Présentation

Rencontre au mois d'août 2010.

Pendant les rencontres internationales de Mürren en Suisse, du 31 juillet au 14 août 2010.

LA MONTAGNE.

 

Suisse: Semaine Krishnamurti francophone du 7 au 14 août 2010. 

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Jeudi 8 juillet 2010 4 08 /07 /2010 23:14

                                                                                                                            
                                                                     
 Texte écrit le samedi 2 juin 2007

  

   Suite à notre réunion où nous avons abordé le sujet de la méditation, je me permets d'apporter cette vision ; car le sujet est important, et il me semble que nous avons différents malentendus entre nous.

  Tous d'abord, qu'est-ce que la méditation ?

  L'origine étymologique est connue de tous, il s'agit « de sous-peser, de peser les choses, de les évaluer en profondeur », en quelque sorte mener un examen attentif concernant un sujet.

  Donc il y a une démarche de compréhension, de perception de ce que l'on observe, n'est-ce pas ? Concernant une prison mentale par exemple, pourrait-on dire que quand la perception est vivante, elle met fin à la prison ; et comme nous l'avons vu ensemble, alors cette fin, cette mort donne naissance à quelque chose d'autre.

  La démarche de « la connaissance de soi », met fin aux conflits, aux tensions internes, de cette fin naît véritablement l'ordre dans la maison du mental. Alors quelle est maintenant le mouvement de la méditation, la prison n'est plus, mais alors c'est toute l'exploration de la  Liberté, et en cela l'esprit aborde la dimension profondément religieuse de notre vie.

  L'ordre est là, l'énergie qui était dépensée depuis toujours pour mettre de l'ordre, cette énergie se trouve donc totalement disponible.

  C'est comme le mouvement non pas dans l'infini, mais le mouvement de l'infini lui-même.

 

  L'infini, cela veut dire ne pas avoir de fin ; et s'il n'y a pas de fin, excusez-moi, cela ne veut-il pas dire qu'il n'y a pas de début ? Donc la Liberté commence-t-elle vraiment un jour ?

 

  Cela me paraît très important, excusez-moi d'insister un peu. La Liberté débute-elle véritablement ? Ce qui est certain, c'est que la prison, elle, finit, si on voit directement un danger, on s'écarte de cela. On voit le non-sens total des croyances, véritablement, aussi clairement qu'une montagne, alors l'attachement aux croyances cesse, et tous ces systèmes n'ont plus aucune prise sur l'esprit. Cela est fini, pour toujours !

  Pouvons-nous observer quelque chose, s'il vous plaît? Ce qui est né, cela peut également finir n'est-ce pas ? Les croyances existent parce qu'il y a des causes qui les ont engendrées, elles ont une origine, et ce qui a une cause peut subir un effet. Voyons-nous bien ce que nous disons ici ? 
 

  Une cause est une condition d'origine ; la croyance est liée aux traditions religieuses, à la culture, à l'environnement social. Les croyances sont le résultat de la pression exercée par l'extérieur, elles sont conditionnées par l'histoire de l'humanité! 
 

  Si nous disons, «  non-merci je ne veux pas de ces traditions, très peu pour moi. Aucun de ces dieux ne m'intéresse, je vous en prie ! » Si l'esprit s'arrache vraiment aux religions, existe-t-il encore quelques croyances ? Mais alors est-ce la Liberté qui commence ?

  Ou bien est-ce simplement la fin d'une illusion, et par cela l'esprit accède au réel. C'est la découverte de cela, mais la fin de l'illusion n'a pas créé le réel.

 

  Par la fin du temps, se révèle l'Intemporel.

 

  La Liberté ne commence pas, elle est sans cause aucune.

 

  Il me semble que le mouvement de la méditation, c'est toute l'exploration de ce vaste continent ; et en cela aucune halte ne peut exister, car il n'y a personne pour faire cette halte.

  Seul existe ce mouvement sans fin, cette énergie sans limite. Excusez-moi encore d'ajouter ceci, l'énergie pure est sans ordre aucun, la liberté n'a aucun plan, ni tracés prédéfinis.

 

  Cette Vérité n'a donc absolument aucun chemin d'accès.

