Présentation

Syndication

  • Flux RSS des articles

L'Eden....

Un arbre en feu.

La grâce de la beauté.

Ecole-de-Brockwood, le-Grove-et-les-environs.

Recommander

Une calme journée.

00040.jpg

L'Epanouissement intérieur 2/3

   
     
    
  

    Vous vous marierez peut-être, à l'église ou à la mairie, mais dans ces relations, y a-t-il une coulée continue de liberté réelle, dépourvue de conflits, de disputes, de senti­ment d'isolement, de dépendance - etc. ? Vous dites « non » ; mais pourquoi dites-vous non ? Je veux découvrir pourquoi vous le dites. Le direz-vous lorsque vous serez amoureux, et pendant la première année de votre mariage ? Direz-vous à ce moment-là qu'il n'y a en cela nulle sécu­rité ? Le direz-vous ? Ou faudra-t-il attendre quelques an­nées, cinq ans, ou une dizaine d'années, pour que vous vous exclamiez : « Oh mon Dieu ; il n'y a pas de sécurité du tout ! » ?

    Et aussi, vous devez découvrir si - dans ces relations d'insécurité, d'incertitude, tissées de peur, d'ennui, de mo­ments de joie, de répétitions - jour après jour, pendant dix, vingt, cinquante ans, on revoit le même visage - si dans ces relations, vous allez vous épanouir. Vous dévelop­perez-vous ? Serez-vous une entité extraordinairement belle, complète ? Et vous devez également découvrir si, lorsque vous « vous aimez » - ce qui est un mot bien souvent employé, galvaudé, déprécié - si, dans ce sentiment, vous allez fleurir.

   

    Élève. Il semble que quand nous nouons des relations avec quelqu'un, nous ne consacrons pas assez de temps à explorer, à découvrir si oui ou non ces relations sont source de sécurité ; il est bien possible, en effet, qu'elles se soient plutôt instaurées entre deux images.

 

    KRISHNAMURTI. Voulez-vous dire que nous avons des images les uns des autres - en tant qu'homme et que femme - et que, inhérentes à ces images, des conclusions s'imposent ? Des conclusions que nous voulons voir se per­pétuer.

 

    Élève. Ces relations sont par trop superficielles et nous n'avons pas le temps de découvrir ce qui est le vrai, de démonter l'image.

 

    KRISHNAMURTI. II faut fleurir; voyons-nous l'im­portance de cette nécessité ? C'est de cela que nous parlons tout d'abord, aujourd'hui. Avons-nous conscience de l'im­portance, de la vérité, de la réalité, de la beauté de cette nécessité - du fait qu'il faut s'épanouir. Et est-ce que les relations, telles qu'elles se poursuivent maintenant entre deux êtres humains, vous aident à vous épanouir ? C'est là un des points de notre enquête. Nous avons aussi dit que nous nous aimons. Est-ce que cet amour apportera sa sève à l'épanouissement de l'esprit humain, du cœur de l'homme, de ses qualités humaines ? Comprenez-vous ?

    Nous avions une autre question encore. Est-ce qu'être ici, à Brockwood, vous aide à croître, à vous développer, non pas techniquement, non pas en devenant un simple spécialiste dans tel ou tel domaine, mais intérieurement, 'psychologiquement, sous la peau, au dedans de vous ? Veillez-vous à ce que rien ne vous bloque, ne vous entrave, à ce que vous soyez non pas névrosé, déformé, mais un être humain complet, total, qui croît, s'épanouit ?

    Il nous faut donc nous demander maintenant qu'est-ce que l'amour ? D'accord ? Que pensez-vous que c'est ? II y a une difficulté là. Vous aimez vos parents et ils vous aiment. Du moins c'est ce qu'ils disent, et c'est ce que vous dites. Sommes-nous sur un terrain dangereux ? Le sommes nous ? La question est : vous aiment-ils 1

    S'ils vous aiment, ils feront tout pour que, depuis votre naissance, vous soyez déconditionné, que vous vous épa­nouissiez, parce que vous êtes un être humain, parce que vous êtes le monde. Parce que si vous ne fleurissez pas, vous êtes pris dans le monde, vous détruisez d'autres êtres humains. Si vos parents vous aimaient, ils veilleraient à vous donner une vraie éducation, qui ne tende pas seule­ment à vous impartir des connaissances techniques, à vous mettre en mesure de trouver un emploi, mais une éducation sur le plan intérieur, de sorte que vous soyez libre de conflit.        Tout cela est implicitement inclus dans la phrase : j'aime ma fille ou mon fils. Vous comprenez tout cela ? En d'autres termes, je ne veux pas que mon enfant devienne un homme d'affaires de premier ordre, qui gagnera beaucoup d'argent. Pourquoi faire ? Ni un merveilleux spécialiste - même si celui-ci peut être d'une certaine utilité de-ci de-là, extérieurement, en construisant de meilleurs ponts, en deve­nant un meilleur médecin, et tout ce qui s'ensuit.

    Ainsi, qu'est-ce que l'amour ? N'est-ce pas très im­portant de le découvrir ? Je vous en prie, ne voulez-vous pas en trouver le sens ? Vous avez sûrement observé les gens autour de vous, parents, amis, grands-mères - le monde autour de vous. Ils se servent tous du mot « amour ». Et pourtant ils se disputent, vivent d'émulation, sont prêts à s'entretuer. Vous suivez ? Est-ce cela l'amour ? Alors qu'est-ce que l'amour pour vous ?

