8 décembre 2021 3 08 /12 /décembre /2021 15:13

  La-nature

 

 

 

Trévoux, le 2 février 2011

 

 

    Quand l'esprit s'exprime à travers une forme particulière, son expression est limitée par cette forme. C'est à dire que quand il n'y a que la mémoire et la pensée, l'esprit ne peut que passer par ces canaux, aussi restreint soient-ils.  

    Alors il n'y a pas création, mais suite et poursuite de "ce qui est", l'homme ne fait que répéter ce qui fait sa vie. Et jamais le parfum d'une fleur nouvelle ne vient embaumer son coeur, jamais une senteur inconnue ne vient bouleverser la sécurité illusoire, bien établie. Et l'homme finit ainsi sa vie, comme un lit de rivière sans eau, une vie aride se termine. Dans la pauvreté intérieure et dans un esprit déserté par la joie véritable.

 

    Mais quand la mémoire est absente, ou plutôt non utilisé; si le cerveau est silencieux, très tranquille. Quand le mouvement des pensées est suspendu, l'esprit peut alors s'exprimer sans références, sans limites. Alors l'esprit n'est pas déformé par la forme d'une pensée particulière, qu'elle soit une culture traditionnelle ou une tendance contemporaine. Il y a quelque chose d'immense qui entre en existence par ce silence profond, les pensées sont absentes, mais l'homme est en vie, totalement sensible à ce mouvement autre. Et vraiment dans cet état, le cerveau découvre autre chose que la mémoire, est-ce que vous vous rendez compte de ce que cela veut dire?

    Le cerveau touche une chose jamais vue, jamais connue, c'est comme un bain de jouvence, une source vive.

 

    Là, messieurs, l'esprit peut voir naître un mouvement totalement neuf, non souillé par le passé. Et l'homme découvre cette terre vierge, comme un enfant regarde le soleil du matin, c'est comme le premier matin du monde. Nous pouvons tout créer alors, tout recommencer, tout inventer. L'esprit, l'homme sait par cette perception ce que veut dire " créer", "engendrer".

    Alors l'homme se met en marche, en mouvement, et un monde totalement nouveau commence à voir le jour. C'est quand l'esprit est totalement libre, et uniquement dans cette liberté, qu'un monde autre entre en existence.

 

 

 

   Paul Pujol

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
3 décembre 2021 5 03 /12 /décembre /2021 09:49
Promenade d'été.

                                                                                                           

   30 Août 1997

  

 

      Cétait il y a quelques années, nous faisions une promenade dans l’après-midi torride d’un été du sud. Le village et la campagne environnante semblaient assommés par la chaleur, en attente de la fraîcheur de fin de journée.

   Nous avions traversé quelques champs et un ou deux vergers, un chien nous accompagnait. Il courait, sautait partout, flairait toutes les pistes possibles, partait parfois au galop après un lapin distrait, ou essayait d’attraper un oiseau au sol. Malgré l’énergie qu’il mettait dans cette chasse, jamais il n’avait capturé quoi que ce soit. Et pourtant à chaque promenade le chien recommençait avec la même ardeur, avec un entrain et une joie totale. Sans aucun doute, tous ses "échecs" relatifs, ne s’étaient pas transformés en tristes souvenirs. Il ne savait pas s’apitoyer sur lui-même, car pour lui "hier" n’a aucune importance, en fait réellement le passé, "hier" n’existe pas. Seul compte la lumière du soleil, l’odeur de la terre, les talus et les fourrés remplis de caches et de terriers. Seul existe le présent, et dans ce réel, tout est inclus, l’oiseau, le lézard et le lapin gris, l’homme qui l’accompagne, les rangées d’arbres et les belles touffes d’herbes vertes. Et surtout, lui-même n’est pas séparé de cette immensité, de cette diversité qui engendre la beauté du monde.