  Mais alors, qu'est-ce donc que tous ces exercices ? Qu'est-ce donc que la méditation des traditions religieuses, principalement orientales ?

  Il existe différentes méthodes, selon les écoles et les maîtres en vigueur ; il n'y a pas une méditation, mais il y a de très nombreuses formes d'exercices, tous très différents, du plus simple au plus complexe. Du plus beau au plus torturé, il existe même certaines mortifications.

 

  Pourrions-nous déjà ne pas appliquer le terme de méditation à toutes ces choses ? Car nous essayons d'avoir une approche nouvelle de tout cela, donc peut-on ne pas employer le mot méditation pour tous ces exercices ? Pourquoi faire cela? Pour simplifier et démystifier toute cette fantasmagorie !

  Maintenant peut -on apprendre cela, sans adhérer de nouveau à une croyance, et sans se soumettre à une autorité ? Il existe le hata yoga, le yoga physique, où normalement très peu de croyances existent. Si on vous propose par exemple une « méditation » sur une divinité, cela sous-tend que vous devez accepter la possibilité de son existence, et vous voilà repartis dans un système de croyance.

  De même, si on sous-entend qu'il vous faut être initié par un maître authentique, car celui-ci vous donnera l'énergie pour que la « méditation » soit opérationnelle, vous devenez dépendant de ce maître. Et par cette personne, par votre soumission, vous vous rattachez à toute la lignée de gurus dont il se réfère. Par cette action vous êtes lié, et vous devez le respect, de là fleurissent les prosternations et les génuflexions devant des images d'idoles au début, puis bien vite devant des personnes.

 

  Au-delà de ces formes d'asservissement, existe-t-il des exercices utiles, où des jeux mentaux qui permettent de voir ce qu'est notre mental, ce qu'est notre pensée ?

 

  Il est évident que si l'on n'a jamais observé son esprit, on ne peut le comprendre ! Peut-on parler du mouvement des pensées, sans jamais l'avoir observé une seule fois?

 

  Là, nous restons dans quelque chose de sain, de non-corrompu. Donc il est important d'observer son esprit, de le regarder attentivement, comme dans l'origine étymologique du mot méditation.

  Simplement observer le mouvement des pensées, voir comment elles arrivent dans l'esprit, comment elles se pressent les unes les autres. Prendre conscience de ce mouvement incessant, l'observer  et voir que c'est nous, l'esprit qui alimente ce flux. Là dans cette observation, on remarque que si on regarde de manière neutre,  en prenant de l'espace, ce mouvement se fait moins impérieux, et si on commente, les pensées affluent à nouveau très rapidement.

  Donc on prend conscience de ce mécanisme, alors on cesse d'alimenter ce mécanisme, et l'on voit le mouvement des pensées se tarir de lui-même sans effort. Dans cette action existe un espace différent, où les pensées sont moins dominatrices, et dans cet état apparaît alors une quiétude nouvelle, une tranquillité profonde.

  Donc on prend conscience de ce calme profond qui existe au-delà des pensées, on l'explore tranquillement. Il n'y a rien de mystique dans cela, c'est comme l'inspiration et l'expiration de l'air dans les poumons, il y a pensées et il existe également absence de pensées.

  Bientôt, on trouve plus rapidement ce calme profond, il devient intime et familier, mais si l'on est intègre, alors on n'accorde plus aucune importance à ce calme même. On ne s'attache pas à cela, et l'on demeure dans le silence.

  Là dans ce grand calme, une pensée peut advenir, cela n'a pas d'importance, car elle meurt aussitôt, on oublie même le calme et le silence ; alors on découvre quelque chose de très très différent, une qualité de présence autre, quelque chose de profondément immense.....

 

  Excusez-moi pour cette description, mais avec de l'entraînement beaucoup de personnes connaissent ces états, et alors..... ?

  De cela surgit-il une compréhension, une vision pénétrante de l'esprit ? Cela amène-t-il l'esprit à se déconditionner ? Il me semble que tous ceci « est » plutôt une décontraction profonde, ou plutôt une relaxation très profonde, cela donne du bien-être ; mais pourquoi vouloir lui attribuer une valeur « spirituelle » ?