 

    Élève. C'est quelque chose dont il est difficile de parler.

 

    KRISHNAMURTI. Que ressentez-vous ? Qu'est-ce que l'amour représente pour vous? Je suis sûr que vous l'évo­quez tous l'« amour », n'est-ce-pas ? Et beaucoup ! Alors qu'est-ce que cela veut dire ? Vous connaissez le mot « haine ». Vous en comprenez le sens. Et vous percevez la sensation de la haine, n'est-ce-pas - l'antagonisme, la colère, la jalousie - tout cela fait partie de la haine, n'est-ce-pas ? Et l'esprit de rivalité est aussi un élément de la haine. C'est vrai n'est-ce-pas ? Ainsi vous savez ce qu'on ressent quand on déteste et vous êtes tout à fait capable de décrire cette sensation. Et bien, l'amour est-il le contraire de la haine ?

  

     Élève. Les sentiments sont opposés.

  

     KRISHNAMURTI. Alors, pouvez-vous porter les deux dans votre esprit, dans votre cœur - la haine et l'amour ? Poursuivez cette question, cernez-la ! Éprouvez-vous de tels sentiments, la haine et l'amour ensemble ? Ou pas ensem­ble ? L'un, resserré dans un coin et l'autre, circonscrit dans un autre. Je hais quelqu'un et j'aime quelqu'un d'autre. D'accord ? Mais si on porte l'amour en soi peut-on exécrer quelqu'un ? Peut-on tuer des gens, lâcher des bombes et faire toutes ces autres choses qui se produisent dans le monde ?

    Ainsi, retournons à notre première question. Est-ce que nous sentons, nous qui donnons et qui recevons l'éducation ici, est-ce que nous voyons tous qu'il est de la plus haute importance, qu'il est indispensable, que chaque être humain, chacun d'entre nous, croisse et s'épanouisse - n'accédant pas simplement à la maturité physique, mais mûrissant pro­fondément, intérieurement ? Si vous n'en êtes pas conscient, alors à quoi sert tout ce que nous faisons ? A quoi sert l'éducation ? Réussir à quelques examens et décrocher un diplôme, avec un peu de chance trouver un emploi, créer un foyer - est-ce que tout cela vous aidera, aidera chaque être humain, chacun d'entre vous à fleurir ?

   

    Si vous étiez ma fille ou mon fils, c'est là la première chose dont je vous entretiendrais. Je dirais, regarde, regarde autour de toi, tes camarades d'école, les voisins - vois ce qui se passe autour de toi, pas à travers les verres de ce que tu aimes ou n'aimes pas, mais regarde tout simplement ce qui est. Vois exactement ce qui se passe, sans déformation. Les couples mariés sont malheureux, se disputent, se heur­tent sans fin, tu sais bien tout ce qui se passe. Et l'adoles­cent et l'adolescente ont aussi leurs problèmes. Et vois la division des gens en races, en groupes - groupes natio­naux, clans religieux, chapelles scientifiques, associations d'affaires, écoles artistiques - tu suis ? Tout est scindé. Est-ce que vous voyez cela ? Si oui, la prochaine question est la suivante : qui a tout fragmenté ainsi ? Suivez-vous ? Ce sont les êtres humains qui ont fait cela. C'est la pensée qui l'a fait. La pensée qui dit : « je suis catholique », « je suis juif », « je suis arabe », « je suis musulman », « je suis chrétien ». La pensée à créé cette division. Ainsi, la pensée, de par sa nature même, de par son action même, est, on le constate, principe de division, source de morcel­lement. Voyez-vous que la pensée provoque obligatoirement la fragmentation, non seulement en dedans de soi, mais aussi extérieurement ? Cela vous paraît trop difficile ?

   

    Je vous demande : voyez-vous vraiment le fait que la pensée, de par sa nature et son activité, ne peut qu'engen­drer le fractionnement ? Et si, comme vous le dites, vous le voyez, l'appréhendez-vous comme étant un fait, ou ne per­cevez-vous que l'idée. Vous suivez ?  

    Est-ce une idée ou est-ce un fait ?

   
    Élève :
C'est une idée.

   
    KRISHNAMURTI. Pourquoi en faites-vous une idée ? Je vous dis : regardez autour de vous, les guerres, la ter­reur, les bombes, la violence et, dans chaque maison, une perturbation constante dans les relations - la société com­pétitive, la société commerciale - tout cela vous apparaît-il aussi concrètement que cette table ? Ou est-ce une abstrac­tion que l'on appelle une idée ? Et si c'est une idée, pour­quoi avoir ainsi transformé ce qui est manifestement un fait ?

  

     -Élève. Peut-être la pensée est-elle limitée en raison de la structure au sein de laquelle elle fonctionne. Elle prend des choses du passé et les compare à d'autres choses.

   

    KRISHNAMURTI. Pourquoi la pensée est-elle en elle-même fragmentaire, fractionnée, limitée ? La pensée en elle-même - pas seulement ce qu'elle crée. N'est-elle pas issue du temps ? Observez-la, découvrez ! La pensée est le produit de la mémoire. Bien évidemment. Vous voyez cela.




 J.Krishnamurti, L'Epanouissement intérieur.
Dialogue avec les étudiants et le personnel de Brockwood Park Scholl en Angleterre.

Association Culturelle Krishnamurti, France 1982. Krishnamurti Foundation Trust, Londres 1977. 
 

 

 

 

 

   

 

 

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés