cela la mutation, un changement profond irréversible.

  Quel est le lien avec tout ce que nous venons d’explorer ? Une mutation, c’est une transformation radicale, mais, pour que cela ne soit pas la suite de ce qui est, « ce qui est » doit d’abord finir……..N’est-ce pas ?

  Donc comprendre profondément le dysfonctionnement de l’esprit, c’est mettre fin « pour toujours » à ce même disfonctionnement ; et si l’on regarde précisément, on voit en fait que c’est l’esprit rempli de confusion qui doit prendre fin, n’est-ce pas ?

  Comprendre quelque chose, c’est d‘abord y mettre fin, voir la prison de l’esprit, c’est dissoudre cette prison, totalement, entièrement.

  Qu’est-ce qui va mettre fin à la confusion ? Au désordre dans l’esprit ? Nous avons vu, que la simple sensation, si intense soit-elle, ne fait pas naître cette « intelligence autre » ; elle ne déconditionne pas l’esprit. Alors, que fait l’attention pure face au désordre et à la confusion ? Peut-on les regarder comme le coucher de soleil, comme la rivière, avec le même regard silencieux ? Peut-on observer tout le panorama, sans avoir recours à la pensée ?

  Quand on perçoit un danger, quand la perception est réelle, on s’écarte du danger, on ne court pas vers le précipice ou le serpent à sonnettes. Perçoit-on réellement le dysfonctionnement de l’esprit ? On en parle, on en discute, mais le perçoit-on véritablement ?

  Si celui-ci persiste, c’est que naturellement notre perception est faite de mots, mais n’est pas réelle. Nous décrivons une idée, nous ne voyons pas le fait. Nous revenons donc à la confusion entre l’idéologie et le fait, entre la croyance qui crée l’expérience, et la pure vision.

  Nous n’avons pas saisi ce qu’est l’idéologie, cet ensemble de mots et de symboles, nous n’avons pas perçu sa nature illusoire, et en fait nous sommes toujours dans le sortilège de la pensée.

 

  Que se passe-t-il quand l’esprit se rend compte qu’il se joue des tours, qu’il n’a pas bougé d’un seul pas depuis le début ? Quand nous nous rendons compte, que chaque action « est » l’expression de cette confusion, que se passe-t-il vraiment ? Si l’on se rend compte que l’acte de commenter est totalement destructeur, alors les commentaires cessent d’eux mêmes, sans effort aucun, le silence se fait dans l’esprit. Cette fin des commentaires est la fin de l’idéologie, c’est aussi la fin de l’esprit confus, c’est à dire que quelque chose de très ancien a cessé d’exister, et seul demeure le silence immobile.

  Alors l’esprit est totalement différent, il n’est plus en quête de plaisirs, d’expériences, il ne cherche plus aucun résultat. Et dans ce regard autre, toute les idéologies du monde des hommes tombent, les croyances n’existent plus, il y a une existence hors du monde de la pensée.

  Aucune référence autre que sa propre vision n’existe, alors on devient sa propre lumière, et la rupture avec le monde est totale, complète ; et l’esprit goûte à la vie comme pour la première fois, comme au matin du monde….

  Pour qu’un monde neuf soit, l’ancien monde doit finir.

 

  Krishnamurti nous invite à ce voyage, mais c’est à chacun de se mettre en mouvement, à chacun d’entreprendre le voyage.

  Et lors de ce voyage, l’homme voit très clairement, très précisément, que la souffrance humaine n’est pas une fatalité ; et il perçoit aussi que nous sommes responsables de sa présence sur terre.

  Alors le voyage c’est la fin même de cette souffrance.

 

 

    Paul Pujol

    Trévoux, le 24 janvier 2010.



  Je tiens à rappeler que ce texte n'engage, bien évidemment, que ma seule parole. 

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
15 mai 2018 2 15 /05 /mai /2018 08:42

 

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  L'ésotérisme et l'occultisme ne mènent pas l'homme vers la liberté.