  C'est comme le Yoga, cela est  bon pour le corps, pour sa santé, mais de là à dire «  faite du yoga, et vous progresserez dans la connaissance de soi, vous vous rapprocherez du divin ».

 

  Mais il y a du danger dans tout cela, car ce grand calme profond, l'esprit peut en faire son jouet. Cet état peut devenir objet de désir, de plaisir ; car en fait, c'est plutôt bon, n'est-ce pas ?

  Je pense qu'à une époque récente, ou peut-être encore de nos jours certaines personnes expérimentent des choses proches en prenant des drogues ; cela est plus expéditif, mais assez similaire.

 

  Si l'esprit n'était pas puéril, il ne transformerait pas tout ceci en recherche de simples sensations. En slogans vite trouvés, et vite devenus propagandes.

 

  La relaxation profonde existe, mais le terme de « méditation » n'est pas approprié, n'est-ce pas ?

  Ce qui est certain c'est qu'il ne peut exister de méthodes ou d'exercices, qui puissent amener à l'éveil. La Liberté ne peut avoir de causes, cela ne peut-être le résultat d'une action mécanique, même subtile.

 

  Tout cela me parait très important, afin de ne pas retomber dans le même monde de traditions et religions créè par l'homme, cela ne veut pas dire que nous n'avons pas de respect pour les personnes qui sont dans ces pratiques. Ce n'est pas par arrogance ou mépris que nous disons cela, c'est l'injonction de la vérité qui nous demande d'observer cela, sans jugement aucun, mais avec lucidité et équité.

 

  Excusez-moi messieurs et mesdames, mais nous connaissons tous quelqu'un qui est allé au-delà de tous cela, au-delà de ces systèmes, de ces traditions et de toutes ces autorités.

  Pourrions-nous éviter de retomber dans le monde des limitations, cela n'est sûrement pas lutter contre quelqu'un ou quelque chose ; mais dire simplement ce qui est,  l'apparence de la vérité n'est pas la Vérité. Une partie de la vérité n'est rien, la totalité de l'existence se doit d'être éclairée par cette vérité.

  Voyons bien, le yoga ou les relaxations profondes peuvent peut-être avoir leurs utilités, mais cela reste au niveau de la connaissance mécanique de la pensée. On peut voir les pensées arriver et aussi les voir mourir, on peut constater qu'il peut exister un silence au-delà de ces pensées.

  Un calme profond peut être dans l'esprit quand celui-ci n'est pas submergé par le mouvement du mental.

 

  Mais l'esprit peut se fourvoyer dans cette action, il peut en faire maintenant une recherche de plaisir, une volonté de rester dans cet état de quiétude. L'esprit puéril peut très bien en faire son jouet, « quel plaisir quand je suis dans cet état, quelle paix » et l'on compare cela à notre vie quotidienne qui est exsangue de toute cette paix.

  Donc, cette relaxation profonde devient le stimulant de notre vie, sans cet exercice, ma vie n'a plus de sens. N'est-ce pas ? Bien des gens, ces fameux pratiquants de toutes sortes, dès que l'on ose mettre en question leur pratique, on voit dans leurs regards la peur et le désarroi; et parfois même arrive rapidement un sentiment de grande violence.

 

  L'esprit pratique depuis très longtemps toutes ces techniques, l'Asie est devenue pour certains la spécialiste de toutes ces choses. Mais puis-je poser une question et demander une observation honnête et sincère de tous, dans tous ces exercices, y a-t-il apparition de la vision pénétrante, y a-t-il déconditionnement de celui qui observe ?

  Comme dans les phénomènes de visions extatiques, si on regarde vraiment ce qui se passe, avec sincérité, y a-t-il compréhension profonde ?

 

  Ne serait-ce pas des sensations, simplement des sensations, des expériences comme d'autres expériences, ni plus, ni moins.

  Dans ces états provoqués - car ils sont provoqués, n'est-ce pas ? - sincèrement, il y a très peu de vision pénétrante, de Libération et de déconditionnement ; cela serait trop simple, il est tellement facile de vivre ces états, avec de l'entraînement de très nombreuses personnes peuvent arriver à vivre cela.