  

    Après avoir longé un verger d’abricotiers, nous nous étions assis au bord d’un petit cours d’eau, celui-ci sillonnait de part en part, à travers le dédale des champs et parcelles qui s’étendaient à perte de vue. Le chien tout à son bonheur avait sauté dans l’eau, il pataugeait avec grand bruit et ignorait tout de la discrétion. Il avait sûrement flairé une nouvelle piste sur la berge voisine, et il fouillait avec obstination les roseaux et la maigre végétation présente. Il plongeait en créant des gerbes d’eau, ressortait en fonçant dans les feuillages, puis ressautait dans le cours d’eau. Tout ce remue-ménage fracassait le silence de l’après-midi, et toute la nature entendait le vacarme assourdissant. Le chien tout en continuant s’était à présent éloigné, nous étions calmes et très silencieux, sans pensées et immobile, assis sur les cailloux mis en place par la main de l’homme. Les yeux mi-clos, on appréciait pleinement cette lumière d’été, ou chaque chose resplendissait. La vision ne s’attardait sur aucune chose en particulier, quand un mouvement très lent se fit à notre gauche, juste à l’orée d’un bouquet de roseaux.  

    A un mètre à peine, un caneton venait de sortir du bosquet. Il posait une patte au sol, s’immobilisait, puis posait l’autre patte et s’immobilisait à nouveau. Il se déplaçait très prudemment, avec une lenteur surprenante. Toute son attention était portée sur l’homme assis, sur le danger potentiel qu’il représentait. Le caneton fuyait évidemment le chien, qui avec tout son bruit envoyait ses "proies" à l’opposées de son poste de chasse. L’oisillon avait dû traverser une bonne partie du bosquet, et il avait vu l’homme. Il avait observer un bon moment cet être immobile, danger ou pas danger ? Tous les hommes qu’il avait vu bougeaient tous, faisaient du bruit, et il le savait, étaient un danger mortel pour sa famille et lui. Puis celui-ci avait tranché, il n’y avait apparemment pas de danger, l’être semblait très calme, détendu, l’opposé d’un prédateur aux aguets. Cette tranquillité totale donna confiance au caneton, et chose contre nature, il se mit à découvert devant un homme, devant un de ces êtres qui depuis toujours chassent, tuent et mangent ceux de son espèce.

  

   Quand l’homme vit l’oisillon, aucun mouvement ne fut fait, si ce n’est les paupières qui se soulevèrent et les yeux qui suivirent le passage de l’animal. Cette beauté fragile, cette confiance et cette innocence offerte était une preuve que l’amour est perçu. Et que dans cette relation, dans cette unité, il ne peut y avoir de séparation, donc pas de prédation naturellement ; - pourquoi vouloir s’attraper et se détruire soi-même ? Dans cette relation, évidemment la peur et la crainte s’évanouissent, même si l’on reste prudent et attentif. D’ailleurs sans attention, on ne peut rien voir, rien comprendre, rien démonter, et quand l’esprit est rempli de mille illusions, comment pourrait-il s’ouvrir à la réalité ? L’oisillon disparut plus bas parmi les gros cailloux blancs et roux, le chien au loin continuait sa course folle. Nous nous levâmes doucement, c’était une journée magnifique, le ciel était d’un bleu les plus pur, il faisait chaud, et nous vîmes que nous étions véritablement en plein Eden. Nous commencions alors à marcher tranquillement, on imaginait que peut être le caneton nous regardait partir. Cette rencontre nous bouleversait, la vie est fragile et l’être humain est tellement brutal et violent. En s’offrant à notre vue, totalement démunit, sans aucune protection, l’oisillon avait dit "regarde comme je suis beau, mais aussi comme je suis fragile, tu peux me détruire, me réduire à néant. Pourtant je te fais confiance, je m’offre à toi sans armure, je n’ai aucune défense.  J’oublie toute la violence des tiens, je leur pardonne tout, " hier " n’existe pas. Je sais que maintenant il peut y avoir autre chose, quelque chose de rare, peut être pas unique, mais rare. J’ai vu qu’il y avait autre chose que la peur et la crainte, je sais que tu le vois aussi. Je t’ai donné cela, je l’ai découvert, jamais je ne l’oublierai et jamais je ne l’ai connu".

  

    Dans un autre temps, on aurait vénéré l’oiseau comme une divinité et on aurait réduit cette vérité en symboles creux. C’était il y a plus de dix ans, mais "cela", qui est au-delà de la peur et de la crainte, "cela" existe toujours. Cette qualité est indépendante du caneton, ou de tout autre être ou animal, simplement cela peut s’exprimer dans une relation au monde. Dans une relation au monde entier, pas à une partie congrue, réduite par la famille, la nation ou la religion. Mais par une relation entière, ou rien n’est retranché ou rejeté. C’est dans cette totalité, dans cette plénitude qu’alors peut s’exprimer l’amour. C’était il y a plus de dix ans, c’est maintenant, c’est intemporel et très sensible, avec de l’intelligence et de la beauté.