 

   Dans ces domaines obscurs, car ils sont obscurs, règnent des notions tournant toujours autour du pouvoir. On vous parle de danger, de protection, d'énergie et d'initiation, et naturellement il y a les maîtres, sans lesquels vous ne pouvez rien faire.

   Ils disent avoir le pouvoir de vous protéger, mais leur protection n'existe que si vous adhérez à leur foi, avec eux vous êtes à l'abri, sans eux vous êtes perdu. Donc tout ceux qui ne pensent pas comme eux sont en danger, leur aide est-elle vraie et surtout pourquoi n'est-elle pas naturelle, spontanée, sans conditions ? Un médecin, ou un pompier ne vous demande pas quelles sont vos croyances et vos idées, il intervient, soigne le malade ou éteint l'incendie sans autre condition préalable que de sauver celui qui est en danger.

 

   On vous parle de degré avec de multiples initiations, et il y a toujours quelqu'un au-dessus de vous, toujours ces hiérarchies. Et évidemment dés que vous progressez un peu, il y a alors quelqu'un au-dessous de vous, c'est assez gratifiant et cela aide à supporter ceux du dessus. Bref il y a toujours soumission et obéissance, avec le doute éradiqué et banni.

 

    Toute relation de domination et de dépendance entraîne l'homme dans une prison et ne lui font pas découvrir la vérité. L'ésotérisme et l'occultisme naviguent dans les eaux noires du pouvoir, et cette fascination pour le pouvoir ne libère pas l'homme, elle nourrit le moi, l'ego, et l'homme se perd alors dans l'enchantement de son propre esprit.

   La recherche de pouvoir, et les relations basées sur le pouvoir perdent l'homme et nuisent à la recherche de la vérité. On ne parle pas du tout, ou très rarement de la Vérité, pour tous ces gens cela semble être devenu un concept démodé, faux.

   Évidement, car la vérité démonterait peut-être tout leur stratagème en un seul regard, un regard clair et finit l'illusion des croyances et des superstitions.

 

   C'est la vérité qui libère l'homme, tout le reste n'est qu'amusement de l'esprit.

 

 

   Paul Pujol

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
11 mai 2018 5 11 /05 /mai /2018 08:32

 

Brume sur la Saône

 

 

    Un jour après avoir discuté longtemps avec un ami, celui-ci nous posa une question en forme de reproche, question que nous trouvions très étonnante : "Pourquoi ne parlez-vous jamais de votre éveil ? Cela pourrait intéresser de nombreuses personnes, je ne comprends pas votre discrétion que je trouve d'ailleurs excessive."

    Tout d'abord comment savoir qui est éveillé ? Et pourquoi parler de l'éveil, qu'est-ce que les personnes attendent d'une telle description, veulent-elles un stimulant ? Désirent-elles partager un peu de "cela" à travers le témoignage de quelqu'un ? Découvre-t-on quelque chose par une description, vraiment ? Ou bien ressentons-nous du plaisir, frissonnons-nous devant ces témoignages exaltants ?

 

    Il me semble que c'est bien cela en fait, l'être humain ressent du plaisir en entendant ces témoignages. Ayant ressenti un grand plaisir dans ses lectures ou ses enregistrements, il germe dans l'esprit le désir de renouveler, de revivre et de prolonger ce plaisir. Donc on veut toujours plus de descriptions, toujours plus d'histoires si possibles fantastiques. Bref on devient dépendant de ce stimulant, comme d'autres ont un verre de Whisky pour se sentir bien.

    Pourquoi trouve-t-on la description si importante ? N'est-ce pas parce que nous ne connaissons rien de cet état ? Naturellement, nous n'avons pas vécu "cela", alors nous y pensons sans cesse, cela devient même assez lancinant d'essayer de concevoir, de réfléchir sur une chose qui n''est pas là, qui n'existe pas pour nous. C'est même totalement étrange comme attitude, passer son temps et son énergie à concevoir une chose qui n'existe pas et que nous ne connaissons pas du tout. Comme on se rend compte assez vite d'une telle ineptie, on en vient à se dire qu'il faut écouter les paroles de ceux qui disent avoir vécu l'éveil, au moins là cela sera du concret et pas de la rêverie.