 

  Autre chose, il me semble que tant qu'il y a un sentiment de plaisir, ou de quiétude, véritablement c'est que l'esprit n'est pas en silence. Dans une décontraction profonde, très profonde, il n'y a plus de notion de bien être ou de plaisir, il y a le silence et absolument rien d'autre. Il faut être vigilant, et ne pas verbaliser ou chercher à définir ce contact.

  Le silence véritable, existe quand l'esprit est totalement immobile!

 

  Il me semble sinon, que nous repartons avec toutes ces vielles choses que l'homme a inventées, pourquoi pas repartir dans une grotte en Himalaya ?

  Il ne s'agit de mépriser, ou de dénigrer qui que se soit, un homme qui donne sa vie pour étudier la religion est tout à fait respectable ; mais respecter ne veut pas dire se soumettre, ou accepter, nous pouvons dialoguer avec amitié et affection avec tout homme, quel qu'il soit, moine asiatique, prêtre Occidental ou autre.

  Car c'est avec l'homme que nous parlons, pas avec sa fonction, ou son statut social ; en fait ce n'est pas un moine ou un prêtre, c'est simplement un homme comme vous et moi. Un être humain en proie à la souffrance de ce monde, comme tout un chacun.

 

  Dire que les religions qui enseignent « la méditation » sont différentes des autres religions, c'est évidemment une erreur, et penser que l'Orient connaît bien mieux tout cela, c'est d'un tel lieu commun.....

  Elles ont tracé les chemins qui mènent à la libération, avec certitude et affirmation ; si vous faites cela, vous progresserez et vous verrez bientôt le très-haut en face à face ! Qu'y a-t-il de nouveau sous le soleil des hommes ? Ou est ce sentiment de neuf, de quelque chose qui est bien au-delà des inventions humaines ?

  Peut-on mettre l'innommable en mots ? Peut-on enfermer la Liberté dans des systèmes de pensées, dans des tracés bien aplanis par ceux qui savent ?

 

  Krishnamurti n'a-t-il pas existé, n'a-t-il pas indiqué la folie de toutes ces méthodes ?

 

  Nous ne comprenons pas bien ce qu'il veut nous indiquer, et nous ne savons pas rester avec cette non-compréhension, n'est-ce pas ?

  Nous sommes gênés de ne pas saisir ce qu'il nous dit, alors nous allons voir d'autres personnes, des spécialistes du genre, et nous leur demandons ce qu'est la méditation ; alors les explications traditionnelles reviennent, cela nous rassure et de ce fait nous perdons la lumière de la Vérité.

  Pourquoi ne pas rester avec cette non-compréhension, cela est notre réel, je ne comprends pas ce que veut dire cet homme ! Tant pis, mais je ne m'endors pas, je reste avec cette présence, ce fait. Je ne lutte pas avec mon état, je suis conscient que je ne saisi pas vraiment.

 

  Cela, c'est la Vérité, je ne sais pas ce qu'est la méditation ! Voilà le fait, concret, comme la souffrance et la peur. Mais cette même Vérité m'indique aussi que ce n'est pas dans les trucs proposés par les religions ou les sectes, que se trouve cette chose que je ne saisis pas.

  Cette méditation doit avoir un parfum de Liberté, comme l'essence de la religion véritable !

  Depuis deux mille cinq cents ans ou plus, l'Inde et l'Asie pratiquent ces méthodes, ces continents sont-ils foncièrement différents d'autres continents ? N'y a-t-il pas aussi des guerres, des violences, qu'elles soient politiques ou religieuses ?

 

  L'esprit humain est le même, qu'il soit Hindou, Chinois, Européen ou Américain ; quelle que soit sa religion, l'esprit n'a pas changé. C'est une Réalité qu'il nous faut voir très concrètement, l'Orient a des traditions spirituelles et religieuses, mais qu'ont-elles fait du sacré ?

  Une suite de rites, des textes sacrés, une hiérarchie bien précise, et une foultitude de techniques et autres méthodes méditatives. De très nombreuses écoles de pensées et de philosophies, mais est-ce différent à travers le monde ? D'autres religions n'ont pas la méditation, mais elles ont la prière, et dans les deux cas maintenant on parle également d'avoir foi, dans les textes et dans les enseignements.