    Et parfois les yeux se brouillent, les larmes viennent, et l'extase s'empare de tout, de l'écrivain, des souvenirs, du monde entier.

  - La béatitude est là, et véritablement, sans aucun intellect, un autre monde s’offre alors.
 

 

    Paul Pujol," Senteur d'éternité  "

  Editions Relations et Connaissance de soi

  "Promenade d'été", pages 173 à 176.   

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18 novembre 2021 4 18 /11 /novembre /2021 16:54
Le chant du silence.

          


               Un instant d'éternité,
           
calme et douce tranquillité;
          et vous voilà, inexistant,

           dans un pays hors du temps.
          
(Première strophe parlée, les autres chantées)
 
          
Un instant d'éternité,
            calme et douce tranquillité;
            et vous voilà, inexistant,
            dans un pays hors du temps.
 
           
Lorsque l'inexistence est perçue,
            lorsque l'inexistence est perçue;
           voilà que l'univers entier vit,
           voilà que l'univers entier vit.
 
          
Qu'avons-nous fait, mes tendres amis,
            mes compagnons, mes bien-aimés?
           Qu'avons-nous fait de cette vie,
           qu'avons-nous fait de l'infini?
 
         
 Il nous faut vivre sans frontières,
            sans peurs, sans craintes et sans limites;
           il nous faut vivre dans cette vie,
           il nous faut vivre l'infini.
 
          
Un instant d'éternité,
            calme et douce tranquillité;
            et vous voilà, inexistant,
            dans un pays hors du temps.

                

             Paul Pujol

  
      Ce chant sacré est né d'un silence insondable, comme une brise intemporelle, tel un trait d'énergie. Fait de mots anciens et nouveaux, construit par des notes inconnues. 

    Celui qui sait le chanter, découvre l'immensité et l'immobilité de l'esprit.

   

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Paul Pujol - dans textes paul pujol
5 novembre 2021 5 05 /11 /novembre /2021 09:08

 

 

Lors du dernier séminaire à Angoulême, nous avons réalisés

cet entretien au sujet du vide, du néant, et de l'acte créateur.

 

Cette vidéo se présente en deux parties, avec pour chacune, quelques indications écrites sur les thèmes explorés.

 

Nous vous souhaitons un bon visionnage.

 

Dans cette première partie de notre entretien, voici les différents thèmes qui ont été abordés : Le vide n’est pas le néant, ce n’est pas du tout du nihilisme. La fin véritable qui crée le vide, entraîne la naissance, la création d’autre chose, le vide est une terre fertile. Le désir d’ailleurs est le déni du présent. Quand l’esprit est calme, profondément en paix, il ne cherche plus d’expériences extraordinaires. Peut-on vivre autrement, avec un esprit méditatif, hors du temps ? Sans avoir aucun but, sans projection vers un avenir psychologique, et être sensible à la beauté de la vie ?

 

 

Dans cette deuxième partie de l’entretien, voici les différents thèmes explorés : Souffrir est considéré comme normal par la société. On consomme tout, le matériel et aussi le spirituel. Le désir d’expériences extrêmes et un désir d’anéantissement du moi. La flamme intérieure ne dépend de rien. La peur fausse toute action. La mauvaise compréhension du vide mène au néant. Quand quelque chose finit dans l’esprit, attendons un peu, restons dans cet endroit devenu libre, et laissons fleurir par elle-même une nouvelle action (sans

effort de la volonté).

 

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Paul Pujol - dans Vidéos
13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 15:42

 


  Curieux:
 

   Du latin curiosus " qui à soin de ". Soin, souci de quelque chose, origine liée au mot cure, et donc aux soins médicaux.
  Références:  Le Petit Robert de la langue française 2006, dictionnaire étymologique Larousse.
 


  Quelle belle définition du mot curieux, prendre soin de, ou avoir le soucis de.... Je voulais vous faire partager cette découverte.

   Il est intéressant de rappeler que Krishnamurti disait que dans un vrai dialogue, les participants devaient avoir le souci de l'autre.
 

   Je trouve ce rapprochement très beau, il faut être curieux de l'autre; autrement dit prendre soin et avoir le souci d'autrui. 
 
  N'est-ce pas cela la vraie relation?

 

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Paul Pujol - dans Etymologie