    Alors on se met en quête de témoignages et on découvre qu'il n'y a pas mal de personnes, connues ou inconnues, qui disent avoir vécu cette expérience. On découvre même qu'il existe des listes d'éveillés, c'est tellement pratique, et on a le sentiment que c'est tout à fait formidable d'avoir autant de gens "éveillés". Là, notre avidité de témoignages commence à être abreuvée, pas étanchée du tout, mais abreuvée, alimentée. Toutes ces descriptions nourrissent ma soif, ma curiosité, et voyons bien ce qui est, nous devenons des voyeurs, des gens qui vivent par l'entremise d'autres personnes. Nous vivons par les paroles des autres, nous buvons leurs paroles, mais nous n'allons jamais au-delà de l'amour de l'image, nous vénérons le plan du pays, mais jamais nous ne nous mettons en marche et voyageons réellement dans ce pays. La carte d'un menu de restaurant ne vous nourrira jamais ; c'est comme si vous étiez perdu dans un désert depuis pas mal de temps, la soif vous tenaille naturellement, vous n'avez vu personne depuis des jours et des jours, et voilà quelqu'un qui arrive, allez-vous lui demander de vous décrire l'acte de boire ? Boire des descriptions ou des paroles n'étanche pas la soif de l'esprit, au contraire cela crée une dépendance, comme une drogue. Si on n'a pas de nouvelles descriptions, de nouveaux témoignages, l'excitation retombe et on se retrouve tel que l'on est, c'est à dire ignorant et pauvre, sans expériences personnelles.

       

   Qui plus est voyons également bien ceci, quand on ne vit pas une chose, et qu'on lit quantité de choses sur ce sujet, que se passe-t-il dans l'esprit ? On ne connait pas l'Amérique, mais on a vu de nombreux films, on a lu de nombreux livres, romans et autres, on connait des amis qui ont fait le voyage, mais soi-même on ne s'est pas rendu dans ce pays. Donc j'ai amassé des informations, des données sur le sujet, qu'est-ce que cela crée dans l'esprit ? Évidemment cela crée en moi une conception, une idée de ce pays, cela crée tout un imaginaire sur cela que je ne connais pas. Concernant l'éveil l'imaginaire fonctionne encore plus à fond, car ce terme est tellement chargé de symbolique religieuse ou autre, le mot n'est pas du tout neutre déjà en lui-même. Donc on l'aborde déjà avec toute une panoplie d'idées, d'a priori. On ne va pas vers ce sujet sans bagages, sans idéologies, et notre soif de curiosité, notre avidité renforce toutes ces idéologies, qu'elles soient miennes ou qu'elles soient de la société (les deux se nourrissant sans cesse l'une et l'autre). Voyons bien ce qui se passe, ne connaissant pas l'Everest, je m'informe et je lis tout ce qui me tombe sur la main, je vois tous les films, tous les interviews d'alpinistes, tout ce travail fait naître en moi une conception, une idéologie sur l'Everest.  

    Une fois cette idéologie créée, elle a besoin de confirmation extérieure, je suis sûr de moi, mais je voudrais bien savoir si d'autres sont d'accord avec moi. Cela me conforterait dans ma direction, dans mon approche. Alors je me mets en quête, mais à présent de manière différente, je cherche maintenant des témoignages qui viennent en quelque sorte valider ce que je crois. Je ne prends en compte et ne m'intéresse qu'à ce qui va dans une certaine direction. Sans me rendre compte, je sélectionne déjà les témoignages et je ne retiens que ceux qui vont dans mon sens, celui auquel j'accorde ma foi et mon espérance...