 

  Donc la Vérité me montre tout cela, tout ce que n'est pas la méditation ; donc j'élimine le faux, je me débarrasse de ces fardeaux inutiles ? C'est très important, le faux doit bien être perçu pour le faux ; il peut y avoir une part de vérité dans ce que disent ces religions, mais une partie n'est pas le tout ! Voyons bien cela, ce n'est pas parce qu'il y a des aspects justes dans une croyance, que la croyance elle-même est Vérité.

  Un fou peut bien vous donner l'heure exacte, ou bien vous indiquer le bon chemin pour aller à la gare, il n'en est pas moins fou. Ce n'est pas parce qu'il dit vrai dans un domaine restreint, un domaine précis, que sa vie et son esprit sont dans la Vérité.

 

  Donc au fur et à mesure de mon observation j'apprends, je vois ce que n'est pas la méditation, et je vois qu'il y a un rapport étroit avec la Vérité.  Je perçois très bien que la vérité doit éclairer toute la vie, doit toucher la totalité de l'esprit.

  Un éclairage particulier doit être en relation avec d'autres éléments ; par exemple, qu'est-ce que la relaxation profonde ? Y a-t-il en cela une dimension du sacré, du religieux ? Pourquoi les religions sanctifient-elles ces actions, comme la méditation ou la prière ?

 

  Les religieux accordent une grande importance à tout ce cirque, parce qu'ils estiment que c'est par ce biais que l'homme est en contact avec le divin, c'est cela n'est-ce pas ? C'est par ces moyens que l'homme pense être en contact avec l'autre monde, avec le non-né, l'inconditionné !

  Donc l'homme veut entrer en contact avec quelque chose de plus grand que lui, mais pourquoi cela ? Pourquoi cette volonté, ce désir universel ?  

  Ne serais-ce pas parce que la vie lui parait insignifiante, dénuée de tout sens, injuste et cruelle ? Si la vie se réduit à cette immense souffrance, quelque chose ne va pas, ce n'est pas possible ! Il doit exister autre chose, quelque chose que je ne perçois pas, mais il doit exister autre chose, et ainsi naît l'espérance dans le cœur des hommes.

  De cette espérance découlent alors toutes les affabulations créées par l'homme, Dieu, le diable les anges et tous les saints, tous les sauveurs du monde Bouddha, Jésus et tant d'autres ; et selon les cultures le nirvana ou le paradis, mais surtout après la mort.

  Tout ce mouvement vient de la perception du non-sens de la vie, mais surtout de la peur devant ce non-sens. C'est bien la peur de la vie qui anime toutes ces traditions, jamais elles ne se penchent vers la cause première ; pourquoi l'esprit ne trouve-t-il pas de sens à la vie ?

 

  Pourquoi se fait-il que l'esprit trouve sa vie insignifiante, sans aucun sens, sans justice ?

 

  L'homme voit que la vie est une suite de grandes souffrances, il y a une grande insécurité dans ce monde. La maladie peut m'emporter, on peut me licencier du jour au lendemain, mon amour pour ma femme peut tarir, elle peut également me quitter pour un autre ! Il n'y a rien de certain, de durable, et puis il y a la grande violence des hommes envers les hommes, tellement de guerres, de tueries. Comment cela peut-il cesser à tout jamais ?

 

  Peut-on mettre fin à cette immense Souffrance humaine, définitivement ?

 

  Voilà, la Vérité me mène à cette question cruciale, et je perçois que tout le mouvement de l'humanité tourne autour de cette interrogation !

  Donc la méditation me guide vers le fait que l'être humain est en grande souffrance depuis toujours, et je vois qu'aucune religion ou autre construction mentale de l'homme n'a pu amener la fin de cette souffrance. Par cette perception, je constate l'inefficacité de toutes les constructions mentales élaborées par l'homme.

  Je vois parfaitement que tout cela n'a servi à rien, alors dans un éclair de vision pénétrante, l'esprit se déleste de toutes ces choses.

 

  Maintenant existe un silence total, aucune théorie ne subsiste dans l'esprit ; alors quand la souffrance se fait jour, on la regarde directement, sans un seul mot, on fait corps avec elle.

