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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 21:26

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      Nous étions sur la route du retour, les voitures avaient presque toutes allumées leurs feux du soir, et la nuit allait bientôt prendre sa place dans les cieux. La route nous avait amenés sur un pont, fait de béton et d'acier, au dessous de lui une rivière scintillait telle une coulée d'or, le soleil couchant l'ayant prise pour miroir. Au loin, la montagne était devenue opaque, sombre, mystérieuse, et derrière elle l'astre du jour disparaissait lentement. L'œil pouvait observait l'étoile, qui d'instant en instant glissait, et sombrait doucement au-delà de l'horizon. Le ciel au dessus de la montagne était chargé de lourds nuages massifs et imposants, leurs masses de titans recouvraient un espace gigantesque, tout semblait petit et chétif à leur regard. Certains d'entre eux étaient accompagnés d'autres nuages, plus petits et plus discrets, ceux-ci n'étaient pas massifs et lourds, ils s'étiraient et s'étalaient en longs filaments vaporeux.

    Leur puissance ne résidait pas dans la pesanteur, ils étaient faits d'éther, à peine existant, et cependant ils étaient la vie.  

    

    Le soleil avait disparu à présent, seul une portion réduite du ciel était encore bleuté. Pourtant dans cette obscurité naissante, la lumière était encore là, elle se réfléchissait, incandescente sur la masse même des nuages. Ils étaient écarlates, pourpres, rouges flamboyants, ils irradiaient et possédaient en eux cette lumière de feu, cette couleur de fin du jour ; - l'espace du ciel en était devenu autre. L'immensité du ciel se résumait en un point, en un site, où la montagne, les nuages, la lumière du soir, étaient le pouls même du monde.

      La voiture avait dépassé le pont maintenant, et elle poursuivait sa route, les phares des automobiles filaient, tendus vers leurs buts. Chauffeur pressé de rentrer chez lui, fatigué, harassé par la vie et ses propres préoccupations, ne pouvant s'ouvrir aux splendeurs présentes. Le soleil d'un monde disparaissait, donnant naissance à une nuit nouvelle, claire et limpide, où un œil attentif peut voir d'autres mondes. Innombrables, infinis, que le calcul sans doute ne pourra jamais totalement répertorier. Espace illimité, comprenant tout ce qui est, où chaque monde est unique, sans second, différent de tout autre. Univers sans borne aucune, formidablement riche, généreux, comprenant les astres et l'homme pareillement ;

    - comprenant les monts inconnus, les forêts insondables, les milliards d'insectes, et comprenant l'homme pareillement.



    Le véhicule roulait tranquillement et son mouvement se confondait, inséparable, avec la course même de l'astre du jour, avec la rotation des galaxies, avec la naissance de soleils lointains. La voiture à présent s'était arrêtée, le mouvement de l'univers se poursuivait quand à lui, pulsation de vie et de mort, création et destruction. Cependant, l'esprit était autre, immobile, au repos, et doucement avec force et fureur, avec tendresse aussi, l'esprit fut au-delà même de l'univers. Dimension autre, engendrant tout, mais n'étant pas soi-même engendré ; créant le jour et la nuit, la chaleur et le froid, et étant toujours au-delà. Dimension au-delà de la plénitude et du néant, au-delà de la vie et de la mort, étant énergie totale ;- n'étant ni la forme, ni la non forme, étant énergie pure.

    La nuit régnait maintenant sur la terre, les oiseaux du soir et les chauves-souris avaient pris leurs envols. L'esprit était autre, différent, et le cri du hibou, était devenu son propre cri.

   


   Paul Pujol," Senteur d'éternité "

  Editions Relations et Connaissance de soi

  "La fin du jour", pages 101 à 103.    

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Paul Pujol - dans textes paul pujol