    La création d'une idéologie demande toujours confirmation, mais cette recherche de confirmation n'est pas la recherche de la vérité, c'est essentiellement l'expression de la peur qui désire se calmer. Car dés qu'une idéologie (quelle qu'elle soit) existe, elle peut être contredite, discréditée, déclarée comme nulle et non valable, voir dénoncée comme étant totalement sotte...Toute affirmation engendre sa négation, réelle ou possible, patente ou future, toute affirmation s'attend donc à être attaquée à un moment ou à un autre. Le consensus général n'existe pas, donc quand quelque chose est affirmé, l'esprit sait qu'il va y avoir opposition, contestation. La peur est présente dés le début de l'idéologie, car l'esprit sait qu'il a recours aux idéaux parce qu'il ne voit pas les choses directement, il sait que toute sa démarche n'est qu'une suite de mots, mais l'esprit n'a que cela, une suite de mots sans fin, juste des sons symboliques mis bout à bout.

    Ne pouvant pas affronter lui-même cette réalité, on ne voudrait pas que cela vienne d'autrui et que l'autre, l'interlocuteur mette à nu tout notre stratagème. Alors la peur remplit toute cette démarche, on ne veut pas être dévoilé, pas être découvert tel que l'on est, simple et ignorant tout de ce qu'est l'éveil.

       

   Donc nous avons la stimulation qui devient une drogue, la création d'une idéologie qui engendre alors la peur, et toute une stratégie d'évitement du dévoilement de mon ignorance. Si on regarde tout cela, d'un seul coup on se rend compte que l'éveil n'intéresse pas du tout les gens, ils veulent juste être stimulés, prendre du plaisir, cela est assez semblable à du voyeurisme spirituel. Mais le drame de tout cela, c'est que cela ne change absolument pas l'être humain, il passe sa vie en allant sans cesse du plaisir vers la peur, et de la peur vers le plaisir. Quand la vie se résume seulement au plaisir, la peur devient inévitablement sa compagne de route, alors on voit que ce couple plaisir/peur engendre cette souffrance infinie qui broie le cœur des humains depuis la nuit des temps.

       

   Mais revenons à cette question : " Pourquoi ne parlez-vous pas de votre éveil ? Si je n'avais pas discuté de cela avec vous, je n'aurais jamais appris que Krishnamurti n'était pour rien dans ce qui vous est arrivé. C'est après que vous avez saisi toute l'importance de ce qu'il disait..."

    "Oui il n'y est pour rien. Par la suite c'est juste devenu un compagnon de route, de voyage, mais un compagnon exigeant qui vous incite à ne pas vous endormir, à ne pas vous arrêter." Pourquoi serait-ce important d'en parler ? Untel dira ceci, untel dira autre chose, la plupart diront que c'est grâce à ma rencontre avec tel ou tel maître ou Guru. Quelle blague tout cela, si la liberté a une cause, elle est donc conditionnée et ce n'est plus la liberté. Voyez-vous cela mon ami ? Il n'y a pas de cause, sommes-nous d'accord ? En cherchant des témoignages de l'éveil, qu'espèrent donc les lecteurs ? Ils pensent qu'ils vont peut-être trouver des clefs pour comprendre, qu'ils vont trouver des indices, des pistes. Bref pour le dire simplement ils cherchent les causes qui produisent "l'effet éveil". Toute cette démarche est fausse dés le début, il n'y a pas de causes ; et même s'il y en avait, prenons cet option, il n'y a pas une cause ou deux ou trois, il y en a des milliers et des milliers, causes dues au passé, causes venant du présent immédiat, causes étant elles mêmes des effets venant d'autres causes. On pourrait remonter sans fin dans le temps vers le passé, et dans l'espace avec l'interdépendance de toutes choses. Qui décrète que telle cause est déterminante par rapport à telle autre, naturellement elles ont des influences différentes, plus ou moins fortes ou faibles selon les circonstances.

    La chaîne de cause à effet existe évidemment, qui le nierait, mais ce qui se trouve dans ce champ d'action/réaction n'est pas libre, il est déterminé par son environnement. L'éveil est-il déterminé par l'environnement ? A cela certains répondent oui très rapidement et sans grande hésitation, il faut être né en Inde, être Brahmane ou Sâdhu, pour d'autres il faut avoir fait retraite dans des grottes himalayennes...