  On apprend à la découvrir, par-là on voit que la peur a cessé d'exister. Quand on voit directement quelque chose, la peur ne peut s'immiscer dans un intervalle entre celui qui observe et l'objet observé, donc la peur a totalement disparue.

  Cela est très important, car la peur empêche de voir directement et simplement l'esprit tel qu'il est.

 

  Maintenant, la Vérité me révèle une perception active qui est au-delà des mots et des théories de l'homme. Dans cette perception, j'observe sans peur cette souffrance, je suis avec elle, je ne m'en sépare jamais ; mais je l'examine et je laisse un espace afin de ne pas être emporté de manière quasi mécanique par son mouvement, donc un espace d'observation se crée.

  Dans cette dimension, qui est un espace au-delà de la pensée, dans cette Liberté, alors vient la compréhension du danger. Voir un précipice, c'est s'en écarter de manière très rapide, sans intervention de la pensée.

  Comprendre que la souffrance n'est pas une fatalité, mais une création de l'homme, c'est voir et comprendre qu'il y a des causes qui l'ont engendrée, c'est également voir tous les effets terribles qui sont produits par son existence.

  S'il y a des causes, alors ce qui est peut finir par la surpression de ces mêmes causes, ce qui est créé peut finir ! Alors dans cette perception, l'esprit décide impérieusement de mettre fin à cette souffrance, et déjà un autre mouvement s'anime dans l'esprit, dans le cerveau.

 

  Alors on découvre que la méditation est là, c'est le fait de rejeter toutes les valeurs des hommes, toutes ces constructions mentales, c'est cette action qui met en œuvre ce silence immobile. C'est par cette action de Liberté, que vient la perception et la compréhension,  alors la méditation découvre le réel.

  Dans cette découverte, par l'action de la Vérité, la réalité se transforme alors totalement.

  C'est cette Vérité qui met un terme à la Souffrance, ce mouvement met chaque chose à sa place ; alors l'ordre advient, et dans cet ordre nouveau, la méditation aborde un autre rivage.

 

  Les conditionnements sont tombés, plus aucune croyance ne subsiste, aucun système pour toucher au divin ne demeure dans l'esprit, plus aucun mouvement, plus un mot, aucune pensée.

 

  Vivre dans ce silence,  ne plus avoir quelque chose à comprendre, ne plus avoir de chaînes à démonter ; ne plus avoir d'action à faire, être seul face à ce silence insondable.

  Être attentif à ce qui est, voir la fenêtre et le monde au dehors, les arbres et entendre le chant des oiseaux. Sentir le vent souffler, et soudain être hors du monde.

 

  La méditation est l'action d'ouvrir la porte, ensuite le sacré peut nous rendre visite, mais qu'il vienne ou pas, qu'importe aucun attachement ne doit tenir la lumière de l'esprit.

 

  S'il vous plaît, je vous en prie cher amis, ne réduisons pas notre démarche à des choses très banales et mondaines, ne pouvons-nous pas nous élever au-dessus des idéologies et pratiques humaines ? Gardons haute notre étude de l'esprit, soyons subtiles et attentionnés dans notre démarche !

 

  Je vous remercie encore pour tous nos échanges et ces rencontres, puissions-nous avoir une démarche saine et vivifiante pour l'esprit.

  Veuillez m'excuser pour la longueur exceptionnelle de ce message, mais le sujet est des plus importants, n'est-ce pas ? Si nous ne prenons garde nous risquons de perdre quelque chose de très précieux.

 

  Veuillez recevoir toute mon affection et mon amitié très cher amis.

 

  Paul Pujol.



Extrait de "Correspondances", échanges de mails avec le groupe d'étude Krishnamurti de Genéve. 

Par Paul Pujol - Publié dans : Textes de Paul Pujol
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Vendredi 25 juin 2010 5 25 /06 /2010 16:37

 

  Je tenais à vous informer de l'actualité autour de publications concernant J.Krishnamurti.


 Le monde des religions
  En premier lieu, vous pouvez trouver dans la revue "Le monde des religions", de Mai/juin  2010; une présentation assez complète sur cinq pages de Jiddu Krishnamurti.

  Exposé réalisé par Andrée Maman, médecin, impliquée dans différentes activités autour du yoga en France.

 

 

 

Amour,sexe et chasteté
 

 

  Les Editions Stock viennent de publier " J.Krishnamurti. Amour, sexe et chasteté ". Extraits de causeries, presque toutes inédites en français. On peut s'interroger sur ce titre accrocheur avec le mot "sexe", mais la couverture du livre est assez sobre et cela gomme ce qui pourrait paraître racoleur.
 

 

 Les Presses du Châtelet prépare pour septembre 2010, la réédition de la biographie sur K. réalisé par Pupul Jayakar. Biographie que beaucoup d'entre-nous cherchaient en vain, car épuisée depuis longtemps. Donc très bonne nouvelle pour tous les passionnés.
  Pupul Jayakar décrit le point de vu Indien naturellement, mais c'est un excellent document qui sert de complément aux autres biographies existantes....
  On peut féliciter les Presses du Châtelet pour cette réédition.
 


  Voilà l'actualité autour de J.Krishnamurti est assez vive en ce deuxiéme semestre 2010, avec tous ce matériaux nous avons de quoi lire et étudier.....
 

Par Paul Pujol - Publié dans : A propos de Krishnamurti
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Vendredi 11 juin 2010 5 11 /06 /2010 15:54

                                          

 

 Pour le rêveur, le rêve est très réel, il n’existe que cela.

 

 Le rêveur n’est pas séparé du songe ;

 en fait le rêveur « est » le rêve, et le rêve « est » le rêveur.

 

 Le contenu de l’esprit « est » l’esprit lui-même.

 

 De même, celui qui vit dans l’illusion n’est pas séparé de cette illusion ;

 il « est » l’illusion elle-même.

 

 

 

  Paul Pujol, texte écrit le 19 novembre 2006.

Par Paul Pujol - Publié dans : Textes de Paul Pujol
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Dimanche 6 juin 2010 7 06 /06 /2010 13:52

 

 

  Cette personne devait être un général ou un colonel d’armée, nous ne savions pas très bien, en tout cas c’était le chef hiérarchique de cette base militaire du sud du pays.

  Il était entouré de ses trois assesseurs, également des gradés, mais situé certainement en dessous dans cette même hiérarchie.

  Ils avaient fait venir ce tout jeune homme, qui avait à peine vingt deux ans, et ils se trouvaient tous là dans cette pièce, pour réaliser à leurs yeux un acte solennel et officiel.

 

  Le jeune homme était arrivé il y a peu de temps, et il avait refusé d’obéir à tout ordre, il avait naturellement décliné l’uniforme, le coiffeur et tout le système de conformité qui était imposé. Mais il y avait un souci, car dans ce pays et à cette époque, cela était obligatoire et cela faisait force de loi.

  On était totalement conscient de ces éléments, cependant il était hors de question de porter tel ou tel habit, ainsi que de prendre une arme et d’en apprendre son fonctionnement. Tout cela avait été décliné sans agressivité d’aucune sorte, mais avec une grande fermeté.

 

  Naturellement cette attitude ne pouvait être tolérée, et le jeune homme se trouva emprisonné, ce qui restait logique dans ce système établi. S’il y a des règles, il y a des sanctions pour ceux qui dérogent à ces mêmes règles, aussi il n’y eu pas de surprise quand cela arriva.

  Mais cette personne avait une raison personnelle, privée, et elle devait sortir rapidement de cet emprisonnement. Aussi la décision fut prise de cesser de s’alimenter ; en fait, le jeune homme refusait toute collaboration, même la plus minime. Il faut bien comprendre que cela se réalisa sans aucune tension, sans frictions, simplement, il disait « non merci » à tout ce qu’on lui présenté.

  Même à un statut officiel «  d’objecteur de conscience », c’était la case attribué aux personnes comme lui, et cela aussi fut refusé.

 

  Bien évidemment, ce comportement ne pouvait être toléré, dans ce lieu de discipline et de soumission.

  On mit donc cette personne en isolement, mais cela ne posa aucun problème. Le jeune homme était serein, tranquille, et les autres personnes ne montraient en fait que de la gêne ; mais pas une seule fois de la violence ou de l’énervement ne s’exprima.