    Mais on peut se poser la question évidemment, alors qu'est-ce que l''éveil ? Comment le savoir, comment être sûr que ce qu'on vous raconte est vrai ? Comment savoir si cela remplit toute la vie de celui qui en parle, ou si c'est juste une personne habile en propagande et en mots, qui vous dit juste ce que vous voulez entendre ? Comme nous l'avons vu précédemment, il faut être clair sur le mobile de notre recherche. Si c'est une manière d'oublier ma triste vie, sans relief et si superficielle, j'adhérerais aux explications les plus simplistes et les plus agréables, mais cela ne m'avancera à rien. A part cette excitation momentanée, ma vie sera toujours aussi creuse et vide de sens.

    Donc en mettant de côté cette fuite de la monotonie de ma vie, j'essaie de savoir ce qu'est l'éveil ? A présent je me méfie des descriptions trop belles, où tout est facile avec un chemin bien tracé par ceux qui savent, bref je doute des propositions des traditions, avec tous leurs systèmes et leurs hiérarchies. La plupart disent que l'éveil c'est la fin de la souffrance, et beaucoup disent aussi que cela a le parfum de la vrai liberté, immense et totale. Mais leur système crée des attitudes et des dispositions mentales mécaniques et répétitives, on le voit bien chez tous les disciples des différentes sectes ou religions, ils répètent tous le même type de crédo. Soit c'est la foi et la prière, soit c'est la dévotion envers le maître (le mot guru n'étant plus à la mode aujourd'hui) avec naturellement la méditation ou parfois même le yoga ; et on vous demande aussi d'étudier assidument les nombreux textes sacrés. Pour résumer on s'en remet à une autorité et on accepte un programme, programme qui va nous aider à avancer, à progresser dans le domaine complexe de la spiritualité ou du religieux. Cela parait tout à fait naturel à la plupart des hommes, comment faire autrement d'ailleurs, il nous faut l'aide des grands sages. Mais c'est toujours pareil, qui décide qui est sage ? La réputation, la rumeur publique, le nombre d'adeptes ou la quantité de livres écrits. On regarde s'il y a des personnes connues, des intellectuels, des notables.

    En fait nous voyons que par peur de se perdre, on accepte de se faire programmer comme des machines, comme des ordinateurs, cela nous rassure et on pense pour nous. On nous dit quoi faire du matin jusqu'au soir, de l'aube au crépuscule on vous prend la main et on vous dit faites ceci, faites cela, ne pensez pas trop ce n'est pas bon pour vous...

 

    Voyant toutes ces absurdités, on rejette tout cela, simplement et fermement une fois pour toute. Les traditions et les maitres charmeurs, les prières et les méditations, c'est terminé à tout jamais. Quand l'esprit est sorti de cela, alors la question demeure, qu'est-ce que l'éveil ? Certains disent aussi d'autres choses, mais cela est moins charmant et agréable, ils disent que l'éveil c'est la fin du moi, de l'illusion d'un esprit séparé et autonome...Qu'est-ce cela veut dire ? Cela n'a aucun sens pour l'homme ordinaire, pour celui qui est pris dans le mouvement de la vie, qui passe par des moments de joie, de peine et de souffrance. Ce qui parle à l'homme ordinaire c'est le plaisir naturellement, mais ce qui touche les entrailles de tout être humain, c'est la souffrance dans cette vie. La mort qui rôde, la disparition des proches, inéluctable, la vie humaine est remplie de ce sentiment d'injustice et de non sens total. On naît, on grandit, on vit et on meurt, en perdant progressivement la vraie joie de vivre, le cœur devient lourd de peine et de tourments. La joie existe mais elle est fugace, la souffrance existe et elle est tenace, elle dure tout le long de notre vie. C'est elle notre compagne de tous les jours, la joie ne fait que passer, mais la peine et la douleur restent...