 

  Cela durait depuis une semaine ou deux déjà, et pour la hiérarchie c’était intolérable.

 

  Alors ils firent venir cette personne dans le bureau du plus haut gradé de ce lieu militaire.

Ils étaient tous là, avec aussi un simple soldat qui avait escorté le jeune homme jusqu’ici. Le haut gradé pris alors la parole, il expliqua le pourquoi de cette réunion, c’était une démarche officielle prévue dans les cas de désobéissance caractérisée.

  Il nous dit, qu’il allait nous demander par trois fois de se soumettre aux ordres, c’était la procédure, et les trois autres gradés subalternes servaient de témoins, afin de valider l’exactitude de la dite procédure.

  Nous l’écoutions sans dire un mot, une fois sa présentation faite ; il prononça, comme au théâtre, trois fois son injonction, il est évident que nous ne répondîmes même pas, seul le silence suivi ses demandes répétés.

  Il nous regarda, puis s’adressa aux trois autres individus, il dit « messieurs, vous être témoins ? Nous sommes tous d’accord ». Nous trouvions cette mise en scène un peu ridicule, mais toutes ces personnes semblaient y tenir énormément.

 

  Le chef s’adressa au jeune homme alors de manière moins officielle, et moins procédurale ; il indiqua que cette décision d’insoumission nous suivrait toute notre vie, nous empêchant d’accéder à certaine fonctions, par exemple administratives. Il parla aussi du jeûne entamé, et indiqua qu’il pouvait y avoirs des séquelles physiques importantes et invalidantes.

  Ce n’est pas qu’il était prévenant, ayant le souci de votre santé ; il cherchait juste à faire peur, ses réflexions étaient plutôt des sortes de menaces, des mises en garde concernant un sombre avenir.

  Le jeune homme pris alors la parole, et demanda au général d’armée s’il se rendait compte de ce qu’il disait, de la violence insensée de ses propos. La conclusion de cette expression fût « monsieur, sincèrement je préfère être à ma place, plutôt qu’à la vôtre ».

  Un silence gêné s’installa, on s’entendait presque respirer ; puis un geste fût fait vers le simple soldat pour qu’il nous fasse sortir et nous ramène en cellule.

 

  Toue la société se présente comme une succession d’institutions qui essaient d’asservir l’homme. Le but de ces mécanismes est de rendre l’homme conforme aux attentes de cette société; il faut être soumis à la religion, à la morale sociale, à l’armée, au politique, soumis au schéma qui s’étant aussi dans le domaine privé.

  Ce très jeune homme était confronté, comme d’autres, à toutes ces pressions extérieures, religieuses, privées, administratives ou autres….Pour vivre en communauté, il est nécessaire d’avoir des règles et des lois ; sinon l’anarchie est là et chacun vit selon son plaisir et son désir. Par contre quand ses règles de vie commune, s’étendent à notre manière de voir la vie, quand elles veulent nous contraindre à penser de telle ou telle façon, là le chaos est dans le monde.  Il s’en suit que chacun choisit un camp, chrétien, bouddhiste, français ou allemand ; chacun choisit sa case de conformité, et le désordre court, la fragmentation de la société se met en place.

 

  Les hommes se brutalisent, s’entretuent, le frère contre le frère, le fils contre le père, ne voyons-nous pas toute cette folie ?

 

  Il nous faut absolument et totalement être libre, cela ne veut pas dire «  faire ce qui me plaît », car « ce qui me plaît » est le conditionnement que la société m’a inculqué, n’est-ce pas ?

 

  Etre libre, c’est être totalement seul, insoumis, et responsable de l’état du monde.

  Etre insoumis, totalement insoumis, c’est être hors du monde des hommes.

 

  Celui qui demeure seul, entier, est imperturbable comme un roc ou une montagne.

 

  Alors véritablement, un autre mouvement naît dans l’esprit, un mouvement sans fin, insondable.

 

 

 

  Paul Pujol, texte écrit le 1 juin 2010.

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Dimanche 6 juin 2010 7 06 /06 /2010 13:39

 

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