    Ce n'est pas une lamentation que de dire cela, c'est un fait qui n'est ni triste, ni gai. Donc la disparition du moi ou bien la fin de l'illusion d'un esprit séparé, cela ne veut rien dire et cela n'intéresse pas cet homme ordinaire, celui ci est comme notre ami. Ce qui intéresse notre ami c'est le merveilleux, l'extraordinaire et le mystérieux, toutes choses qui font oublier la vie triste et morne que l'on mène ici bas. Alors pourquoi cette question : "Pourquoi ne parlez-vous jamais de votre éveil ?" et que peut-on répondre qui soit audible, qui soit au minimum entendu, même si cela n'est pas vraiment bien compris.

    Tout d'abord pourquoi cela serait-il important ? Chercherait-on un modèle, une source d'inspiration, voudrait-on en faire un exemple à suivre, une imitation possible ? Attendons-nous une histoire fantastique ? On sera bien évidemment déçu très vite, il n'y a rein d'extraordinaire ou de fantastique, pas de dieu trouant l'azur et désignant l'heureux élu. La fin du moi, qu'est-ce que cela veut dire ? C'est la fin de ce que nous pensons être, la fin de ce que nous imaginons être. C'est comprendre que toute définition de soi est fausse, et le sera toujours, et pourquoi donc ? Le moi existe-t-il vraiment ? Ou bien est-ce une création mentale, une œuvre imaginaire du mouvement des pensées ? Si c'est la fin, non pas du moi car il est illusoire, mais la fin de la croyance dans le moi, qu'est-ce qui finit ? Une illusion finit, un mirage s'éteint, rien de plus en fait, c'est la fin d'un rêve...

    Voilà le vrai sens de l'éveil, c'est la fin d'un rêve, d'une inconscience totale dans laquelle on vivait ; le rêve prend fin, et le dormeur s'éveille...Mais cela est une image, ce n'est pas le moi qui se réveille, comprenons-nous cela ? Il n'y a plus de conscience séparée, cette croyance n'existe plus, alors qui s'éveille ? Creusons s'il vous plait, qui s'éveille ? Quand le rêve prend fin, le rêveur existe-t-il encore ou finit-t-il avec le rêve ? Le rêveur n'est pas séparé du rêve, c'est évident n'est-ce pas ? Donc quand le songe disparait, le rêveur n'existe plus également. La conscience rêveuse que nous étions n'est plus là, il existe alors autre chose qui était non perçue pendant ce rêve, la formule verbale le rêve prend fin et le dormeur s'éveille s'avère donc inadéquate, alors comment s'exprimer de manière plus juste ? C'est une vraie difficulté de parler de cela, les mots peuvent entrainer de nombreux quiproquos... Reprenons notre exploration : Le rêveur prend fin avec le rêve, nous sommes d'accord là-dessus, mais le couple rêve/rêveur a bien eu une existence (certes illusoire), cette fantasmagorie a bien eu lieu, s'est bien déroulée sur une scène, dans un théâtre quelconque. Cette rêverie s'est déroulée dans l'esprit, le théâtre où se joue le rêve, c'est l'esprit lui-même. Avant que ne se joue la pièce, le théâtre était déjà là naturellement, et le théâtre ne se limite pas à une seule pièce en particulier. Ce que nous voulons dire, c'est qu'il y a une réalité dans laquelle le rêve existe, que le rêve soit projeté ou pas sur l'écran, cette réalité est là, indépendamment de l'existence ou de la non existence du rêve et du rêveur.

 

    Quand la croyance du moi s'efface, la conscience devient totalement autre, la chambre noire dans laquelle le moi se débattait avec lui-même à été anéantie, et l'esprit vit au-delà de cette chimère. On devient juste conscient de ce qui est, mais rien ne commence, c'est juste la chambre noire qui n'existe plus. En fait c'est la disparition de toute cette impression des choses personnelles. C'est cela, il n'y a plus rien de personnel dans l'esprit, tous les adjectifs possessifs n'ont plus lieu d'être.

    Alors mon cher ami, on ne peut pas parler d'éveil personnel, mon éveil ou votre éveil cela ne veut rien dire du tout. Voilà pourquoi on ne peut pas parler de son éveil, tout simplement parce que réellement cela n'existe pas.

 

 

    Paul Pujol

 

 

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